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Cinéma

François Truffaut, dans le tourbillon de la vie...

Entre parenthèses
22/01/2015

« François Truffaut manque beaucoup au cinéma français, mais aussi à la vie... » (Gérard Depardieu, propos recueillis le 5 septembre 2014 par Jean-Philippe Guerand).
Trente ans qu'il a disparu ! Et pourtant son souffle est toujours aussi vivant dans le cinéma français, ce cinéma qui l'habitait lui faisait battre le cœur jusqu'à le faire souffrir.
Truffaut toujours présent dans ses personnages qui se sont démultipliés : les Antoine Doinel, les Jules, Jim et Catherine, bien sûr, les Bertrand Morane, connu plutôt sous le surnom de l'homme qui aimait les femmes, les Marion Steiner (Le Dernier métro), les Adèle H ou encore les Mathilde Bauchard, cette femme d'à côté. Tous ces caractères qui continuent à nous faire rêver parce qu'ils vivent d'amour et qu'ils en meurent parfois.
Son souffle est toujours aussi vivant dans ces histoires qu'il savait narrer avec pudeur, mais également avec une grande passion enfouie, couvant sous les braises ; dans son respect pour le roman français qu'il reproduisait à travers son médium personnel. « J'ai toujours préféré le reflet de la vie à la vie elle-même, disait-il. Si j'ai choisi le livre et le cinéma dès l'âge de onze ou douze ans, c'est bien parce que j'ai préféré voir la vie à travers le livre et le cinéma. »
François Truffaut, silhouette gracile, un peu maladroite, doux et intraitable à la fois, aimait les femmes, les acteurs, les enfants, mais aussi profondément le cinéma. « Il faisait un cinéma de voyou, dit encore Depardieu, avec le sourire et une sincère joie de vivre. »
C'est dans ces salles obscures qu'il a pris refuge quand il était adolescent et c'est ce grand écran qui a su panser ses blessures et cicatriser ses bleus à l'âme. François Truffaut jeune délinquant, mal-aimé, a su sublimer cette absence d'amour, et ce sentiment d'inexistence de soi qu'il avait ressenti auprès de ses parents (un père inconnu et une maman indifférente), par un amour infini pour ses acteurs. Il a su d'abord s'identifier à eux pour enfin les façonner, pétrir leur vie en maître comme dans L'Enfant sauvage.
Son parcours a toujours été jalonné de surprises. D'abord ses critiques, son amitié avec Bazin qui lui permit d'entrer dans Les Cahiers du cinéma, son livre sur Hitchcock considéré comme une œuvre immense, ses rapports avec le 7e art américain, son ouverture vers les innovateurs. François Truffaut a su tracer des chemins où nombre de jeunes cinéastes y retrouvent aujourd'hui leurs repères.
A-t-il toujours été compris ? Les cinéphiles de l'époque se sont partagés en deux camps : pour Truffaut ou pour Godard. La polémique n'avait aucun lieu d'être. Certains le disaient rangé, devenu classique, lui, le jeune pourfendeur des œuvres des autres alors qu'il était critique acerbe dans Les Cahiers du cinéma. Florence Colombani reprend dans Le Figaro hors-série, consacré au réalisateur français, des propos d'Ingmar Bergman : « J'aime énormément Truffaut, avait-il dit, je l'admire, mais sa façon de raconter des histoires n'est pas du tout la mienne. Elle est classique... » François Truffaut ne s'en cachait même pas. Il l'avouait même dans la bouche d'un de ses acteurs dans La Femme d'à côté : « J'aime les scénarios avec un début, un milieu et une fin. »
Le Canard enchaîné l'avait par ailleurs présenté dans une de ses éditions dans les années 60 comme « cet ancien jeune homme insolent, devenu un sage producteur allant quémander à Cannes des prix après avoir bavé sur le festival ». C'était méconnaître le cinéaste à double facette. Celui qui savait, comme dans Une nuit américaine, transformer le jour en nuit et les zones sombres de sa vie en légèreté. Celui qui cherchait toujours dans ses personnages, de Charles Denner à Jean-Pierre Léaud, son autre. Celui qui enfin fait dire dans le dialogue de La Sirène du Mississippi, dialogue repris par celui de la pièce de théâtre du Dernier métro et qui résume tous les déchirements de l'amour que savait brosser François Truffaut : « Est-ce que l'amour fait mal ?
- Oui, ça fait mal quand je te regarde, c'est une souffrance
- Hier tu disais que c'était une joie
- C'est une joie et une souffrance. »

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