Je suis Charlie ! Oui, je suis Charlie, mais aussi je suis le Liban, je suis la Syrie, je suis la Palestine, je suis le Soudan, je suis l'Irak...
Je suis chaque personne victime de l'injustice qui envahit le monde.
Je suis chaque pays hanté par la guerre.
En tant qu'hommes, nous avons le devoir de dénoncer tout ce qui est injuste, tout ce qui s'oppose aux droits de l'homme. Bref, tout ce qui est mal.
Et le massacre des 12 personnes qui a eu lieu le 7 janvier à Paris n'est qu'une face du terrorisme, monstre géant, sans scrupule, qui hante la Terre.
Je suis libanaise, mais en même temps, je suis Charlie.
Je ne nie pas les souffrances de mon pays ni les guerres qu'il a endurées. Rien ne m'empêchera de me révolter contre ceux qui l'assassinent au quotidien. Je n'oublie pas mon pays. Au contraire. Je m'insurge contre un massacre, une atteinte à la liberté d'expression. Je m'insurge contre une atteinte à l'humanité entière.
Charlie Hebdo est peut-être beaucoup trop libre pour certains, beaucoup trop choquant pour d'autres. Mais il est libre. Et qu'il est beau d'être libre ! Ce que Charb, Cabu, Wolinski, Tignous et oncle Bernard ont fait, c'est s'exprimer aussi librement que possible sans aucun tabou. Et cela est leur droit. Ils ont le droit de publier comme vous avez le droit de ne pas apprécier. Cela s'appelle « démocratie ».
Et quelle honte au XXIe siècle de s'exprimer librement sans avoir à combler les désirs narcissiques des politiciens et des hommes de religion !
Je le redis haut et fort : oui, je suis Charlie. Je suis chaque pays démoli par la guerre, je suis chaque personne faisant face à l'injustice. Je suis le Liban, je suis Beyrouth. Je porte en moi les blessures et cicatrices d'un pays qui a tant lutté, qui a été détruit à plusieurs reprises et qui a retrouvé la force de ressusciter maintes fois. Par contre, cela ne m'empêche pas d'être un homme outragé par l'attentat contre Charlie Hebdo, par le massacre de 12 personnes, par un incident qui me prouve à quel point l'homme perd de son humanité. Paix à leurs âmes. C'est ce qu'il leur reste de ce monde atroce.
Dima ABOU ABDOU


Bien vu, Madame Achkar....
08 h 14, le 14 janvier 2015