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Moyen Orient et Monde

Une prise d’otages qui se termine dans le sang à Sydney

Australie

Deux captifs et l'assaillant, un religieux d'origine iranienne, ont été tués dans l'intervention des commandos ; Téhéran condamne un acte « injustifiable ».

OLJ/AFP
16/12/2014

La prise d'otages dans un café de Sydney a pris fin dans le sang hier tard dans la nuit après l'intervention des policiers d'élite australiens. Environ 16 heures après le début du drame dans le Lindt Chocolat Cafe, sur Martin Place, esplanade piétonne située au cœur de la plus grande ville d'Australie, des otages ont surgi d'une porte de service et une détonation sourde a fendu l'air. Tout s'est alors accéléré. D'autres détonations ont retenti, ponctuées d'éclairs de lumière, et d'autres otages se sont précipités au dehors, certains se couchant sur le sol aux sommations des policiers. Et un photographe de l'AFP a vu ce qui semblait être un corps sur un brancard, couvert d'un drap taché de sang. Une femme, apparemment blessée aux membres inférieurs, était conduite sur un brancard jusqu'à une ambulance. De son côté, le North Shore Hospital a confirmé à l'AFP avoir pris en charge une femme d'une quarantaine d'années, blessée par balle à la jambe, qui se trouvait dans un état grave mais stable. Enfin, peu avant 03h00 heure locale, la police de la province de Nouvelle-Galles du Sud, dont Sydney est la capitale, a annoncé : « Le siège est terminé. » La police a confirmé un peu plus tard que le preneur d'otages avait été touché par balles dans l'opération et évacué vers un hôpital où les médecins ont prononcé sa mort. Un homme de 34 ans et une femme de 38 ans parmi les otages ont également été tués dans l'assaut et six ont été blessés, a précisé la police. Au total, selon la police, dix-sept personnes avaient été prises en otages. Cinq otages étaient parvenus à recouvrer la liberté au cours de la journée.

 

(Lire aussi : "Les Australiens n'arrivent pas à croire ce qui se passe", indique une Libanaise à Sydney)

 

Un individu dérangé
Avant ce dénouement tragique, la police avait admis savoir qui était le suspect sans vouloir l'identifier officiellement. Mais selon des informations de presse convergentes, il s'agit de Man Haron Monis, un religieux d'origine iranienne, inquiété par la justice australienne pour plusieurs faits de violence. L'homme avait contraint des otages à tendre sur la vitrine du café un drapeau noir, portant des caractères arabes, mentionnant la « shahada », ou profession de foi musulmane : « Il n'y a de Dieu qu'Allah et Mohammad est son prophète. » « Il s'agit d'un acte isolé », a déclaré lors d'une conférence de presse Andrew Scipione, chef de la police de Nouvelle-Galles du Sud. Son ancien avocat Manny Conditsis a exclu qu'il ait pu s'agir d'un acte concerté, organisé. « C'est un individu dérangé qui a commis un acte terrifiant », a-t-il dit à la chaîne de télévision ABC. D'ailleurs, selon les informations du quotidien The Australian, il avait envoyé des lettres d'injures aux familles de soldats morts en opérations et était en liberté conditionnelle sous l'accusation de complicité de meurtre dans l'enquête sur la mort de son ex-épouse. Âgé de 49 ans, il était arrivé en 1996 en Australie grâce au statut de réfugié, vivait dans la banlieue de Sydney et était un « islamiste radical », a poursuivi le journal.

 

Il avait choisi le café Lindt
Ces informations sont recoupées par son propre site Internet et la page de l'encyclopédie en ligne Wikipedia rédigée à son sujet et publiée avant même les événements d'hier. Après avoir convoqué le Comité de sécurité nationale, réunissant les membres de son gouvernement et des conseillers chargés des questions de sécurité, le Premier ministre australien Tony Abbott avait évoqué des « éléments allant dans (le) sens » d'un acte justifié par « des motifs politiques ». Dans cette hypothèse, le choix du café Lindt par le preneur d'otages ne pouvait être le fruit du hasard : l'établissement est situé sur Martin Place, au cœur du quartier financier qui abrite également de nombreuses administrations, dont les bureaux du Premier ministre de l'État de Nouvelle-Galles du Sud, Mike Baird, ainsi que le siège de la Banque centrale.
Pour sa part, l'Iran a officiellement condamné hier la prise d'otages en Australie, dont l'auteur est un religieux d'origine iranienne, la qualifiant d'injustifiable, a rapporté l'agence Irna. « Avoir recours à de tels actes inhumains et provoquer la peur et la panique au nom de l'islam miséricordieux n'est justifiable sous aucune condition », a déclaré la porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Marzieh Afkham. « La situation psychologique de cet individu, qui s'est réfugié en Australie il y a près de deux décennies, a été évoquée à plusieurs reprises avec les responsables australiens qui connaissaient son état » mental, a-t-elle ajouté. Et plus de 40 organisations musulmanes australiennes ont condamné la prise d'otages et le « détournement » de la « shahada » par des « individus qui ne représentent qu'eux-mêmes ».

 

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