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Moyen Orient et Monde

« Les daechistes posent un soulier sur un Coran, et... »

Témoignages

Au cœur de la guerre entre les peshmergas et l'EI dans le Kurdistan irakien.

16/12/2014

À travers la fente d'une casemate, le colonel Peshmerga Dugirdkan observe à la jumelle les mouvements des jihadistes de l'État islamique retranchés dans un village à un kilomètre des positions des combattants kurdes. « Aujourd'hui est une journée relativement calme, car nous avons récemment délogé les daechistes de sept villages de la région, alors qu'ils s'étaient approchés de 40 kilomètres d'Erbil (la capitale du Kurdistan irakien) », affirme le colonel.
À quelques kilomètres de la ville de Makhmour, située au sud-ouest d'Erbil, les combattants kurdes ont érigé des murs de sable qui courent sur plusieurs kilomètres, une sorte de ligne Maginot pour empêcher l'avancée des intégristes sunnites. À la jumelle, des mouvements de véhicules militaires sont visibles au loin, alors que le colonel capte sur un talkie-walkie les échanges en arabe des jihadistes. « La bataille a pris trois jours et les daechistes ont laissé une centaine de cadavres derrière eux, mais nous n'avons pas pu faire de prisonniers. Pour notre part, nous avons eu 32 martyrs », ajoute-t-il. Soudain sur notre gauche, le canon tonne et un panache de fumée noire s'élève. Le colonel reprend ses jumelles et nous dit satisfait : « Nous avons détruit un de leurs véhicules, un de moins. »

« L'expérience des combats à découvert »
À l'avancée des daechistes, tous les habitants kurdes ont fui les villages de Makhmour, Ghweir, Jalloula, Adwiya, Amerli, Zoummar, Rabi'a, mais maintenant 80 % sont revenus et la vie a repris malgré la proximité de la ligne de front. Pourtant les combattants kurdes retranchés derrière le mur de sable sont rares. À notre étonnement, le colonel Dugirkhan répond. « Notre ligne de front avec les daechistes s'étend sur un millier de kilomètres, et pour le moment nous ne disposons que de 90 000 combattants. Nous ne pouvons pas les déployer tous en même temps. Nous les gardons en réserve en arrière pour les utiliser en cas d'une nouvelle offensive des daechistes. » Selon lui, le travail le plus délicat et le plus dangereux a été le nettoyage des régions libérées des mines enfouies par les intégristes. Il nous montre trois mines rondes de cinquante kilos, selon lui, de fabrication américaine. « Les daechistes emploient des méthodes fourbes pour cacher leurs mines. Nous savons maintenant qu'ils piègent le cadavre des leurs et nous faisons exploser les corps à distance, mais ils ont d'autres méthodes plus insidieuses. Par exemple, ils posent un soulier sur un Coran. Le premier réflexe de nos combattants est de retirer la chaussure posée sur le Livre sacré, parce que nous sommes tout de même des musulmans et le détonateur explose. » « De notre côté, les peshmergas ont toujours combattu comme des guérilleros et dans les montagnes. Nous n'avons pas l'expérience des combats à découvert et sur un terrain plat, mais nous sommes en train de l'acquérir », ajoute-t-il.

 

« Tavin et Dilan »
Dans la ville de Makhmour, le Parti démocratique du Kurdistan PDK a autorisé le PKK à installer une petite caserne, à l'entrée de laquelle trône un portrait en mosaïque du guide Abdallah Oçalan. « Nous ne participons pas ici aux combats, mais nous constituons une force de réserve », affirme un jeune combattant qui refuse de décliner son nom. Ici pas de grades visibles, car il ne s'agit pas d'une armée régulière, mais d'un mouvement de guérilla. Sous le portrait d'Apo, deux très jeunes femmes en treillis militaires sont assises, la kalachnikov entre les jambes. C'est Tavin et Dilan. Tavin, une brunette de 22 ans, a le visage dur et des yeux de braise, mais elle sourit quand elle parle du combat qu'elle mène. Elle s'est engagée à 17 ans, puis a rejoint sa famille qui vivait en Allemagne, mais elle est retournée au Kurdistan lorsque la guerre avec les daechistes a éclaté. Tavin tient un discours tiers-mondiste. Le PKK est une organisation d'obédience marxiste. « Notre combat est international. C'est celui de la justice contre l'oppression », affirme-t-elle. « Nous sommes le seul mouvement kurde où il y a autant de femmes, car le chef Apo, prône l'égalité entre les sexes. D'ailleurs notre combat ne finira pas avec la libération du Kurdistan. Nous poursuivrons alors notre combat pour les droits des femmes, tellement bafoué par l'Islam », affirme-t-elle. Elle indique qu'a part les écrits du guide, Apo, ses lectures servent à renforcer sa détermination au combat et ses œuvres préférés sont ceux d'Hegel, de Marx, de Lénine et son héros après Apo, s'appelle Che Guevara. Dilan, 20 ans, aux cheveux châtains et aux yeux verts à l'air d'une jeune vierge effarouchée. Elle rougit avant de répondre aux questions, encouragée par sa camarade plus âgée. On lui demande comment une femme qui donne la vie peut-elle tuer de sang-froid. « C'est la guerre et c'est eux les agresseurs », répond-elle. Elle affirme qu'elle a déjà tué « beaucoup » de daechistes.

 

« Cela ne les mènera pas au paradis, mais en enfer »
Alors que d'autres filles de son âge attendent le prince charmant, rêvent à l'amour et au mariage, Dilan affirme qu'elle n'a pas le temps pour ces « futilités ». N'a-t-elle pas des envies sexuelles ? Elle répond qu'Apo croit à l'amour libre mais qu'il affirme que pour l'instant toute notre énergie doit être dirigée vers le combat. « Mon amour c'est notre terre et le peuple kurde », indique-t-elle. « Je voudrais lancer un message aux femmes qui soutiennent les daechistes. Comment peuvent-elles soutenir des gens qui violent des filles de dix ans et tuent des enfants devant leurs mères. Je voudrais leur dire que leurs cinq prières quotidiennes et leurs voiles ne les mèneront pas au paradis, mais en enfer dans cette vie et dans l'autre, si elle existe. »
Soudain au loin, la canonnade a repris et des chars montés sur des remorques, drapeau kurde flottant au vent, remontent vers la ligne de front. « Il y a trop de mouvements, ils préparent quelque chose », affirme le colonel Peshmerga derrière ses jumelles. « Mais tout cela c'est des escarmouches, affirme-t-il. La vraie bataille commencera avec l'offensive pour la reprise de Mossoul. On envisage une attaque en tenaille de l'Ouest par nous et de l'Est par l'armée irakienne avec l'appui de l'aviation de la coalition menée par les États-Unis. Je crois qu'elle aura lieu en janvier. Mais le problème c'est les centaines de milliers de civils pris au piège dans la ville et qui risquent d'être pris en otage par les daechistes. »

 

 

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AIGLEPERçANT

Des informations sont impossibles évidemment à vérifier dans la mesure où le preneur d'otage est à l'heure qu'il est, mort , pour les lecteurs de bon sens, cette information relève d'une véritable blague .Que faut-il conclure de cette affaire ? il semblerait que l'Australie en fidèle allié des Etats Unis cherche à coller à l'Iran et aux Iraniens, une étiquette qui ne leur colle pas . Daech et Al Nosra et autres n'ont d'ailleurs cesse de commettre leur crime au nom de la haine anti chiite. l'Occicon cherche-t-il désespérement à lier l'Iran et les iraniens à Daech? à suggérer que Daech à des soutiens en Iran? si oui le combat est perdu d'avance .
Ca donne une idée de ce que peut faire un nouveau convertit , par exemple !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

SI ENCORE ON CROIT AU PARADIS ET À L'ENFER... C'EST QU'ON EST DINGUE !

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