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Nos lecteurs ont la parole - Michel Rouvière

Liban exemplaire

Dans le drame sanglant que vient de traverser la presse française, nous voyons que les mots et le crayon peuvent entraîner la mort violente. Les journaux libanais pourraient, à mon avis, donner à leurs collègues français l'exacte définition des mots «sacré», «blasphème», «sacrilège» que parfois on confond avec le mot valise de tabou. Le mot «sacré» a un sens très fort, sa transgression appelle le sang. Depuis «Amour sacré de la patrie» jusqu'au meurtre de Remus par son frère Romulus pour avoir franchi, par dérision, le premier sillon qu'il traçait: limites de la fondation de Rome. Le blasphème reste l'injure suprême. Un de mes chers amis français vivant au Liban depuis 1954 me disait que parfois un très jeune Libanais se plaignait à son professeur de son camarade : «Il m'a blasphémé», alors que ce n'était qu'un manque de politesse, voire une injure. Cela nous faisait aimablement sourire. Mais au fait, dans Hara-Kiri Hebdo, le journal «bête et méchant», et plus encore dans sa suite Charlie-Hebdo, n'y aurait-il pas confusion des mots, dès le titre? Le seppuku, ou haraki-kiri, consiste en un suicide rituel pour prouver son honorabilité. Charlie Hebdo vint pour contourner l'interdiction du titre de novembre 1970 «Bal tragique à Colombey; un mort». C'était par dérision morbide avec le drame épouvantable des 146 morts d'une discothèque la semaine précédente. Cette une, à l'époque, avait été jugée suffisamment irrespectueuse envers l'ancien président de la République pour justifier son interdiction. J'apprécie que le ministre des Affaires étrangères du Liban soit allé à la manifestation internationale à Paris, mais vous aurez la sagesse de ne pas trouver Charlie Hebdo, même dans les librairies les mieux pourvues. Dans ce sens, on s'arrête au Canard enchaîné. Il nous arrive le vendredi. Je le lis avec intérêt, tente de finir les mots croisés, mais j'évite l'«Album de la comtesse».
Est-ce tout? Non! À l'autre bout de l'arc politique, vous n'avez pas la fameuse loi Pléven-Gayssot qui a rétabli le délit d'opinion. C'est-à-dire que si simplement vous contestez certaines «vérités», une foultitude d'associations subventionnées par la République française vous envoie à la XVIIe chambre du tribunal correctionnel de Paris car vous avez commis un délit. Encore heureux que les législateurs n'aient pas poussé jusqu'aux assises en criminalisant une simple divergence d'expression. Nous n'en étions pas loin. Eh bien, malgré cela, le quotidien Présent et l'hebdomadaire Rivarol arrivent à assurer une parution régulière. La justice et les fameuses associations, scrutant chaque ligne, chaque caricature, essaient depuis des années de les exécuter financièrement. Jusqu'à maintenant, ils survivent en toute légalité. Ces titres-là, vous ne les trouverez pas aussi au Liban, mais pas pour des raisons libanaises. C'est la distribution sélective française qui en est la cause.
Nous trouvons dans la presse libanaise des réflexions libres et pertinentes qu'il est impensable de retrouver dans la presse française.
Chers amis Libanais, si vos défauts sont les garants de vos qualités, que Dieu vous garde tels que vous êtes, même sur les routes encombrées. Savez-vous qu'en France, il y a trois fois plus de suicides que de morts sur les routes balisées, sans compter les radars disitribuant douze millions de contraventions annuelles pour des excès dérisoires? Je me contenterai de faire, avec plaisir, comme vous: on accélère légèrement quand les feux passent à l'orange, on téléphone au volant, on patiente, on essaie d'éviter les trous en choisissant les moins profonds. Personnellement, il y a une semaine et suite à un mauvais calcul, un trou m'a bousillé la jante avant gauche d'une voiture louée; changement de pneu sous la pluie et la neige.
Chers Libanais, je mesure toute la saveur de la presse libanaise dans sa francophonie avec les bulletins nécrologiques: une dame mère de famille se souvenant de la mort de son papa il y a vingt ans, pour son centième anniversaire, un autre, celui d'un élève se souvenant de son professeur d'éducation physique au moment de sa mise en terre. Puis de tant d'autres honorant, avec les expressions françaises les plus justes, la disparition d'un être cher. Verriez-vous cela dans la presse française, voire régionale du fin fond de sa province?
Le Liban a stupéfié le monde en 1975 en résistant à la vague emportant un pays tous les six mois. Il aurait pu devenir une sorte de République yéménite populaire, celle d'Aden. Pourquoi aujourd'hui la Providence ne lui assignerait-elle pas un nouvel exploit: pouvoir relever avec courtoisie et justesse le défi de l'islamisme radical? Je crois, Dieu aidant, que vous, Libanais, y arriveriez. N'avons-nous pas vu un fleuron économique de l'industrie automobile française sauvé par un Libanais ?

Michel ROUVIÈRE

Dans le drame sanglant que vient de traverser la presse française, nous voyons que les mots et le crayon peuvent entraîner la mort violente. Les journaux libanais pourraient, à mon avis, donner à leurs collègues français l'exacte définition des mots «sacré», «blasphème», «sacrilège» que parfois on confond avec le mot valise de tabou. Le mot «sacré» a un sens très fort, sa transgression appelle le sang. Depuis «Amour sacré de la patrie» jusqu'au meurtre de Remus par son frère Romulus pour avoir franchi, par dérision, le premier sillon qu'il traçait: limites de la fondation de Rome. Le blasphème reste l'injure suprême. Un de mes chers amis français vivant au Liban depuis 1954 me disait que parfois un très jeune Libanais se plaignait à son professeur de son camarade : «Il m'a blasphémé», alors que ce...
commentaires (1)

Merci cher Monsieur de ce témoignage touchant, sympathique et amical. Ce qui est le plus marquant dans votre analyse c'est surtout le fait d'avoir perçu et saisi l'esprit et les mentalités de ce pays. Quant aux conséquences du drame qui a secoué Charlie Hebdo et naturellement tous ceux qui sont attachés à la liberté d'expression,nous pensons modestement, qu'elles devraient amener les autorités françaises à débattre de toute la politique d'une immigration de plus en plus grande et "invasive" sur le territoire français, et de ses rapports avec la laicité, pour ensuite légiférer plus confortablement dans tous les domaines confondus. Quant à l'expérience libanaise vous en trouverez une explication parmi d'autres dans: (cf.notre article dans l'OLJ du 14/01/2015-Opinion).

Salim Dahdah

10 h 26, le 19 janvier 2015

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Commentaires (1)

  • Merci cher Monsieur de ce témoignage touchant, sympathique et amical. Ce qui est le plus marquant dans votre analyse c'est surtout le fait d'avoir perçu et saisi l'esprit et les mentalités de ce pays. Quant aux conséquences du drame qui a secoué Charlie Hebdo et naturellement tous ceux qui sont attachés à la liberté d'expression,nous pensons modestement, qu'elles devraient amener les autorités françaises à débattre de toute la politique d'une immigration de plus en plus grande et "invasive" sur le territoire français, et de ses rapports avec la laicité, pour ensuite légiférer plus confortablement dans tous les domaines confondus. Quant à l'expérience libanaise vous en trouverez une explication parmi d'autres dans: (cf.notre article dans l'OLJ du 14/01/2015-Opinion).

    Salim Dahdah

    10 h 26, le 19 janvier 2015

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