Préparer les affaires dont on aura besoin. Faire sa valise, tout en laissant la moitié derrière soi. Se diriger vers l'aéroport. Tenir famille et amis au courant. Retirer la SIM émiratie, remplacer par la SIM libanaise.
Les derniers jours avaient été tellement intensifs que je n'avais même pas eu la chance de réaliser combien j'étais excitée à l'idée de rentrer au Liban pour les vacances. Revoir mes parents, mes neveux, ma famille et mes amis, célébrer le Nouvel An, Noël, l'arrivée de l'hiver, manger de la soupe et boire du thé en regardant la télé. Tant de choses si précieuses...
Après avoir mis un temps fou à préparer (et encore plus à fermer!) ma valise, et fait poireauter le taxi une dizaine de minutes (malgré le fait qu'aux Émirats, les taxis n'attendent pas plus que dix minutes), je descends rapidement et prends le taxi, direction l'aéroport. Un snack vite fait (les options sont plutôt limitées quand on voyage via Fly Dubai, mais je n'ai jamais eu de problème à manger comme une gourmande de chez McDo), puis je me dirige vers la porte d'embarquement.
L'avion est au complet; rempli de Libanais comme moi, allant passer les fêtes dans leur pays natal. Imaginez les ondes positives qui règnent dans l'avion. Tout le monde est dans la bonne humeur; on peut lire dans les sourires que «rien ne vaut le fait de rentrer chez soi». Je tombe sur des amis de l'époque du collège et, à mi-chemin, on se partageait déjà des conversations, des snacks, des plaisanteries. Une fois arrivés, la moitié des gens avaient déjà échangé leurs numéros de téléphone ou s'étaient fait «Add» sur Facebook. Bien que je n'aie jamais été fan des «applaudissements à l'atterrissage» (étant donné que le pilote ne nous entend même pas), quand au fond de nous on sait que ça va se produire, ça peut avoir un air plutôt charmant. Peut-être était-ce dû à ma bonne humeur, je ne sais pas trop... Mais ce que je pouvais ressentir, c'était que les vacances s'annonçaient bien, très bien même.
Bagages à la main, sourire sur le visage, je me dirige vers la sortie, où mon mari (qui avait pris le vol de midi) et mes parents m'attendent pour aller dîner chez Roadster (une demande spéciale que j'avais faite). Nombreux sont les restaurants à Dubaï, mais aucun d'entre eux ne vaut Roadster.
Les deux semaines suivantes furent sans égal. C'est assez ironique que peu importe le nombre de fois où on voyage ou le nombre de pays qu'on visite, parfois les meilleures vacances sont celles qui finissent par se dérouler chez soi, entouré de sa famille, nous donnant un goût de ce que pourrait être notre vie quotidienne – si seulement...
Je ne veux pas être juste une autre personne qui écrit encore un article sur le chagrin qu'il y a à quitter le Liban. Je ne me lamente pas et je ne tente pas de trouver des solutions. Je veux juste exprimer mes pensées et mes émotions. Considérez cela comme «les confessions d'une immigrante» si vous le voulez. Dans un temps où la situation ne cesse de se dégrader dans notre région, nos paroles sont notre seule arme en fin de compte.
Tout au long de ma vie, mon rêve après le mariage était d'avoir une maison à la montagne, de mener une vie stable avec mon mari et d'assurer à nos enfants la chance d'apprendre toutes ces petites choses que nos parents avaient pris le temps de nous inculquer, nous faisant aimer le Liban dans ses moindres détails. Je rêvais d'avoir notre propre maison, sans avoir de compte à rendre à des agents ou des propriétaires. Je rêvais de voir nos enfants grandir sous le même toit sous lequel tout avait commencé. Je rêvais de dépenser notre argent à voyager et découvrir le monde, et non pas à devoir visiter mon propre pays. Je rêvais...
Mais je vais essayer d'éviter les clichés sur ce sujet. Je ne vais pas évoquer les problèmes qui nous ont forcés à quitter notre pays; je ne vais pas dire combien cela me manque de vivre au Liban; et je ne vais surtout pas être une de ces personnes qui comparent le Liban à Dubaï, dénonçant les inconvénients du premier et les avantages du second. Par contre, je vais sûrement mentionner combien ça me manque de passer les dimanche matin avec mon père à écouter la musique des années 60 et 70. D'entreprendre des conversations chaleureuses avec ma mère. De partager des blagues avec mon frère. De voir mes neveux grandir et de leur donner l'amour d'une tante qu'ils méritent. De passer des moments inoubliables avec mon mari, tous réunis en famille.
En fait, je suis en train d'écrire cet article dans l'avion, de retour vers Dubaï. Car je sais qu'une fois sur place, toutes mes pensées s'envoleront et je m'habituerai de nouveau, juste comme je l'avais déjà si bien fait tout au long des mois précédents. Là où qu'on soit, on s'habitue. On s'habitue au mode de vie, au temps et au rythme du quotidien. Mais peut-on oublier tout notre passé, nos souvenirs, les lieux et les gens, tout ce à quoi on appartient? Mais seulement si on le décide. Personnellement, j'ai décidé d'aller à l'encontre de ce choix. J'ai décidé de m'habituer, mais de ne jamais oublier. Ces souvenirs sacrés resteront à jamais gravés dans mon cœur, là où j'irai.
Prendre les affaires dont on aura besoin. Faire sa valise, tout en laissant la moitié derrière soi. Se diriger vers l'aéroport. Retenir ses larmes. Éviter les au revoir. Retirer la SIM libanaise, la remplacer par la SIM émiratie. Rêver du moment où on pourra rentrer, même pour quelques jours. Ou bien même rêver du jour où l'on aura la chance de rentrer pour de bon.
Après avoir mis un temps fou à préparer (et encore plus à fermer!) ma valise, et fait poireauter le taxi une dizaine de minutes (malgré le fait qu'aux Émirats, les taxis n'attendent pas plus que dix minutes), je descends rapidement et...


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