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Culture

Safwan Dahoul et Nadim Karam, témoins et scribes de villes d’Orient...

Exposition

Pour fêter son cinquième anniversaire, la galerie Ayyam* a choisi la célébration en un doublé d'artistes. Safwan Dahoul et Nadim Karam, de Damas à Beyrouth, en sensibilité et expression différentes, graves et ludiques, mais toujours à l'affût d'un témoignage, d'une émotion à transmettre...

03/01/2015

Deux mondes qui viennent du bruit, de la fureur, du chaos, de la poussière, de la guerre et d'un soleil écrasant. Damas et Beyrouth renaissent en visages et masques divergents sous les pinceaux et la palette du Syrien Safwan Dahoul, et du burin et du maillet du Libanais Nadim Karam. Pour témoigner des blessures et écrire, en peinture et sculpture, l'espoir et le désespoir de deux villes phares de l'Orient. Dans leur énergie et leur détresse de vivre.
Six grandes toiles acryliques en noir et blanc, aux dimensions variées (2m x 1m,80 et 1m,50 x 1m,30), où la femme et les corps humains, par-delà crispation, effroi et tendresse, ont des représentations lovées et parfois ailées. Des anges qui regardent des corps gisants, des vivants qui veillent les morts jetés au milieu des routes. Tout cela avec une fausse innocence qui laisse un peu rêveur...
Lignes marquées à la Picasso, visages émaciés vaguement à la Modigliani, regards pharaoniques échappés à un Toutankhamon ou un Ramsès en vague rêverie, ou dureté d'un terrible châtiment à infliger...
Plus mièvre et presque inutile, une fleur informe dans un vase à l'espace cubiste. Mais demeure la force d'une œuvre absolument dans le «trend» d'une peinture moderne, certes souvent sous influence, mais qui ne manque, sous ses aspects lisses et architecturés, ni de rigueur et encore moins de caractère. Caractère surtout à dénoncer les angoisses contemporaines les plus tangibles et celles d'un esprit tourmenté moins visibles et plus lancinantes.
Pour Nadim Karam, parti à l'assaut des villes avec ses sculptures, dont notre capitale, la ronde s'est étoffée ici de trois personnages animaliers, fantaisistes, faméliques et fantasques. Malgré tous les paradoxes, accueillants et domestiqués. Un rhinocéros, un éléphant et un dromadaire, taillés comme dans une dentelle fine où le fer a les plus insoupçonnables des souplesses et une finesse d'incroyable guipure. Le bestiaire, joyeux et festif, se dote d'une petite cavalière amusante. Perchée à dos d'animal, elle dirige la bête en une marche docile et agile. Superbe sculpture au travail fignolé avec une multitude de personnages et d'êtres en « situation » tannés à même la peau. Dans une vertigineuse luisance. On en arrive au célèbre concept de «hap-situs» de l'artiste urbain où s'imbriquent happening et situation dans une animation frétillante et frénétique. Comme la vie trépidante dans ces rues que les noctambules hantent entre pubs et restos !
Ravissant et saisissant mélange de l'architecture, du design, de l'inspiration des mégacités modernes et de l'alliage maîtrisé du fer, de l'acier inoxydable et des éclats d'acier. Coupé, acéré, poli, sobrement coloré ou laissé à la noblesse de son matériau initial, cet ensemble a un effet bœuf sans que cela soit ici, dans ce bestiaire inspiré et dompté, un jeu de mot !
À travers l'art, par-delà désespérance et frivolité, par-delà lutte pour le quotidien et souci de l'avenir, deux cités qui prêtent leurs voix à une vision d'une brûlante actualité. Des voix qui fusionnent dans la clameur d'un Orient aux mutations les plus vives, les plus surprenantes, les plus inattendues. Deux artistes en parlent avec verve (même si le nombre des œuvres exposées reste chétif) et éloquence. Une œuvre, c'est pas comme les paroles, elle ne s'en va pas, elle reste...

*Galerie Ayyam (Zeitouni Street) jusqu'au 10 janvier 2015.

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