Le débat divise le monde du football. Sur les forums, dans les bars, dans les stades, entres amis ou entre collègues, les mêmes arguments viennent constamment entretenir cette rivalité.
Celle qui oppose l'efficacité à la pureté, la machine au génie, la prétention à la timidité, l'enfant de Madère à l'enfant de Rosario. Celle qui oppose tout simplement et incontestablement les deux meilleurs joueurs du monde. Les deux seuls joueurs ayant trusté les deux premières places du podium du Ballon d'or à cinq reprises depuis 2008. Les deux seuls joueurs étant capable de reproduire systématiquement des performances stratosphériques depuis des années. Des joueurs aux statistiques hallucinantes, qui ont tous les deux tout gagné dans leurs clubs respectifs, et qui continuent tout de même de creuser un peu plus l'écart qui les sépare du reste de la planète foot. Comme le week-end dernier, où ils y sont tous les deux allés de leur triplé. Comme les 23 buts en 13 matches de championnat pour le Portugais cette année. Comme le record de buts en Liga et en Ligue des champions battu par l'Argentin il y a quelques semaines. Autant l'un que l'autre, ils ont transformé le football en habituant le public à l'extraordinaire et aux actions dignes des jeux vidéo. Précis, rapides, presque robotiques, le temps ne semble pas avoir d'effet sur eux. Ni sur leurs corps ni sur leurs motivations : alimentés par leurs rivalités, ils courent tous les deux, à titre individuel, derrière le titre le plus virtuel qu'il soit : celui de meilleur joueur du monde.
Mais au sommet, il ne doit y en avoir qu'un seul. Aucun partage ne peut être toléré. Alors comme entre Jacques Anquetil et Raymond Poulidor, comme entre Mohammad Ali et Joe Frazier, comme entre Alain Prost et Ayrton Senna, comme entre Carl Lewis et Mike Powell, comme entre Rafael Nadal et Roger Federer, vient obligatoirement la fatidique question des amoureux du sport : qui est le meilleur ?
À Cristiano Ronaldo, il est possible de reprocher sa mégalomanie, son individualisme exacerbé, son manque d'élégance, ses célébrations de buts pour le moins grotesques et son incapacité à offrir au Portugal un grand titre international. À Lionel Messi, il est possible de reprocher son manque de personnalité et de charisme, sa situation d'enfant biberonné par l'école Barça et son incapacité à offrir à l'Argentine un grand titre international (les Jeux olympiques n'étant pas considérés comme tel). Les deux marchent à l'affectif : ils ont besoin de se sentir aimés et n'hésitent d'ailleurs pas à demander à leurs clubs respectifs une revalorisation salariale pour leur prouver cet amour. Les deux sont les archétypes du football moderne : spectaculaire, lisse, apolitique et guidé par l'esprit de lucre. Et ni l'un ni l'autre ne possèdent une personnalité qui transcende les frontières du football au contraire d'un Nadal, d'un Federer et même d'un Djokovic au tennis. Aucun des deux ne possède ce mélange de rage, de folie et d'élégance qui marque les esprits au-delà des discours partisans. Aucun des deux n'en serait là, si l'autre n'existait pas.
Alors s'il n'en fallait choisir qu'un seul, à contrecœur, le choix se porterait sur Messi. Pas pour une raison de statistiques, de titres ou de valeurs marchande, mais parce que, plus que Ronaldo, il incarne l'esprit du football. Tout simplement...

