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À La Une - Economie

Suisse: le luxe, meilleur attrape-touristes russes

Vue générale de la station de ski Saint Moritz en Suisse. Fabrice Coffrini/AFP

Saint Moritz: ses paysages enchantés maculés de neige, son palace et... ses nombreux Russes. Malgré la crise économique sans précédent qui frappe la Russie, ses touristes boudent jusqu'ici peu la station de ski la plus huppée de Suisse, portée par le luxe.

A l'inverse du reste du territoire helvète, qui pourrait subir une baisse allant jusqu'à 30% des séjours russes, la station de ski suisse préférée des Russes, en compétition avec Zermatt, ne ressent qu'à la marge une légère déflation et reste fière de sa stratégie portée sur le haut de gamme, pour le moment, payante.

Cependant, la situation pourrait encore s'empirer avec l'appréciation du franc suisse depuis jeudi, rendant les produits helvètes 20% plus chers pour un étranger.
"La journée de jeudi marque le début d'une période difficile pour le tourisme suisse, explique à l'AFP la porte-parole de Suisse Tourisme Véronique Kanel. L'organisme touristique s'attend à ce que davantage de réservations soient "annulées".

Mais tous ne seront pas égaux face à la crise actuelle. "Voilà 10 ans que je viens ici, et je ne suis pas prêt de changer mes habitudes!", s'exclame l'élancé Leonid, 47 ans à la barbe parfaitement taillée, qui travaille à la City de Londres et vient de commander quatre pizzas aux truffes, à 98 francs l'unité (100 euros) au prestigieux restaurant Mathis situé sur le haut des pistes de St Moritz.
Venu avec son épouse et ses deux enfants, il s'offre plusieurs jours de repos sans se restreindre, loin des soucis qui touchent son pays, dans l'une des plus anciennes stations de sports d'hiver du monde, réputée pour ses 322 jours de soleil par an.

"Une crise? J'ai 5 à 10% de clients russes en plus que d'habitude! C'est deux tiers de mon chiffre d'affaire actuellement", indique à l'AFP Reto Mathis, le directeur de l'établissement gastronomique spécialisé dans le caviar et la truffe.

De nombreux Russes, confrontés à une crise économique majeure avec un rouble ayant perdu plus du tiers de sa valeur sur fond de sanctions occidentales liées à la crise ukrainienne et de chute des cours du pétrole, ont vu leur patrimoine et leurs revenus impactés.
Toutefois, une catégorie très aisée par rapport à leurs compatriotes reste à l'abri de la conjoncture. La partie de leur patrimoine ou de leur activité économique libellée en euros ou en dollars reste inchangée, leur permettant de ne pas modifier leurs habitudes.

Aucune annulation

"Avec nos neuf hôtels 5 étoiles, nous proposons à nos clients les meilleurs services possibles", précise Ariane Ehrat, directrice de l'office de tourisme de la région Engadin-St Moritz.
Bien que les premiers chiffres pour la saison d'hiver ne seront connus que d'ici la fin janvier, la tendance est à la légère baisse dans la station du canton des Grisons (ouest): aucune annulation de clients russes ne lui a été rapportée.

A l'hôtel Kulm, auréolé de cinq étoiles et construit en 1856 offrant à sa clientèle une vue imprenable sur le lac, "la baisse devrait être au maximum de 8%", indique son directeur, Heinz Hunkeler. "Nos clients ont les moyens mais certains sont restés par patriotisme à Sotchi (ville ayant accueilli les JO-2014 d'hiver, NDLR)" après l'injonction faîte par le président Vladimir Poutine. Cependant, les hôtels moins étoilés, fréquentés par une clientèle moins fortunée, connaissent une situation semblable.
"Pas sûr que nous ayons un quelconque impact, en tout cas moins de 8%", avoue Güler Bozkirac, directrice générale de l'hôtel 3 étoiles Piz.

Le luxe partout ?

Cette stratégie du luxe protégeant son économie des aléas conjoncturels mondiaux paraît payante pour la station berceau du tourisme hivernal, né il y a 150 ans, comparé au reste du pays. En 2013, les touristes russes ont généré 578.656 nuitées dans les hôtels suisses dont plus de la moitié sont générées durant les mois d'hiver. Or pour la saison d'hiver 2014/2015, l'organisme Suisse Tourisme s'attend "à un recul des nuitées de l'ordre de 10 à 30% par rapport à la saison précédente" sur l'ensemble du pays, a déclaré à l'AFP sa porte-parole, Véronique Kanel, qui précise que cela ne prend pas en compte l'appréciation du franc. Un manque à gagner pour le tourisme helvétique qui pourrait se chiffrer jusqu'à 22,5 millions de francs.

L'organisme de promotion du tourisme pourrait cependant changer ses priorités en suivant l'exemple de Saint Moritz. A l'avenir, Suisse Tourisme devrait s'adresser davantage à une autre clientèle: "Il ne s'agira pas de la clientèle de la classe moyenne, et ainsi, nous n'envisagerons pas de promotions destinées au grand public, comme nous avons pu le faire par le passé", a ajouté Mme Kanel.

Si l'organisme ne compte pas de sitôt tourner le dos à la Russie, il pourrait se recentrer vers la Chine, le Brésil ou les pays du Golfe dont les nuitées entre janvier et octobre 2014 ont augmenté de plus de 13% en un an.


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