À voir la façon dont est appliquée la loi dite islamique à Raqqa, la « capitale » du « califat », on comprend l'ampleur du complot ourdi contre le Machrek arabe par Daech et ceux qui l'ont créé.
Car qu'y a-t-il de commun entre ce calife autoproclamé du nom d'Abou Bakr al-Baghdadi et l'autre calife, l'authentique, Abou Bakr as-Siddiq, compagnon du Prophète et premier des 4 califes rachidiyine, ceux qui ont pavé la voie à l'islam des Lumières, celui-là même qui, à une vitesse fulgurante, allait essaimer en quelques années d'est en ouest, des portes de l'Indus jusqu'à Poitiers, aux abords de Paris ?
Qu'y a-t-il de commun entre ce Baghdadi-là et l'autre calife abbasside de Bagdad, Haroun el-Rachid, le sage, le conseiller, l'ami des lettres, des scientifiques et de Charlemagne ?
Dans les villes conquises, les hommes de Daech ressemblent aux bandits des westerns spaghetti de Sergio Leone, ces têtes brûlées, bêtes et méchantes dont le but ultime est le vol. Dévaliser les banques, piller les commerces, les maisons, le pétrole et le blé, soumettre les civils, voiler les femmes après les avoir violées au titre du jihad et, enfin, décapiter des « gens du Livre » en les traitant de mécréants.
Ici, l'arme dissuasive s'appelle la tête coupée. Une sorte de bombe atomique psychologique à retardement. Déjà avant d'atteindre Mossoul, les 900 daechistes qui l'ont prise n'avaient eu besoin que de leurs vidéos diffusées sur le Net ! Ils ont eu raison de la volonté de la population civile et, pire, des 35 000 militaires en garnison. Il paraît que la rapidité avec laquelle ces derniers se sont débarrassés de leurs uniformes a battu tous les records.
Le Dr Guillotin doit se retourner dans sa tombe. Qu'elle était lourde et compliquée à dresser sa guillotine. Un habile daechiste, lui, n'a besoin que d'un outil aussi vieux et rudimentaire qu'une bonne lame de couteau.
S'il faut trois ans au moins pour espérer vaincre l'hydre, l'argent arabe du Golfe va-t-il suffire, et qui garantit que les régimes arabes de la coalition vont rester en place et ne pas basculer sous l'effet boule de neige de l'entreprise Daech (la nostalgie du fameux al-Fateh al-Islami)? Entendue sur France 24, une jihadiste française de souche née en France, convertie et vivant à Raqqa, ancienne chômeuse et qui tranquillisait sa mère restée dans l'Hexagone, lui disant au téléphone : « Ici, tout baigne, maman ; on ne manque de rien, l'argent coule à flots, la loi est la même pour tout le monde. »
Si cette guerre fait l'affaire de l'Amérique, de l'Europe et de leur abyssale dette publique qui atteint des Himalaya, elle fait surtout l'affaire des néopuissances régionales non arabes limitrophes du Croissant fertile. Car une guerre ne se gagne jamais au ciel. Les Israéliens, avec plus de 1 000 chasseurs-bombardiers, en ont fait l'expérience 33 jours durant face au Hezbollah. Il faut nettoyer au sol. Or, qui est prêt à mourir pour sauver les Arabes des griffes de Daech ? Personne, sauf les pays limitrophes non arabes qui n'ont jamais cessé de rêver de les recoloniser, surtout les champs pétrolifères et gaziers. Le gâteau arabe sera alors découpé en tranches entre Turcs, Kurdes, Iraniens et Israéliens. Et malheur aux vaincus !
Les Arabes se sont libérés du joug ottoman il y a à peine un petit siècle. S'est ensuivi un double mandat ayant abouti au découpage, œuvre de MM. Sykes et Picot. Des indépendances de sept décennies ont mené au fiasco total d'aujourd'hui.
Le printemps n'aura-t-il été qu'un rêve ?
Dans la longue nuit des malheurs qui s'annoncent, un livre s'invite au chevet des somnambules inquiets pour leur destin. Il a été écrit par un homme qui a été assassinée justement au printemps de l'âge. Il avait pour titre : Considérations sur le malheur des Arabes. Toujours d'actualité.
Chloé KATTAR
Paris


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef