La tempête monétaire tourne à la profonde crise économique pour la Russie et toute l'ex-URSS en subit l'onde de choc. AFP PHOTO / DMITRY SEREBRYAKOV
Carnets de commandes vides en Arménie, panique dans les bureaux de changes du Bélarus ou diminution des transferts de la diaspora du Tadjikistan: la tempête monétaire tourne à la profonde crise économique pour la Russie et toute l'ex-URSS en subit l'onde de choc.
L'effondrement du rouble (-40% depuis le début de l'année face au dollar) sur fond de crise ukrainienne et de chute des cours du pétrole a un effet très concret pour Manvel Gasparian, entrepreneur arménien dont la fabrique de chaussures exporte à 90% vers la Russie.
"Le prix de nos produits augmente en Russie alors que les revenus de la population baisse... La demande chute de manière spectaculaire", soupire l'homme d'affaires. "C'est très triste".
Confronté à une baisse de 11% de sa monnaie, le dram, et à une baisse de près de 20% (en dollars) des transferts envoyés par les émigrés en Russie, ce pays du Caucase a dû revoir ses ambitions de croissance pour cette année, à 3,3% contre 4,1% auparavant.
Pas étonnant, souligne l'économiste arménien Achot Aramian, car "ce sont des entreprises russes qui contrôlent des secteurs stratégiques comme l'énergie, le transport ferroviaire et les communications".
Du Bélarus à l'Asie centrale en passant par le Caucase, la logique est la même, explique l'économiste Igor Nikolaïev, du cabinet de conseil FBK à Moscou: "Les échanges commerciaux avec la Russie et les envois d'argent par les émigrés diminuent en même temps que le rouble baisse".
(Lire aussi : « Nous assistons à la mort de l'émergence russe »)
Les alliés prennent leur distance
La déception est de taille pour l'Arménie, qui avait renoncé en 2013 au dernier moment à un rapprochement avec l'Union européenne pour préférer se tourner vers Moscou et son Union douanière avec le Bélarus et le Kazakhstan. La même décision en Ukraine avait abouti à la crise politique, avant de plonger l'Est du pays dans la guerre.
Les partenaires les plus fidèles de Moscou sont les plus touchés, au moment même où leur zone de libre échange doit se transformer le 1er janvier en Union eurasiatique plus large.
Au plus fort de la chute du rouble mi-décembre, les Bélarusses, qui ont vécu eux-mêmes une dramatique crise financière en 2011, se sont rués vers les bureaux de change. La banque centrale a imposé des mesures d'urgence, comme une taxe sur les changes, et le président Alexandre Loukachenko, considéré comme le plus autoritaire en Europe, a fini par limoger son Premier ministre.
(Lire aussi: Kiev approuve un budget d'austérité voulu par le FMI)
Au Kazakhstan, riche en hydrocarbures, la chute du rouble a eu pour effet d'inonder le marché intérieur de produits russes devenus plus intéressants, au détriment des produits locaux. Pourtant, le pays avait décidé dès février de dévaluer sa monnaie de 16% à cause de l'affaiblissement, alors moins spectaculaire, de la devise russe.
Le ministre des Finances Bakhyt Soultanov s'est inquiété récemment des risques de "diminution des exportations et donc de ralentissement économique".
Affichant leur prise de distance avec Moscou, plus isolée que jamais des Occidentaux, le président Loukachenko et le dirigeant kazakh Noursoultan Nazarbaïev se sont rendus à Kiev la semaine dernière, où ils ont appelé au respect de l'indépendance de l'Ukraine. M. Nazarbaïev a été jusqu'à estimer que l'Union eurasiatique chère à Vladimir Poutine était soumise à "des risques très importants".
L'Asie centrale fragilisée
En Asie Centrale, les ex-républiques soviétiques sont très dépendantes des fonds envoyés par la diaspora travaillant en Russie, qui représentent jusqu'à la moitié du PIB pour le très pauvre Tadjikistan. Or les émigrés, qui occupent le plus souvent des emplois sous-qualifiés et non déclarés en Russie, sont payés en roubles et soumis à la flambée des prix actuelle dans leur pays de résidence (plus de 10%).
"Nous allons nous trouver forcés de retourner dans notre pays", a jugé un représentant des Tadjiks de Moscou, Karomat Charipov, au site openrussia.org.
Selon l'analyste indépendant Alexeï Karassine, le Kirghizstan a vu le niveau en dollars des transferts plonger jusqu'à 70%. La devise locale, le som, a perdu 17% de sa valeur face au dollar cette année. Le gouverneur de la banque centrale, Toktotoul Adbygoulov, a prévenu vu le faible niveau des réserves disponibles que son institution ne pourrait "pas maintenir le som hors de l'eau pendant longtemps".
Dans le reste de la région, l'Azerbaïdjan et le Turkménistan résistent pour l'instant grâce à leurs immenses réserves d'hydrocarbures. Mais en Moldavie et Géorgie, les effets des difficultés russes se sont faits sentir, alors mêmes qu'elles ont tourné le dos à Moscou au profit de l'UE.
Même en Ukraine, malgré le fossé creusé avec le voisin russe, la présidente de la banque centrale Valéria Gontareva a reconnu mardi que les difficultés de Moscou aggravaient le marasme vécu par l'économie ukrainienne. "En tant que citoyenne, je me réjouis de ce qui se passe avec le rouble. En tant que présidente de la Banque nationale, cela ne peut pas me réjouir, parce que la Russie reste l'un de nos principaux partenaires commerciaux", a-t-elle déclaré.
Lire aussi
En Russie, les compagnies aériennes étranglées par la chute du rouble
Russie : les exportateurs publics appelés au secours du rouble


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine