«Je suis Charlie», «I am Charlie», «Yo soy Charlie»,
De Paris à Londres, à Madrid, à Bruxelles, à Berlin, à Rome, à New York, à Sydney, à Rio, à Beyrouth, à Washington, la mobilisation est globale.L'acte barbare commis contre Charlie Hebdo, en plein cœur de Paris, le 7 janvier 2015, a fait 12 victimes, dont Cabu, Charb, Honoré, Maris, Tignous, Wolinsky, qui formaient le poids lourd de l'hebdomadaire.
Ces caricaturistes célèbres, leur seule faute: être les dessinateurs de la joie. François Hollande appelle à l'unité nationale devant «un acte d'une exceptionnelle barbarie». Le Premier ministre britannique David Cameron exprime sa totale solidarité avec la France et évoque le souvenir, il y a dix ans, de Londres, alors théâtre d'un acte terroriste similaire. De New York, Ban Ki-moon dénonce, au nom des Nations unies, l'agression terroriste contre la liberté d'expression. Barack Obama, en signe de solidarité, se déplace à l'ambassade de France à Washington et observe une minute de silence après avoir écrit une note dans le livre de condoléances, suivie à la fin par une phrase en français, «Vive la France!» Et le lendemain, devant la Chambre des représentants, le même Obama affirme: «Je veux que tous les Français sachent que nous sommes à leurs côtés.» «Nous nous battons côte à côte pour défendre les valeurs de liberté, de démocratie qui font de nous des amis et des alliés», ajoute-t-il.
Tandis que son secrétaire d'État, John Kerry, dans une déclaration, en français, affirme la solidarité des USA avec la France et le soutien total de ses alliés pour combattre le terrorisme.
Les douze victimes de Charlie Hebdo ont été lâchement assassinés parce qu'ils croyaient à la liberté d'expression, parce qu'ils voyaient dans la démocratie la loi de l'homme avant la loi de Dieu, parce que leur seul arme, c'est le rire. Ils voulaient dire aussi, devant le terrorisme, que les musulmans sont les premières victimes de cette atrocité.
Jaurès disait: «Le premier des droits de l'homme, c'est la liberté individuelle, la liberté de la pensée...» Le 7 janvier 2015, c'est la liberté de la pensée et par conséquent de la presse qui a été assassinée.
Si les victimes de Charlie Hebdo employaient des formules humoristiques par lesquelles ils voulaient s'exprimer avec force, c'est parce qu'ils croyaient que l'humour et le rire sont le plus court chemin à l'esprit, au cœur et à la mémoire.
L'agression perpétrée par des terroristes au cœur de la capitale de la liberté d'expression a provoqué une mobilisation des Français pour défendre cette liberté face à la barbarie. «La plume n'est pas une arme, c'est un outil d'expression», clamaient les manifestants rassemblés dans la Ville Lumière. Une seule interrogation: pourquoi cette haine?
Il va sans dire que les assaillants ont été initiés à une idéologie déterminée, instruits et formés depuis des années, convaincus qu'ils peuvent bénéficier d'une ascension sociale s'ils suivent à la lettre ces enseignements. Il semble qu'ils étaient convaincus de combattre l'Occident. Cet Occident est sous le choc. Partout, on considère que la tuerie de Paris est une menace globale. Il s'est avéré, avec l'annonce du drame et avec la médiatisation planétaire, que les assaillants, qui sont considérés, par les groupes jihadistes, comme des héros, essaient de diviser la société entre musulmans et non-musulmans. Avec la fin de la chasse à l'homme, un chapitre s'ouvre. François Hollande appelle alors à la cohésion nationale pour défendre les valeurs de la République. Mobilisation donc de tous ceux qui croient à la tolérance, à l'amour, à la miséricorde, à la valeur du vivre-ensemble. Une mobilisation et un appel pour dire qu'on ne peut pas étouffer la création. Et encore et surtout pour dire halte à la dérive vers la xénophobie, la discrimination, les exactions ethniques et les massacres. Halte à un effritement de la démocratie, de l'État de droit et de toutes les normes sociales.
À côté de ces manifestations, ne faudrait-il pas, à présent, déployer des trésors d'ingéniosité, de perspicacité et de détermination afin que cet ouragan se ralentisse et se calme ? Et que le vent de l'histoire cesse de souffler de plus en plus fort et de plus en plus vite ?
Mounir EL-KHOURY
Université libanaise


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