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Liban

Omar Karamé, monsieur pas de chance...

Portrait
Élie FAYAD | OLJ
03/01/2015

La chance, en politique, n'a jamais vraiment souri à Omar Karamé, lui qui fut pourtant l'héritier d'une grande famille de notables sunnites de Tripoli et le fils d'un acteur-clé de l'indépendance du Liban, Abdel Hamid Karamé.
Né le 7 septembre 1934, cet avocat formé à l'Université du Caire vivait dans l'ombre de son frère aîné Rachid, qui fut Premier ministre à plusieurs reprises et l'un des principaux leaders du pays durant près de trois décennies.
L'assassinat de ce dernier, le 1er juin 1987, le propulse sur la scène publique, mais sa carrière ne prendra son essor qu'avec la consécration de la tutelle syrienne au Liban, en 1990. Il avait auparavant, de novembre 1989 à décembre 1990, exercé pour la première fois des fonctions ministérielles (Culture et Éducation) dans le gouvernement de Sélim Hoss, sous la présidence d'Élias Hraoui.
Chef du gouvernement à partir du 24 décembre de cette année-là, il est lâché par Damas au printemps 1992, lorsque son gouvernement tombe, le 13 mai, sous l'effet d'un vaste mouvement de protestation provoqué par l'effondrement de la monnaie nationale. À l'époque, le dollar flirtait avec la barre des 3 000 livres.
Omar Karamé accusera l'homme d'affaires Rafic Hariri d'avoir, avec la complicité du président Hraoui, monté ce mouvement pour le contraindre à la démission.
Du bilan politique de ce premier gouvernement, on retiendra essentiellement la consécration de l'ordre d'après-guerre – le démantèlement des milices, à l'exception notable du Hezbollah – et la conclusion du traité libano-syrien.
Nommé député de Tripoli en 1991, dans le cadre de la série de nominations aux sièges laissés vacants par les décès de parlementaires durant la guerre et à ceux qui ont été créés par l'accord de Taëf, il retrouvera son siège aux élections législatives de 1992, 1996 et 2000. Mais son leadership, traditionnel et modéré, fera progressivement les frais de la montée fulgurante du haririsme, mais aussi des tentatives syriennes de morceler le pouvoir des chefs politiques sunnites.
C'est dans ce contexte qu'il revient à la tête du gouvernement en octobre 2004, après la prorogation mouvementée du mandat présidentiel d'Émile Lahoud et le départ de Rafic Hariri. Et c'est, une fois de plus, ce dernier qui, en quelque sorte, le fera tomber quelques mois plus tard, dans la foulée de son assassinat. Quatre jours avant l'attentat, Omar Karamé avait eu cette malheureuse parole : « Nous allons leur (l'opposition dirigée par Hariri) montrer de quoi nous sommes capables. »
Nous sommes en février 2005. Rapidement, son gouvernement est accusé par le camp antisyrien de vouloir retarder les législatives de 2005, prévues en mai, et de traîner les pieds dans l'enquête sur l'assassinat de Rafic Hariri. Sous la formidable pression de la rue et à la suite d'un discours virulent au Parlement de Bahia Hariri, la sœur du leader assassiné, il démissionne le 28 février.
Le 10 mars, il est chargé à nouveau par le président Lahoud de former un cabinet de transition et d'union nationale en vue d'organiser les législatives dans les délais. La coalition antisyrienne refuse néanmoins de siéger aux côtés de ministres prosyriens. C'est l'impasse qui conduira Omar Karamé à se récuser le 13 avril, quelques jours avant le retrait des troupes syriennes du Liban.
Le soutien de Damas, dont l'influence est chancelante, ne lui permettra pas de conserver son siège de député du chef-lieu du Liban-Nord, désormais acquis au haririsme. Et en 2011, lorsqu'à la faveur du basculement de la majorité parlementaire du côté de la coalition du 8 Mars, dominée par le Hezbollah, il est à nouveau question de faire appel à lui à la tête du cabinet, il est écarté par le secrétaire général du Hezb, Hassan Nasrallah, qui le juge trop âgé et malade.
En réalité, le choix s'était déjà fixé sur le « centriste » Nagib Mikati, autre Tripolitain que Omar Karamé avait coutume de ranger dans la catégorie des « requins de la finance ». L'option Mikati s'était avérée être, en effet, la seule à même d'obtenir le retournement du chef du PSP, Walid Joumblatt, et donc le basculement de la majorité.
Quelques jours plus tard, amer mais n'ayant rien perdu de sa verve sarcastique, Karamé dira aux journalistes : « Il paraît que je suis malade. Regardez-moi bien. Ai-je l'air d'un homme fatigué ? »
Il laisse quatre enfants, deux filles et deux garçons, dont Fayçal, qui a été ministre de la Jeunesse et des Sports dans le gouvernement Mikati et qui s'apprête à reprendre le flambeau familial.

 

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Voir ici la nécrologie de Omar Karamé

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Gebran Eid

POUR LES PRO SYRIEN, IL N'Y A PAS À S'INQUIÉTER, FAYÇAL PRENDRA LA RELÈVE. IL S'APPLIQUERA LA FAMEUSE PHRASE APPLIQUÉE PAR SON ONCLE RACHID QUI DISAIT: " ittafakna ala an la nattafika " " on s'est mis d'accord pour qu'on ne se mettra jamais d'accord ". POUR GARDER LA MAIN SUR LES TROUPEAUX, CHACUN DE SON CÔTÉ. Que Monsieur Omar repose en paix quand même.

Halim Abou Chacra

"Pro-régime syrien jusqu'aux os", comme on dit en arabe. Comme Emile Lahoud au mandat de triste mémoire.

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