2014 dans le monde

Sept milliards et demi de personnalités de l’année

05/01/2015

Venue du Nouveau Monde, la tradition a franchi l'Atlantique pour arriver chez nous, après avoir conquis la vieille Europe en attendant les trois autres continents. Autant y aller donc, pour être dans le vent et aussi pour découvrir qu'en fait de « personnalité de l'année 2014 », il serait vain de consulter une liste, bien mince par ailleurs au vu des performances des uns et des autres. Aussi, vaudrait-il mieux commencer par faire l'impasse sur les héros d'un jour, qui n'ont pas réussi à franchir l'impitoyable épreuve du temps avant de retourner à cet incognito qu'ils n'auraient jamais dû quitter.
Alors qui, du pape François (mais, lui, il a déjà « fait » l'année 2013), de Patrick Modiano (qui serait le choix des rats de bibliothèque, une engeance plutôt clairsemée à l'heure d'Internet et de la lecture en pilule) ou même de Lewis Hamilton (histoire de caresser les férus de sport dans le sens du poil) ? Il vaudrait mieux, si l'on veut jouer les Salomon, décréter que, nul ne méritant le titre, il conviendrait de laisser vacante la place en attendant le candidat approprié. Une autre application, en quelque sorte, de la méthode à l'honneur dans les universités américaines, le « none of the above ». Barbara Walters a préféré, elle, se la jouer solo et désigner notre Amal Alamuddin, devenue Clooney depuis son union avec « who else », comme la figure la plus fascinante. Un couple commençant pour une année finissante, il fallait y penser...
Saluons au passage l'initiative de l'hebdomadaire Time qui a eu l'excellente idée – meilleure en tout cas que le choix de la chanteuse Beyoncé comme femme la plus influente – de penser aux hommes et aux femmes qui forment cette vaillante équipe de kamikazes montant la garde pour sauver sept milliards et demi de Terriens menacés par la terrible Ebola. Et puisqu'il s'agit de ceux-là, pourquoi ne pas se rabattre sur ceux qui contribuent à améliorer, ne serait-ce que dans une modeste mesure, notre triste quotidien ? Ou même, histoire de faire hurler les indignés, sur les « méchants » comme Vladimir Poutine, Omar al-Bachir, le « calife » Abou-Bakr al-Baghdadi et son alter ego nigérian, Abubakar Shekau, chef du sinistre Boko Haram ?
Non, plutôt une promotion en forme d'hommage à l'éternel soldat inconnu : vous, moi, nous tous qui subissons, stoïques, l'incompétence des hommes qui nous gouvernent, pitoyables dans leur valse-hésitation et qui réussissent à nous faire admettre comme une évidence l'absurdité que représente leur inaction, jadis énoncée comme suit par Jean Cocteau dans Les mariés de la tour Eiffel : « Puisque ces mystères nous dépassent (ceux de la vie politique dans ce cas précis), feignons d'en être l'organisateur. »
Il faut croire que les problèmes sont devenus himalayens, donc inaccessibles pour les alpinistes-politiciens qui ne se sentent nullement l'âme d'un George Leigh Mallory obsédé, lui, par la conquête de l'Everest au point qu'il en avait tenté l'escalade à trois reprises (1921,1922, 1924) et qui eut cette réponse superbe à l'adresse d'un journaliste désireux de connaître la raison de son obstination : « Because it is there. » À moins que le problème ne vienne des hommes devenus trop petits pour cette noble mission qu'est le service de la chose publique – la res publica à l'origine du mot république.
Les motifs peuvent différer d'un pays à l'autre, être plus ou moins justifiés, mais la leçon demeure la même. Il y a quarante-quatre ans que le monde a porté en terre Charles de Gaulle, plus d'un demi-siècle que John Fitzgerald Kennedy a été assassiné et deux tiers de siècle qu'un forcené a abattu Gandhi. Trois géants qui ont marqué leur temps, en compagnie de plusieurs autres. Nommez-moi un seul Gulliver dans l'univers de Lilliputiens qui est aujourd'hui le nôtre. Il y a pléthore de pies jacasseuses, de brasseurs de vent, de marchands de poudre de perlimpinpin, mais de visionnaires capables de penser l'avenir sans pour autant négliger le présent, point. Plutôt refiler le mistigri que plancher sur des solutions à au moins quelques thèmes d'intérêt. Plancher, dites-vous ? Il importe de le savonner pour le successeur, même s'il appartient à la grande famille partisane.
Le prix, c'est le citoyen qui le paie, impavide, ou faisant semblant de l'être, dans la tourmente. Vous ne trouvez pas qu'il mériterait d'être sacré personnalité de l'année et de recevoir les instruments de son impuissance ? Une distinction que nul au demeurant ne se hasarderait à lui disputer.

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