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Nos lecteurs ont la parole - Karim Najjar

L’intolérance assassine

Je me souviens il y a dix ans...
Un séisme sanglant s'était produit au pays du Cèdre ; je me souviens comment, sur mon lieu de travail, je revoyais en boucle les images insoutenables du cratère gigantesque qui avait dévasté toute une rue en plein centre-ville de Beyrouth. Le cœur serré, je sanglotais en silence devant cet acte odieux commandité et exécuté par des lâches. J'étais bouleversé, meurtri au plus profond de mon âme. La question est : pourquoi ? Pourquoi assassiner ? Nous ne sommes plus au Moyen Âge pourtant.
Une immense foule de plus d'un million de Libanais s'était alors rassemblée pour dire non à la barbarie, à l'assassinat politique et au terrorisme d'État.
Plusieurs attentats ont malheureusement marqué les mois et les années depuis cette date maudite. Des journalistes de renom au talent immense, des écrivains, des députés, de simples anonymes ou même un de mes camarades de promotion qui avait eu le tort d'aller se reposer au Liban quelques jours et qui passait par hasard sur le lieu de l'attentat au mauvais moment.
Je me souviens également de la vague de violence suscitée par des caricatures danoises reprises par un célèbre journal satirique français. On voyait des foules scander avec toute leur bave haineuse des propos insoutenables.
Je me souviens avoir pensé que ces dessins pouvaient choquer des personnes attachées à leurs convictions religieuses, mais je pensais également que rien ne pouvait justifier ce déferlement de violence et les menaces contre les journalistes.
Le temps de la violence est révolu. On ne peut plus assassiner son voisin parce qu'il ne pense pas comme nous. Manifester son désaccord par la violence est une action inhumaine, barbare et d'un autre temps. Cela relègue l'être humain à ce qu'il a de plus noir, de détestable et d'horrible. On ne peut pas revendiquer l'appartenance à l'espèce humaine si on tue son prochain pour un simple désaccord.
Persister dans la voie de la violence, c'est prendre le chemin de l'extinction de l'espèce humaine. C'est condamner l'intelligence humaine à la mort, c'est anéantir tout ce qui nous différencie des animaux qui tuent, eux, uniquement pour se nourrir et subsister.
Avant-hier l'Inquisition, hier des croix gammées, aujourd'hui des fous se revendiquant d'une religion qui les a exclus depuis longtemps, et demain ?
Le principe du terrorisme n'est pas nouveau : déjà dans la montagne syro-libanaise il y a 1 000 ans une secte, les haschaschine, se bourraient la gueule de haschisch avant d'aller exécuter leur victime.
Organisés et voués corps et âme à leur cause, ils assassinaient sur ordre de leur chef tout dirigeant qui ne leur plaisait pas.
Mais c'était il y a 1 000 ans...
Jeudi, des centaines de milliers de personnes se sont élevées contre l'acte odieux.
Jeudi, main dans la main, le monde entier s'est révolté, indigné par cet acte commis par des fous, des assassins de la liberté d'expression, des criminels de l'espèce humaine.
Face à l'intolérance assassine, à la boucherie humaine sans nom, à la « merditude » humaine de ces barbares, je leur dis : c'est vous qui serez terrorisés, la justice ne vous lâchera jamais, et même si celle-ci est défaillante, votre conscience vous jugera pour vos actes.
Votre place n'est même pas en enfer, pour vous, lâches, qui avez besoin d'une arme pour vous exprimer.
Alors terroristes d'hier et de demain, comme des milliers de mes compatriotes, je vous dis : moi aussi je suis Charlie, et je préfère mourir debout pour mes idées qu'à genoux devant votre inhumanité.

Karim NAJJAR
Un Franco-Libanais parisien

Je me souviens il y a dix ans...Un séisme sanglant s'était produit au pays du Cèdre ; je me souviens comment, sur mon lieu de travail, je revoyais en boucle les images insoutenables du cratère gigantesque qui avait dévasté toute une rue en plein centre-ville de Beyrouth. Le cœur serré, je sanglotais en silence devant cet acte odieux commandité et exécuté par des lâches. J'étais bouleversé, meurtri au plus profond de mon âme. La question est : pourquoi ? Pourquoi assassiner ? Nous ne sommes plus au Moyen Âge pourtant.Une immense foule de plus d'un million de Libanais s'était alors rassemblée pour dire non à la barbarie, à l'assassinat politique et au terrorisme d'État.Plusieurs attentats ont malheureusement marqué les mois et les années depuis cette date maudite. Des journalistes de renom au talent immense, des...
commentaires (3)

Rien que pour les martyrs de ce pays abattus de puis 2005 par la barbarie assassine et dont le souvenir est généreusement évoqué par l'auteur de ce billet. Rien que pour nos soldats qui congèlent aux mains des barbares. Rien que pour dire aux fondamentalistes de tous les bords, de tous les coins : allez au pire des diables. Je suis Charlie.

Halim Abou Chacra

19 h 04, le 10 janvier 2015

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Commentaires (3)

  • Rien que pour les martyrs de ce pays abattus de puis 2005 par la barbarie assassine et dont le souvenir est généreusement évoqué par l'auteur de ce billet. Rien que pour nos soldats qui congèlent aux mains des barbares. Rien que pour dire aux fondamentalistes de tous les bords, de tous les coins : allez au pire des diables. Je suis Charlie.

    Halim Abou Chacra

    19 h 04, le 10 janvier 2015

  • JE LE RENVERSE POUR DIRE : LA TOLÉRANCE ASSASSINE ! CELA DÉPEND DE L'ANGLE DUQUEL ON VOIT LES CHOSES...

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    15 h 11, le 10 janvier 2015

  • Courageux et joli.

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    05 h 28, le 10 janvier 2015

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