Les décisions spectaculaires de sa Banque centrale jeudi annoncent selon de nombreux analystes de durs affrontements monétaires à travers le globe. « La Banque centrale suisse était la première à s'être lancée dans la guerre des monnaies, elle est la première à capituler », résume Christopher Dembik, économiste chez Saxo Banque. Alors qu'elle avait décidé en septembre 2011 d'interdire au franc suisse de trop s'apprécier face à l'euro, pour protéger les entreprises exportatrices, la Banque nationale suisse (BNS) a levé le drapeau blanc et décidé de le laisser flotter.
Pour Daragh Maher, stratège chez HSBC, « en supprimant le taux plancher, la BNS n'est plus obligée de poursuivre une stratégie de plus en plus controversée au plan politique ». Controversée parce que coûteuse : la Banque centrale devait acheter en masse des devises étrangères pour contenir sa propre devise, portant son bilan à une taille astronomique, équivalente à 85 % du produit intérieur brut, selon Simon Ward, économiste de Henderson Global Investors. Pourtant, la BNS ne déserte pas complètement : elle a abaissé son taux d'intérêt à -0,75 %, dans l'espoir de dégoûter les investisseurs du franc suisse.
Selon M. Dembik, il faut s'attendre à de nombreux affrontements monétaires dans les mois à venir : « Face à la morosité généralisée de la croissance, le taux de change est l'un des derniers leviers (de soutien à la conjoncture). Les pays asiatiques seront en première ligne, par exemple la Corée du Sud, Taïwan. » Ces pays exportateurs souffrent de la forte baisse du yen, qui profite à leurs concurrents japonais. « Les grands émergents, par exemple le Brésil, auront certainement aussi besoin de jouer sur le taux de change », poursuit l'économiste.L'intensité des batailles dépendra beaucoup de la Réserve fédérale américaine qui a annoncé un cycle de hausse de taux, alors que la BCE poursuit une politique exactement inverse d'expansion, ce qui renforce le dollar face à l'euro. Selon certains experts, la Fed pourrait être tentée de freiner cette appréciation en reportant de plusieurs mois son premier tour de vis, attendu par les marchés au début de l'été. La BNS a d'ailleurs évoqué la « divergence grandissante des politiques monétaires » dans les motifs de sa spectaculaire décision de jeudi.
(Source : AFP)
Économie
La Suisse, « première à capituler » dans la guerre des monnaies
OLJ / le 16 janvier 2015 à 00h00

