– Maman, on va vraiment y aller cette fois ?
– Oui ma fille, cette fois ça fait trop longtemps, il faut aller voir la famille.
Elle ne savait pas trop ce qu'elle voulait. Certes, elle avait envie de revoir Beyrouth. Et elle a de toute façon toujours eu conscience que c'est la ville qui l'inspire le plus, et que c'est là où il y a probablement le plus d'entrepreneurs, ce qui pourrait lui redonner des idées. Et puis revoir tous les jeunes rappliquer des quatre coins de monde, pleins d'énergie, l'esprit débordant d'histoires à raconter, la fierté de nous parler d'un contrat d'engagement ou de stage qu'ils viennent de signer, des étoiles dans les yeux et partageant les récits de précédents voyages idylliques et de découvertes passionnantes.
Mais en même temps, pourquoi subir le choc du retour, la cohue, les gens qui ne respectent pas les feux de signalisation ou les files d'attente, l'importance attachée à l'apparence, le décalage avec les autres (les autres n'étant pas uniquement les personnes plus âgées)? En deux semaines, en comptant une semaine de réadaptation, ça ne laisse plus beaucoup de temps pour vraiment en profiter. Mais sa mère a dit qu'elles
rentreraient.
Et puis deux semaines plus tard, elle se réveille pour prendre l'avion du retour. Elle n'a toujours pas défait sa valise et elle se rend compte qu'il est déjà temps de la refaire. Elle a l'impression que ce vol vient perturber sa douce routine parce qu'en deux semaines, elle pourrait croire qu'elle n'est jamais partie et que sa vie ici est intacte. Elle ne se rappelle d'ailleurs plus du tout ce qu'elle a laissé derrière. Elle ne s'est d'ailleurs pas une seule fois posé l'éternelle question existentielle: quel est son chez-soi? Elle a oublié pourquoi elle étudiait à l'étranger et surtout pourquoi elle avait tant hésité à rentrer. Et elle admet que le réel décalage n'est pas entre elle et les autres ici, mais entre elle et les autres là-bas. Sa passion pour la route et le voyage est pour une fois maîtrisée. Elle s'est également rendu compte la veille que la liste des choses qu'elle avait en tête de faire n'avait même pas été entamée, et elle vient de rencontrer un garçon qui, lui, reste au Liban. Elle n'a même pas pris le temps de sortir son appareil photo alors qu'elle s'était juré de faire une exposition à son retour. Si seulement elle pouvait rater son avion et rester plus longtemps. Elle s'occuperait de faire ses photos et organiserait son exposition sur place. Oui, elle se dit que c'est vraiment une bonne idée.
Un nouveau message: «Coucou! Enfin rentrée? Pas trop dur le retour?»
Nos lecteurs ont la parole - Diane Husni
Génération Y
OLJ / le 16 janvier 2015 à 00h00


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef