Le rapprochement entre le Courant patriotique libre et les Forces libanaises verra cette semaine la première concrétisation des efforts menés pour « briser la glace ». « C'est au cours de cette semaine que sera scellée la première étape des pourparlers entre le CPL et les FL. Tout semble aller dans ce sens », annonçait la chaîne OTV. Confirmant cette information, une source autorisée a précisé à L'Orient-Le Jour que cette première éclaircie consistera dans le retrait des plaintes judiciaires existant entre les deux parties. « Mercredi, les avocats en charge de ces plaintes se réuniront pour mettre en marche le processus de retrait de ces plaintes, dont le nombre est estimé à un peu plus de cent », a affirmé cette source, répondant par la négative à la question de savoir si cette démarche revêtira un caractère solennel ou médiatique.
Ce premier pas a toujours été évoqué par les deux parties comme un exemple concret des bénéfices à tirer de leur rapprochement, censé aboutir à un dialogue à l'échelle de leurs leaders. La présidentielle, qualifiée par une source des FL à L'OLJ comme « un résultat à examiner lorsque les causes des tensions se seront dissipées entre les deux parties », ne paraît pas être à l'ordre du jour pour l'instant, même si les deux parties s'entendent à affirmer en substance qu'aucun tabou n'entrave les échanges. « Il ne faut pas s'attendre à l'élection d'un nouveau président de la République dans les trois prochains mois, en dépit des médiations internationales, les facteurs du blocage n'ont pas changé », a déclaré hier le député FL, Georges Adwan, dans un entretien au quotidien al-Liwa'. Il s'est néanmoins montré optimiste pour ce qui est des échanges en cours avec le Courant patriotique libre. « Il existe chez les deux parties une volonté de briser la glace. Nous dialoguons sur la présidentielle, l'édification de l'État et la normalisation des rapports bilatéraux », a-t-il souligné. Il a insisté sur le caractère intrinsèque à tout dialogue sérieux : « Débattre sans détour des sujets de litige, liés notamment au renforcement des institutions. » Il a laissé entendre que le rapprochement CPL-FL se conforme à cette prescription, puisqu'« aucune affaire n'est ajournée ni exclue de nos échanges », selon ses dires. Il a enfin souhaité que cela s'applique au dialogue en cours entre le courant du Futur et le Hezbollah.
Vers un revirement stratégique du Hezbollah ?
Or ces échanges se limitent pour l'instant au souci de « contenir la situation », comme devait le rappeler hier à L'OLJ le ministre Mohammad Fneich, se refusant à tout commentaire supplémentaire. Le dialogue est circonscrit à la situation sécuritaire, sous l'angle notamment de l'assainissement des rapports sunnites-chiites. Seuls quelques rappels sur la nécessité d'aborder éventuellement les sujets conflictuels, notamment la participation du Hezbollah aux combats en Syrie, émanent ponctuellement des membres du courant du Futur. « Lorsque le Hezbollah affirme être dans une même tranchée avec le courant du Futur, cela doit se traduire par son retrait de Syrie et par son allégeance à l'État libanais », a ainsi souligné le député Nidal Tohmé. Pour le député du même bloc Jamal Jarrah, « même s'il existe des réserves à l'intérieur du Futur sur l'efficacité du dialogue avec le Hezbollah, à cause d'expériences précédentes, comme l'accord de Doha en 2008, il reste possible de dialoguer sur les affaires intérieures ».
Le raid israélien qui a tué six combattants du Hezbollah hier au Golan risque-t-il de mettre au défi le courant du Futur dans ses rapports avec le parti chiite, surtout si ce dernier finit par y riposter ? Lors de sa dernière interview à la chaîne al-Mayadeen, le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, avait promis de « répondre aux agressions israéliennes en temps et lieu opportuns ». Il avait surtout affirmé, tout en maintenant là aussi le flou sur l'éventualité de l'opération, que « la résistance est prête à entrer en Galilée »... Mais le fera-t-elle? Ces propos sont interprétés dans les milieux du 8 Mars comme un changement de stratégie, qui accompagne « le renforcement de la résistance, dont la puissance excède de dix fois ce qu'elle avait été en 2006 ». Le Hezbollah ne serait plus dans « la défense du territoire libanais, mais serait désormais prêt à assumer une démarche offensive contre Israël ». Si cela s'avère être le cas, le parti chiite, impliqué en Syrie, a-t-il les moyens matériels d'ouvrir ce nouveau front? Pour le député Ahmad Fatfat, il ne fait pas de doute que lorsque le Hezbollah remet sur le tapis l'ennemi sioniste, c'est qu'il cherche à se renflouer. Certains observateurs s'interrogent en tout cas sur l'objectif de l'opération que comptait mener le Hezbollah à partir de Kuneïtra et que le raid israélien aurait fait échouer.
S'il est une nouveauté à retenir au niveau de la stratégie du Hezbollah, c'est bien que celui-ci « n'est plus concerné par l'intérêt libanais et n'a que faire de la protection du territoire libanais. Tout son arsenal se trouve désormais en Syrie », relève le député du Futur à L'Orient-Le Jour. Par ailleurs, il doute qu'un revirement de la stratégie du Hezbollah se produise, et encore moins qu'il affecte son dialogue avec le Futur. « Cela fait partie du dossier iranien, que nous avons convenu de ne pas insérer dans nos échanges. Néanmoins, les choses seront différentes si la réponse du Hezbollah viendra du territoire libanais... », conclut-il.
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16 h 21, le 19 janvier 2015