Un peshmerga (combattant kurde) monte la garde sur le front du district de Gwer, à 40 kilomètres au sud d’Erbil, la capitale de la région autonome du Kurdistan irakien. Les peshmergas mènent une lutte acharnée contre les jihadistes de l’État islamique (EI), en attendant des renforts de l’armée irakienne dont les recrues s’entraînent intensivement avec des instructeurs américains. Safin Hamed/AFP
Alignées en tenue de camouflage, les nouvelles recrues lancent l'assaut contre une petite maison vide dans la base de Taji, au nord de Bagdad. Dans quelques semaines, elles seront amenées à reproduire les mêmes gestes, mais cette fois face à des jihadistes lourdement armés. À leurs côtés, des instructeurs irakiens et américains leur indiquent comment se positionner, où poser le regard et à quel moment pointer la kalachnikov. Il ne reste que quelques semaines aux nouveaux soldats pour assimiler ces gestes : l'entraînement doit être bouclé d'ici à un mois, et ils peuvent être rapidement appelés sur le front pour combattre le groupe État islamique (EI).
La coalition dirigée par les États-Unis mène des frappes aériennes contre les jihadistes depuis plusieurs mois, mais entend aussi assurer la formation de quelque 5 000 militaires irakiens toutes les six à huit semaines pour préparer l'armée à reprendre le terrain perdu à l'EI. Quatre bataillons, constitués chacun d'environ 400 soldats, sont actuellement à l'entraînement dans l'énorme base de Taji, et 80 militaires suivent une formation au maniement des tanks. Au total, cinq sites (dont l'un dans la région autonome du Kurdistan) accueillent ces Irakiens fraîchement enrôlés, qui n'ont à leur actif que quelques mois d'entraînement militaire. La plupart d'entre eux ont revêtu l'uniforme après le lancement de l'offensive jihadiste début juin, conscients qu'ils pourraient être amenés à intervenir rapidement.
Les troupes auront vraisemblablement à mener des combats en zone urbaine, dans les localités tenues par l'EI, en défiant les jihadistes rue après rue, maison après maison. Il leur faudra alors savoir distinguer en une fraction de seconde un combattant d'un civil, pour éviter les bavures, et essayer de s'assurer le soutien de la population locale, appui indispensable pour chasser définitivement les jihadistes.
Blessés et ennemis imaginaires
Pour l'heure, à Taji, les soldats approchent en courant et rampant avant de pénétrer et de fouiller la maisonnette sous un feu ennemi imaginaire. Pour rendre la scène plus réaliste, l'un des formateurs américains s'est vu attribuer la tâche ingrate de frapper au marteau sur une pièce métallique, afin d'habituer les soldats au bruit des coups de feu. À l'approche des obstacles, ils s'immobilisent et mettent en joue d'invisibles assaillants avant de tirer – à blanc – puis de remettre la sécurité de leurs armes. Cette étape est régulièrement oubliée et les instructeurs américains répètent à l'envi « Mettez votre sécurité ! », parfois accompagnée d'une bordée d'injures. Certains tiennent le rôle des blessés, pour permettre à leurs compagnons de s'entraîner à dispenser les premiers soins sur le front. La répétition « reprend des éléments vus au cours des dernières semaines et les combine ensemble », commente le capitaine David Neveau.
Très peu parmi ces recrues ont déjà une expérience en tant qu'officier ou sous-officier, et les formateurs doivent aussi identifier ceux qui seront amenés à diriger. Des formations sont dispensées spécialement pour les officiers, mais les militaires américains entendent inculquer à tous le sens des responsabilités. « Parfois, nous retirons certains commandants de l'exercice (...) pour que d'autres soldats conduisent les troupes, explique l'adjudant-chef Tony Grinston, qui supervise le programme. Nous procédons par petits pas de manière à ce que (...) la mission puisse continuer, même si un des chefs disparaît. »
La question centrale reste de savoir si ces formations porteront leurs fruits sur le long terme. Après le retrait américain en 2011, l'armée irakienne avait en effet été critiquée pour ne pas avoir maintenu à niveau ses capacités, notamment faute d'entraînement. « Si vous (...) vous entraînez, puis arrêtez la formation pendant un an ou six mois, il ne faut pas s'attendre à être bon », insiste l'adjudant-chef Grinston.
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