Les prélats ont tenu hier une réunion œcuménique à Bkerké. Photo Émile Eid
Une réunion œcuménique chrétienne s'est tenue hier à Bkerké sous la présidence du patriarche maronite, le cardinal Béchara Raï, en présence des responsables des différentes communautés chrétiennes : NN.SS Youhanna Yazigi, patriarche grec-orthodoxe, Mar Aghnatios Afram II, patriarche syriaque-orthodoxe, Grégoire III Lahham, patriarche melkite, Mar Aghnatios Youssef III Younane, patriarche des syriaques-catholiques, Joseph Arnaout, représentant du catholicos de Cilicie, Nercès Bedros IX, le pasteur Sélim Sahyoun, président du conseil supérieur de la communauté évangélique au Liban et en Syrie, le nonce apostolique, Mgr Gabriele Caccia, le métropolite Élias Audi, ainsi que les évêques Michel Kassargi, chef de la communauté chaldéenne au Liban, Daniel Kourieh, archevêque syriaque-orthodoxe de Beyrouth, le vicaire patriarcal Boulos Sayyah, le vicaire patriarcal adjoint, Samir Mazloum, le père Paul Karam, président de Caritas-Liban, le directeur national de la nonciature apostolique, Michel Constantine, Mme Ani Kalost, représentant l'Association arménienne catholique de bienfaisance, M. Melhem Khalaf, président d'Offre-Joie, et l'abbé Antoine Khalifé, secrétaire général des services patriarcaux.
À l'ordre du jour, la situation des réfugiés syriens et irakiens, la situation des chrétiens qui ont choisi de rester dans ces deux pays en proie à la guerre et l'actualité politique libanaise.
Le patriarche Raï a d'ailleurs exposé les objectifs de la réunion dans son discours d'accueil dont les principales idées ont été reprises dans le communiqué final. « Notre objectif est de prendre connaissance grâce aux témoignages des individus et des associations concernés, des services assurés à ces personnes, de leurs besoins, de la possibilité de les aider à avoir des opportunités de travail et un accès à des facilités au niveau de l'éducation, de l'hospitalisation et de la recherche de logements pour qu'elles puissent rester dans leurs pays respectifs et préserver ainsi leur héritage et leur mission chrétiens », a indiqué le patriarche, avant d'ajouter :
« L'objectif de notre réunion est également de nous adresser d'une seule voix aux deux communautés arabe et internationale pour qu'elles viennent en aide aux réfugiés, qu'elles œuvrent sérieusement à les rapatrier chez eux et à les aider à construire leurs habitations, qu'elles mettent fin à la guerre en Syrie et en Irak par les moyens pacifiques, à travers les négociations politiques et le dialogue sérieux entre les belligérants, qu'elles neutralisent les organisations terroristes, qu'elles cessent de les soutenir financièrement et militairement, qu'elles ferment les frontières là où cela est nécessaire pour empêcher la circulation des mercenaires. Les desseins politiques et économiques, quels qu'ils soient, ne justifient pas ces agressions terribles contre l'humanité », a-t-il insisté.
Les conséquences du vide
Ce sont ces deux derniers paragraphes qui ont été repris dans le communiqué final. Le patriarche a ensuite jugé tout aussi nécessaire d'œuvrer pour un règlement de la crise israélo-palestinienne, sur base de l'édification de deux États et du retour des réfugiés chez eux. « Il va sans dire que les deux conflits israélo-palestinien et israélo-arabe sont à l'origine des malheurs que nous vivons aujourd'hui au Moyen-Orient », a insisté Mgr Raï avant d'aborder la situation au Liban.
Il s'est arrêté dans ce cadre sur les conséquences de la vacance présidentielle, qu'il a énumérées comme suit :
« Paralysie du Parlement, vacillement du gouvernement dans l'exercice des prérogatives du président de la République, le blocage des nominations, le vide à la tête de plusieurs missions diplomatiques libanaises, la suspension de l'acceptation des lettres de créances d'un grand nombre d'ambassadeurs. »
« Il est important d'œuvrer sans relâche auprès des parties concernées et des décideurs pour parvenir sans tarder à l'élection d'un président », a ajouté le patriarche Raï, avant d'exprimer l'espoir que les dialogues en cours entre les parties en conflit contribueront à débloquer la présidentielle, en allusion au dialogue entre le courant du Futur et le Hezbollah et la rapprochement entre les Forces libanaises et le Courant patriotique libre (CPL).
Un président fédérateur
Rebondissant sur ce point, les prélats ont appelé dans leur communiqué « les blocs politiques et parlementaires à assumer leurs responsabilités constitutionnelles en élisant un chef de l'État et espèrent que les dialogues en cours permettront de régler cette crise avec l'aide des États amis, régionaux et internationaux ». « Le Liban, ont-ils observé, a besoin d'un président fédérateur, réputé pour sa sagesse et sa crédibilité, clairvoyant et capable de faire face aux défis actuels, de régler les crises socio-économiques qui ont appauvri les Libanais et poussé les jeunes à émigrer. Même si l'Église et les ONG multiplient leurs services, elles ne peuvent pas, seules, contribuer au règlement de ces crises ou remplacer l'État pour stimuler une croissance économique », souligne le communiqué.
Les chefs religieux ont exprimé leur consternation à la suite de la mort de huit soldats libanais dans les combats avec « des éléments armés d'organisations terroristes » dans le jurd de Ras-Baalbeck et lancé un appel pour soutenir les forces régulières, avant d'appeler l'autorité libanaise à « leur assurer une couverture politique complète et répondre à tous leurs besoins ».
Concernant le dossier des déplacés et la présence chrétienne en Orient, ils ont exprimé l'espoir d'une intensification des efforts fournis par les ONG pour venir en aide aux réfugiés, avant de lancer un appel aux gouvernements locaux et aux deux communautés arabe et internationale pour voler au secours de ces derniers et les aider principalement à retourner chez eux. Ils les ont également exhorté à œuvrer pour obtenir la libération de toutes les personnes enlevées ou détenues parmi les civils, les militaires et les hommes de religion, notamment les deux évêques grec-orthodoxe d'Alep, Boulos Yazigi, et syriaque-orthodoxe, Youhanna Ibrahim.
Les points qu'ils ont soulevés seront discutés à Rome, lors du concile des cardinaux, les 12 et 13 février prochain puis lors de l'Assemblée générale du Conseil des Églises d'Orient le 17 février.


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10 h 01, le 28 janvier 2015