Après tout, dans sa force assimilatrice des flux migratoires tout au long des siècles, la France, cette vieille mère de l'Europe, a toujours réussi son pari.
Depuis la Seconde Guerre mondiale et l'indépendance des pays du Maghreb et de l'Afrique subsaharienne, pour la premier fois, une immigration non européenne et majoritairement musulmane allait prendre le chemin de l'Hexagone colonisateur, attirée par les Trente Glorieuses et la croissance économique.
On trouvait que le pari était risqué car un choc culturel était probable, nonobstant la laïcité républicaine, et la séparation entre les cultes et l'État. Cette fille aînée de l'Église n'avait-elle pas initié plusieurs croisades pour délivrer le tombeau du Christ, installer Godefroy de Bouillon, un Français, roi de Jérusalem, et envoyer Louis IX, son saint roi, pour mener la dernière croisade ?
L'essai de l'immigration allait-il être transformé ? Beaucoup, et non des moindres, étaient sceptiques. Modes de vie, cultures, langues allaient favoriser l'apparition des ghettos et réussir a déstabiliser une harmonie nationale ainsi soumise à rude épreuve.
Depuis la fin des Trente Glorieuses, en 1975, et l'« installation de la crise économique, les difficultés s'accumulaient. Rejet, méfiance, incompréhension, préjugés, partis pris prenaient le dessus. Avec plus de 30 députés, le Front national en 1986 se faisait l'écho du malaise et du désespoir de beaucoup de Français ; la guerre civile libanaise qui se déroulait alors les rendait plus sceptiques encore.
Le modèle social français basé sur le droit humain, avec son école républicaine, la gratuité des soins, de l'université et surtout l'égalité des chances par le mérite, tout a été mis en œuvre pour assimiler et digérer cette nouvelle immigration suspecte car différente.
Car, malgré les énormes difficultés sur le terrain, malgré l'avènement de régimes radicaux avec el-Qaëda et Daech, malgré les énormes moyens financiers
déployés par la propagande intégriste, plus de 99,99 % des musulmans de France sont restes sourds à ces tristes sirènes.
Depuis Kelkal et bien avant Merah, les musulmans de France ont répondu présent à l'appel à l'unité lancé par la nation.
Ils sont nés ici, profitent de ce pays unique à tous les points de vue, sont libres d'exercer leur croyance, jouissent des mêmes lois pour tous, dans un pays ouvert sur deux mers, musée du monde, des arts et des cultures, habité par un peuple à la compassion légendaire, le pays de Pasteur, des Curie, de l'Abbé Pierre, des Médecins sans frontieres, des Restos du cœur, des missionnaires innombrables.
Deux orphelins, nés sur la magnifique colline des Buttes-Chaumont, pris dans la tornade du terrorisme, vont rendre, par leurs méfaits, le plus grand service à l'unité française. Jamais la France n'aura été aussi unie et n'est sortie renforcée comme aujourd'hui, après le malheur qui vient de la frapper.
Qu'ils soient bretons, normands, nordiques, champenois, alsaciens, lorrains, bourguignons, franc-comtois, provençaux, catalans, basques, aquitains, limousins, charentais, dauphinois, vendéens, corses, antillais ou, bien sûr, franciliens ; qu'ils soient blancs, noirs ou jaunes, catholiques, protestants, orthodoxes, musulmans, bouddhistes ou juifs, ils remercieront leurs dieux tous les matins de leur vie, à l'heure du croissant et du pain beurré, d'avoir la chance inouïe de vivre en France.
Lors de sa visite historique à Paris, en 1961, JF Kennedy s'adressait aux Parisiens devant le général de Gaulle en ces termes : « Tout homme a deux villes, là où il vit et puis Paris. »
Et en présentant ses condoléances, Barack Obama a prononcé trois mots : « Vive la France ! » Cette France nécessaire à l'équilibre du monde. Cette France qui, si elle n'existait pas, aurait dû être inventée.
Chloé KATTAR
Paris


Oui, mais bon ! N'oublions pas "Vichy", quand même ! Walâoû !
03 h 37, le 14 janvier 2015