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Nos lecteurs ont la parole - Georges Tyan

Page blanche

Il me démange des fois d'envoyer à L'Orient-Le Jour une page blanche où le lecteur écrira après coup tout ce qui lui passe par la tête, toute l'estime que nous portons à la classe politique qui sévit contre le peuple, tout l'amour pour les personnalités qui remplissent de joie notre quotidien, tant et si bien que les touristes qui se bousculent dans notre pays nous prennent pour de parfaits imbéciles heureux, un sourire radieux dessiné en permanence sur nos visages.
Cette page blanche, je prévois qu'on se l'arrachera, chacun voulant y aller de son petit mot acerbe, épancher son trop-plein de rancœur, déverser sa bile, son mécontentement, son désarroi, son ire, son courroux, aiguisé par un sentiment d'impuissance face aux dangers qui se précisent, à une lassitude qui vous envahit, comme quelqu'un qui n'a plus de ressort pour se battre, contrer une fatalité qui, quoi que vous fassiez, va finalement avoir le dessus et vous anéantir.
Une page blanche que seul le bon peuple de mon pays saura remplir convenablement, même si elle comporte quelques ratures, des mots biffés, écrits, réécrits avec colère, rage, passion, avec l'amertume qui coule dans les veines d'une population qui prend de l'âge, assistant impuissante, envieuse des fois, malheureuse souvent pour avoir elle-même raté le coche de l'exode tandis que la jeunesse de son pays, téméraire et dépitée, s'en va grossir les rangs de la diaspora.
Page blanche où s'inscriront en lettres d'or les noms des personnes qui sont parties, enlevées par la haine, la violence, l'incompréhension, la cupidité, la bêtise de ceux qui, un instant, ont cru qu'en les assassinant, en les faisant disparaître, ils pourront aisément les remplacer, remplir le vide sidéral qu'ils ont créé et qui, tôt ou tard, les enverra dans les abysses des gémonies.
L'histoire ne pardonne jamais. Un jour viendra où les larmes des mères, des pères, des enfants de ces disparus, celles de tout un peuple qu'on gruge, qu'on meurtrit, qu'on appauvrit, qu'on avilit, laveront comme à grandes eaux les croûtes qui recouvrent la vérité, lèveront coin par coin le voile d'innocence surfaite dans lequel se drapent les imposteurs. Leurs actes abjects seront étalés au grand jour grâce à la victoire étincelante du bien sur le mal.
Certains écriront aussi d'une plume trempée dans le sang de leurs blessures, faute de soins et de médicaments, avec une férocité inégalée, exacerbée par le mal qui prend en tenaille chaque partie de leur être, des mots durs, à la limite de la bienséance, sachant pertinemment qu'ils ne feront pas mouche, ce qui décuple leurs peines. Les destinataires étant immunisés contre la charité, la pauvreté et totalement dénués de sentiments humains.
D'autres s'interrogeront, dubitatifs, pince-sans-rire: pourquoi, en ce XXIe siècle, notre eau, notre électricité sont toujours rationnées, pourquoi nos frontières sont des passoires, pourquoi nous devons toujours être à la traîne sinon aux ordres de puissances étrangères, alors qu'il y a à peine deux semaines nous avons éteint la soixante et onzième bougie de notre indépendance nationale.
Nous avons grandi en âge, il est vrai, mais, pour la maturité, il faudra repasser un autre jour, un autre temps, un autre siècle peut-être. L'ère des géants du 22 novembre 1943 est révolue; nous ne la méritons pas, cette indépendance. Chassez le naturel, il revient au galop. Nous avons troqué le Turc pour le Français, puis ce dernier pour l'Américain qui nous a donné comme lot de consolation aux Syriens qui nous ont refilés aux Perses.
En passant avec une frivolité déconcertante des bras de l'un aux genoux de l'autre, nous avons succombé aux charmes de pays aux douces senteurs de pétrole.
Notre pays étant ce qu'il est, un peuple éclaté en dix-huit communautés, reparties en trois ou quatre grands courants, aux intérêts le plus souvent contradictoires, nous avons choisi au titre de gens de petite vertu d'avoir chacun son protecteur pour ne pas écrire souteneur qui nous vend au plus offrant, selon son humeur.
La page blanche est maintenant pleine, noircie par l'acrimonie d'un peuple qui se cherche, voulant dépasser les clivages confessionnels, le clientélisme honteux, le suivisme abêtissant, puéril qui ne mène à rien sauf à la misère et à la pauvreté.
Beaucoup souhaitent voir s'ériger enfin un État dans toute la quintessence du terme, dont nous serons fiers, dans lequel nous vivrons sous la protection des lois, où le grand ne mangera plus le petit, les fiers-à-bras, les forts en gueule, les stipendiés, les assassins seront là où ils doivent être, derrière les barreaux.

Georges TYAN

Il me démange des fois d'envoyer à L'Orient-Le Jour une page blanche où le lecteur écrira après coup tout ce qui lui passe par la tête, toute l'estime que nous portons à la classe politique qui sévit contre le peuple, tout l'amour pour les personnalités qui remplissent de joie notre quotidien, tant et si bien que les touristes qui se bousculent dans notre pays nous prennent pour de parfaits imbéciles heureux, un sourire radieux dessiné en permanence sur nos visages.Cette page blanche, je prévois qu'on se l'arrachera, chacun voulant y aller de son petit mot acerbe, épancher son trop-plein de rancœur, déverser sa bile, son mécontentement, son désarroi, son ire, son courroux, aiguisé par un sentiment d'impuissance face aux dangers qui se précisent, à une lassitude qui vous envahit, comme quelqu'un qui n'a plus de ressort...
commentaires (5)

Merci Monsieur Tyan.

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

15 h 44, le 09 décembre 2014

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Commentaires (5)

  • Merci Monsieur Tyan.

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    15 h 44, le 09 décembre 2014

  • UNE PAGE BLANCHE... DANS LE JOURNAL... SERAIT UNE BONNE NOUVELLE EN CES JOURS ! POURQUOI LA NOIRCIR ? ALLEZ, JE VOUS FAIS CE CADEAU... CAR VOTRE ARTICLE EST ÉCRIT AVEC DE LA BONNE FOI !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    15 h 03, le 09 décembre 2014

  • CORRECTION ! MERCI : ".... ce sera près de cents ans donc que ça coince : since 1920…. et 71 ans depuis 43 du siècle passé définitivement dépassé !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    14 h 09, le 09 décembre 2014

  • UNE PAGE BLANCHE ? SUR LES QUATRE MILLIONS DE LIBANAIS... IL Y AURAIT HUIT MILLIONS " D'AVIS " ! IL FAUDRAIT ENVOYER DEUX PAGES BLANCHES À CHAQUE CITOYEN LIBANAIS... JE DIS CITOYEN LIBANAIS.... PIGEZ ? ET DES CENTAINES DE PAGES BLANCHES À CHAQUE ABRUTI... AUTO-ALLONGÉ ET AUTO-PROLONGÉ... POUR QU'IL PUISSE Y VOMIR TOUTES LES INEPTIES QUI LUI SORTENT DE LA BOÎTE CRÂNIENNE VIDE DE MLATIÈRE GRISE !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    13 h 52, le 09 décembre 2014

  • Bientôt, ce sera près de cents ans donc que ça coince : since 1920…. du siècle dépassé ! Et il paraît qu’il n’y a même plus d’issue que la Partition bidonnée et pour le chréti(e)n, et pour le musulman(ent), et même pour le boSSfàRien; le + "intelligent?" mahééék de ce patelin; dont le programme à courant d’air bidon n’est pourtant qu’1 gros programme de Can(r)tonisation, yâ hassértéééh ! Il n’y a plus que ça, et il le suggère clairement à présent. Et pour ce qui est de maintenir le projet de ce fameux Liban d’antan, yâ harâm, ce ne sera plus qu’un truc tordu et biscornu qui sortira on ne sait pas quand ; un machin alambiqué et tarabiscoté comme c’est pas possible ; incompréhensible-compliqué à mort ; et qu’il n’y a aura qu’Edmôôône Rézéëëëh et Bottross Harbbb pour tenter de le lire jusqu’au bout ! Un bastringue qui ne serait signé qu’avec des sourires de convaincus rentrant en clinique, ou même pire en chimiothérapie ! Un fatras juridico-politique dont on expliquera chez le Libanais Sain qu’il veut dire kawa, et chez le Libanais Malsain tchâï. Et de suite, uuuft rebelote, recommencera la campagne anthracite noircie de qui-on-sait ; Nabäääh, soit l’hassine 1er de ce héZébbballâhlâh ; pour qu’au plus vite on change tout ça encore parce que, yîîîh, ça ne va pas n’est-ce pas ; ou plutôt parce que les se(yy)ides mollâhs Per(s)cés risqueraient, yâïïï, de s’ennuyer si ça allait mieux sur ce Mont-Äâmil ouvrier ou sur ce Mont-Libanais(h) tous deux finalement Per(s)cés. Yâ wâïyléééh !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    05 h 31, le 09 décembre 2014

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