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Moyen Orient et Monde

L’impact humanitaire des armes nucléaires

Sebastian Kurz (à droite) discutant avec une survivante d’Hiroshima à Vienne. Photo Facebook

En 1983, trois ans avant ma naissance, un film de fiction documentaire glaçant diffusé par les télés du monde entier montrait les conséquences d'une guerre nucléaire. Le jour d'après, un film que l'on cite maintenant comme le mieux noté de l'histoire de la TV a « fortement déprimé » le président Reagan et l'a conduit à repenser sa stratégie nucléaire. Lors de sa rencontre avec le président soviétique Mikhaïl Gorbachev à Reykjavik en octobre 1986, ils ont été à deux doigts d'un accord destiné à éliminer toutes les armes nucléaires. Ma génération a rangé ces peurs dans les cartons de l'histoire. Les tensions de la guerre froide de 1983 étant loin dans le passé et l'ordre international ayant changé de manière spectaculaire, beaucoup de gens se demandent aujourd'hui en quoi ces souvenirs nous concernent. Mais le postulat sur lequel repose cette question est faux et dangereux.
Cette semaine l'Autriche a donné au monde l'occasion de reconsidérer son attitude. Le 8 et le 9 décembre, les représentants de plus de 150 États, organisations internationales et groupes de la société civile se sont rencontrés à Vienne pour examiner l'impact humanitaire des armes nucléaires. Ces armes qui terrifiaient il y a 30 ans sont toujours présentes dans l'arsenal de plusieurs pays et elles continuent à poser un grave risque pour la sécurité de l'humanité. L'Autriche se préoccupe de cette question depuis que l'armement nucléaire existe, depuis que le risque d'y recourir existe – que ce soit accidentellement ou délibérément. Et la grande majorité des pays partagent cette préoccupation. Il y a quelque 16 300 bombes nucléaires sur la planète, dont 1 800 en état d'alerte, prêtes à être utilisées. Presque 25 ans après la fin de la guerre froide, nous sommes encore prisonniers de son héritage stratégique : l'armement nucléaire continue à sous-tendre la politique de sécurité internationale des pays les plus puissants de la planète.
Il y a trop de facteurs de risque (erreur humaine, défaut technique, négligence, cyberattaque, etc.) pour croire que ces armes n'entreront jamais en action. Et il n'y a pas de raison de croire que les mécanismes de protection adéquats sont en place. L'histoire de l'armement nucléaire depuis 1945 comporte nombre de situations où l'on a frôlé l'accident – que ce soit avant ou après la crise des missiles à Cuba. Plus d'une fois, c'est grâce à des individus courageux qui ont fait appel à leur réflexion avant d'agir – quitte à désobéir – que la catastrophe a été évitée. Ainsi en 1983 le système d'alerte nucléaire de l'Union soviétique a indiqué non pas une, mais deux fois, une attaque de missiles américains. Par chance, Stanislav Petrov, un officier de la force de défense antiaérienne soviétique, a estimé qu'il s'agissait de fausses alertes, évitant en représailles le déclenchement de l'arme nucléaire soviétique.
Il est tout à fait extraordinaire que jusqu'ici le monde ait évité le désastre. Peut-on croire que la chance nous sauvera à chaque fois ? Depuis 2012, lorsque l'initiative relative à l'impact humanitaire des armes nucléaires a été lancée, la plupart des pays l'ont soutenue, probablement en raison de leur anxiété et de leur frustration au vu du rythme d'escargot du désarmement. Pourtant on peut légitimement se demander si les dirigeants du monde ne devraient pas en priorité porter leur attention sur d'autres problèmes comme le réchauffement climatique ou le développement durable. De même que l'émission de gaz carbonique en quantité dans l'atmosphère par les générations précédentes, l'armement nucléaire est un héritage qu'il faut prendre en compte. Mais l'armement nucléaire, que l'on ne peut utiliser et qui revient extrêmement cher à entretenir, constitue un risque que nous pouvons facilement appréhender et éliminer.
Il ne sera pas facile de convaincre les pays détenteurs de l'armement nucléaire d'y renoncer. Aussi longtemps qu'un État en est détenteur, que ce soit par envie ou par crainte, d'autres voudront avoir le leur. Mais le statu quo reflète la manière de pensée d'autrefois. De divers côtés on reconnaît que ces vestiges de la guerre froide sont des outils de sécurité démodés – qu'en réalité ils sont cause d'insécurité. Il y a 30 ans, un film, Le jour d'après, a galvanisé un président. Le but de la conférence de Vienne cette semaine est de donner à l'opinion publique des éléments nouveaux et actualisés quant aux conséquences du recours aux armes nucléaires. Le tableau est encore plus noir et les conséquences encore plus terribles que ce que nous croyions en 1983.
Aussi longtemps que l'armement nucléaire existe, il est irresponsable de ne pas prendre en considération les conséquences de son utilisation – conséquences pour lesquelles il n'existe ni antidote ni assurance. Il ne s'agit ni d'un virus mortel ni d'une menace environnementale à long terme ; c'est le fruit empoisonné de la technologie que nous avons créée. Nous pouvons et nous devons la contrôler.

Traduit de l'anglais par Patrice Horovitz.
© Project Syndicate, 2014.

En 1983, trois ans avant ma naissance, un film de fiction documentaire glaçant diffusé par les télés du monde entier montrait les conséquences d'une guerre nucléaire. Le jour d'après, un film que l'on cite maintenant comme le mieux noté de l'histoire de la TV a « fortement déprimé » le président Reagan et l'a conduit à repenser sa stratégie nucléaire. Lors de sa rencontre avec le président soviétique Mikhaïl Gorbachev à Reykjavik en octobre 1986, ils ont été à deux doigts d'un accord destiné à éliminer toutes les armes nucléaires. Ma génération a rangé ces peurs dans les cartons de l'histoire. Les tensions de la guerre froide de 1983 étant loin dans le passé et l'ordre international ayant changé de manière spectaculaire, beaucoup de gens se demandent aujourd'hui en quoi ces souvenirs nous concernent....
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