Rechercher
Rechercher

Nos lecteurs ont la parole - Nay Abi Samra

Mais où va le monde ?

Alors que je n'étais encore qu'une enfant, ma mère ne cessait de me répéter qu'il ne fallait pour rien au monde chuchoter tout bas ce que j'avais à dire, et cela compte tenu de ce que tous les autres pouvaient bien en penser. Ma maman, je la croyais. Ma maman, elle avait toujours raison. Le temps a passé et jamais je n'ai su retenir les mots qui voulaient se faire entendre. Contre l'opinion de tous, j'ai défendu homosexuels, femmes, enfants, SDF et surtout liberté d'expression. En ouvrant les yeux sur le monde tel qu'il était, je voyais une certaine utopie en ces pays qui prônaient tout haut les droits de l'homme qui n'imposaient que la diffamation comme limite à la liberté d'expression et je me disais qu'un jour tous les pays feraient de même. Malheureusement, c'était encore l'époque où j'étais d'une naïveté incontestable, pas vrai?
Il y a plusieurs années maintenant, en 2005, Kåre Bluitgen, l'auteur d'un livre sur la vie du Prophète, s'est vu refuser par de nombreux illustrateurs un dessin de couverture pour son œuvre. Conscient de la peur qui règnait depuis l'assassinat de Théodore Van Gogh à cause de son film Submission, Bluitgen fait alors appel au rédacteur en chef de la page culture du quotidien danois Jyllands-Posten, qui demande par la suite à quarante illustrateurs de faire des dessins de Mohammad. Parmi les quarante illustrateurs, seulement douze s'exécuteront. Quelques années plus tard, c'est le fameux Charlie Hebdo qui publiera certaines de ces caricatures.
Les menaces, les manifestations et les attentats se multiplièrent sans répit, et moi, je contemplais, ébahie, le spectacle d'une colère et d'une haine qui se déchaînaient contre notre monde. Je me demandais ce qui pouvait bien pousser des êtres humains, tout comme moi d'ailleurs, à commettre de tels crimes au nom d'une religion qui, elle, prône amour, fraternité et pardon. Mercredi, douze personnes ont perdu la vie, et cela au nom d'une liberté d'expression restreinte. Aujourd'hui est un jour comme les autres qui nous secoue et nous demande d'ouvrir les yeux. Aujourd'hui, ceux qui n'avaient pas encore pris conscience que le monde dans lequel nous vivons est un monde de contraintes et de restrictions, eux enterrent leurs idées en toute solitude. Aujourd'hui, et comme tous les autres jours, je veux crier ma colère, ma révolte et mon indignation d'être humain là où je n'ai pas droit à la parole.
« Je pense, donc je suis. » Et penser sans s'exprimer reviendrait à cacher son argent dans une chaussette sous son lit ; comportement inutile, bien entendu. Je suis athée et je ne ferai le plaisir à personne de le dissimuler. Pourtant, je respecterai toujours ceux qui voudront vivre autrement mais aussi leur liberté de dire tout haut que je suis une « kafira » du moment que l'on ne m'agresse pas. Je demande alors à chaque personne de prendre une pause de quelques secondes et de se demander : mais où va le monde ? Personnellement, j'ai pris une trêve de plus de quelques secondes et j'y ai répondu simplement : le monde est un serpent qui se mord la queue. Le monde est différent pour chacun, il renferme une incroyable diversité sur tous les plans, mais chacun veut en faire un monde uniforme ; et tel est notre problème. Alors aujourd'hui, je clame haut et fort ma volonté de m'exprimer mais aussi d'écouter ; lorsque j'écoute, je réfléchis et, par la suite, j'apprends et j'évolue.
Aujourd'hui devrait être un jour de deuil mondial, un jour où l'on enterre à jamais notre peur de dire ce que l'on pense. Aujourd'hui, par respect aux victimes, le monde devrait se lever et condamner de telles violences. Aujourd'hui devrait être un jour où l'on apprendrait à dire et à exprimer ce qui aurait pu nous offenser dans les paroles de l'autre, et cela sans violence. Aujourd'hui, si un changement n'a pas lieu, l'homme se prouvera qu'il n'est qu'un animal parmi tant d'autres dans une jungle où règne le plus fort.

Alors que je n'étais encore qu'une enfant, ma mère ne cessait de me répéter qu'il ne fallait pour rien au monde chuchoter tout bas ce que j'avais à dire, et cela compte tenu de ce que tous les autres pouvaient bien en penser. Ma maman, je la croyais. Ma maman, elle avait toujours raison. Le temps a passé et jamais je n'ai su retenir les mots qui voulaient se faire entendre. Contre l'opinion de tous, j'ai défendu homosexuels, femmes, enfants, SDF et surtout liberté d'expression. En ouvrant les yeux sur le monde tel qu'il était, je voyais une certaine utopie en ces pays qui prônaient tout haut les droits de l'homme qui n'imposaient que la diffamation comme limite à la liberté d'expression et je me disais qu'un jour tous les pays feraient de même. Malheureusement, c'était encore l'époque où j'étais d'une naïveté...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut