La victoire de Beji Caïd Essebsi à l'élection présidentielle tunisienne est réjouissante, c'est celle d'un homme d'État doté d'une longue et riche expérience.
Cependant, et loin de la diabolisation et des procès d'intention qui laissent entendre qu'un régime autoritaire verra le jour et que les vieux démons resurgirons, une crainte sérieuse et fondée existe bel et bien, c'est celle des courtisans autour du chef. Et BCE n'est pas n'importe quel chef. Il est désormais le chef de l'État. Les courtisans représentent un danger pour le gouvernant et, à travers lui, pour toute la nation. Ils sont la cause de la perversion et de la destruction de tous les régimes.
Le nouveau président a été ministre des Affaires étrangères du gouvernement Mzali, qui coïncidait avec la fin de l'ère Bourguiba. Il connaît donc ces courtisans qui nous ont menés à l'abîme. Leur souci n'est pas la réussite de leur chef ou l'accomplissement de leur mission d'une manière convenable. Leur obsession est de s'accrocher au pouvoir, de s'y agripper par tous les moyens, de servir leurs intérêts et de paraître importants et influents devant l'opinion publique. Ils diront au chef ce qu'il voudra entendre et non la vérité, surtout si elle est désobligeante.
Ce phénomène de cour existe même dans les plus grandes démocraties du monde, alors que dire de notre monde arabe si habitué à la vénération et à la divinisation du chef de l'État. Il faudra éviter les courtisans comme on évite la peste. Monsieur le Président, il faut les éjecter. Tâchez de bien choisir votre équipe et de vous entourer de bons éléments. Il en va de votre mandat et du destin de notre pays.
Les Tunisiens qui ont placé leur confiance en Beji Caïd Essebsi, surtout les plus vulnérables et les plus modestes, ne toléreront pas les dérives qui jadis leur ont tant causé de mal. Les plus zélés de ces courtisans, exaltés par le parfum de la victoire et assoiffés par le pouvoir, feront tout pour se frayer une place dans ce nouveau dispositif.
Et les courtisans ne sont pas présents uniquement dans le parti du président ou dans son équipe. Ils le sont aussi dans le monde des affaires, dans l'administration, chez les artistes et dans tous les milieux.
La Tunisie a longuement pâti et souffert des courtisans sous les différents régimes. Nous devons tenir compte des leçons du passé.
Chedly MAMOGHLI
Tunis

