Dans les milieux politiques du 14 Mars, on impute la responsabilité du blocage de l'élection présidentielle à l'Iran, dont les alliés au Liban, c'est-à-dire essentiellement le Hezbollah, se chargent aux côtés du courant aouniste de faire échec au quorum parlementaire requis à chaque séance électorale de la Chambre.
Selon ces milieux, la République islamique a l'intention de continuer à s'accrocher à cette attitude, contrairement à ce que suggèrent ses positions déclarées, et d'utiliser le dossier présidentiel libanais comme une carte entre ses mains dans les négociations en cours sur le dossier du nucléaire, une carte qu'elle n'accepterait d'abandonner qu'en échange de concessions de la part de ses interlocuteurs.
Et ces concessions devraient englober, du point de vue iranien, une reconnaissance par les États-Unis du rôle et de l'influence de Téhéran dans la région et l'établissement d'un partenariat entre eux pour ce qui est du processus de prise de décision régional.
De fait, le responsable du département d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient au ministère français des Affaires étrangères, Jean-François Girault, en charge des efforts pour faciliter la tenue de l'élection présidentielle libanaise, s'est heurté dernièrement à une crispation iranienne sur la question, contrairement à la position encourageante qu'il avait décelée auprès des responsables à Téhéran lors de sa visite précédente, à l'automne dernier. À l'époque, il avait vu dans cette attitude une brèche par laquelle on pouvait aller vers un scénario pour la présidentielle comparable à ce qui s'était passé pour la formation du gouvernement Salam.
Toujours est-il qu'en dépit des résultats négatifs de la dernière mission de M. Girault, des sources françaises affirment que Paris a l'intention de persévérer dans ses démarches en faveur de la présidentielle libanaise en coopération avec les États-Unis et en coordination avec le Saint-Siège.
Dans ce cadre, M. Girault doit se rendre dans les prochains jours à Rome où il tiendra les responsables du Vatican informés des résultats de ses derniers entretiens avec les dirigeants saoudiens et iraniens et aussi de ses contacts avec les protagonistes libanais. Les deux parties procéderont à une évaluation de la situation avant de mettre au point une feuille de route pour la phase suivante de l'initiative française.
Une nouvelle visite de M. Girault au Liban n'est pas à exclure dans les prochaines semaines. En attendant, on se félicite, dans les milieux du Vatican, du démarrage d'un dialogue entre sunnites et chiites libanais, ainsi que des préparatifs en cours en vue d'une rencontre-dialogue entre les chefs du Courant patriotique libre et des Forces libanaises, Michel Aoun et Samir Geagea, rencontre qui pourrait se tenir dans les premiers jours de février prochain.
Certaines sources s'attendent à ce que ces amorces de dialogue entre les protagonistes libanais conduisent au final à l'élection d'un président de la République, dans le cadre d'un package deal qui comprendrait également un accord sur le prochain gouvernement, une loi électorale et une date pour les législatives. En somme un nouveau Doha, étant donné qu'il est hors de question pour le moment d'envisager un nouveau Taëf et que tout le monde paraît d'accord pour remettre un éventuel amendement du système à une phase ultérieure.
La nouvelle crispation iranienne, due essentiellement au mécontentement de Téhéran face à la chute des prix du pétrole et à ses soupçons à l'encontre de l'Arabie saoudite à ce propos, est reflétée dans les dernières positions exprimées par le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, notamment au sujet de Bahreïn et aussi de la disposition du Hezb à riposter aux raids effectués par Israël en Syrie.
Les observateurs ont vu dans ces prises de position des messages de Téhéran dans toutes les directions, mais essentiellement en direction des États-Unis, dont le secrétaire d'État, John Kerry, rencontrait mercredi à Genève le ministre iranien des Affaires étrangères, Ahmad Javad Zarif. Ces messages disent clairement que l'Iran est en mesure de rallumer tous les fronts et de déstabiliser la région s'il continue à être pris pour cible.
En outre, il est apparu que l'Iran s'est rebiffé face à la diplomatie française parce qu'il a estimé que même si son action est coordonnée avec les Américains, la France n'est pas en mesure de lui offrir ce qu'il désire au Moyen-Orient, à savoir un partenariat dans la prise de décision, et que seul Washington est capable de le faire. S'il y a des concessions à faire, Téhéran voudrait donc les faire directement à l'adresse de l'administration américaine. D'où l'empressement de certains responsables du 8 Mars, comme cheikh Naïm Kassem, secrétaire général adjoint du Hezbollah, d'annoncer que rien à l'horizon ne présage d'un dénouement de la crise présidentielle.
Pour un député du 14 Mars, les positions exprimées par les responsables du 8 Mars sont justement celles de personnes initiées et bien informées, en ce sens que ce sont elles qui manient les leviers du blocage et qu'elles sont susceptibles de savoir avant les autres le moment où cette carte sera abandonnée.
Liban - L’Éclairage
L’Iran préfère faire des concessions à Washington plutôt qu’à Paris
OLJ / Par Philippe Abi-Akl, le 17 janvier 2015 à 00h00


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PERSIQUEMENT... ON PRÉFÈRE LES GRACES DU MASTODONTE !
21 h 37, le 17 janvier 2015