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Cinema- - Rencontre

Lionel Baier : « Être spécifique dans un monde mondialisé »

Invité par l'ambassade de Suisse, le cinéaste Lionel Baier a présenté son film « Les Grandes ondes (à l'Ouest) » dans le cadre du Festival du cinéma européen. Comme un bol d'oxygène, cette comédie au ton léger et satirique n'est certainement pas dépourvue de bon sens, puisqu'elle est ancrée dans la réalité d'aujourd'hui.

L’ambassadeur de Suisse François Barras et Lionel Baier présentant le film au Metropolis Empire Sofil. (Ghassan Aflak)

Avril 1974. Cauvin et Julie, deux journalistes de la radio suisse, sont envoyés au Portugal pour un reportage. Accompagnés de Bob, leur technicien, et par Pelé, un jeune traducteur, les reporters apprennent en cours de route que l'entraide suisse au Portugal est loin d'être ce qu'ils croyaient et vont se mêler sans s'en rendre compte à la Révolution des œillets et à la folle nuit du 24 avril 1974.
Lionel Baier, cinéaste suisse venu au 7e art par le biais d'un ciné-club qu'il fonde en 1992, devient en 2002 chef du département cinéma de l'École cantonale d'art de Lausanne. Les films Garçon stupide puis Comme des voleurs (à l'Est) le propulsent sur la scène internationale. Garçon stupide a été même un des quatre films sélectionnés pour représenter le cinéma suisse au Festival du film de Cannes dans la section « Tous les cinémas du monde ».

Q – Pourquoi ce titre « Les Grandes ondes » et pourquoi à l'Ouest ?
R – Les Grandes ondes fait partie d'une série de quatre films autour des quatre points cardinaux en Europe. J'avais déjà tourné un film il y a de cela six ans qui s'appelait Comme des voleurs (à l'Est) et se déroule en Pologne. L'idée est de faire une cartographie affective des Européens en dehors des institutions internationales à travers des films qui racontent l'histoire du Vieux continent et de ce qui relie ces Européens. Quant aux grandes ondes, c'est bien sûr un jeu de mot concernant la radio, puisqu'il y avait dans le système de diffusion les ondes courtes et longues. La radio est un espace extrêmement démocratique et intime. Pauvres et riches peuvent l'entendre car cela atteint toutes les couches de la société. De plus, quand vous travaillez pour la radio publique, vous devenez la voix de votre pays à l'étranger.

Comment est venue l'idée ? Est-ce par nostalgie d'une certaine Europe ?
J'étais invité par la radio suisse il y a quelques années à conduire un véhicule et je me devais de témoigner sur ce que je voyais sur toute la zone du rideau de fer. J'étais accompagné de deux journalistes et de techniciens. L'idée est partie de là. Par ailleurs, il s'agissait de transposer sur grand écran la fin des utopies de 1968 et la dernière grande révolution populaire en Europe en 1974, avant la chute du mur de
Berlin.
Ce n'est pas de la nostalgie, mais je pense qu'on oublie vite ce qu'on a gagné durant ces dernières décennies. Dans le temps, l'information avait un poids (de par le matériel qu'on employait). L'idée était donc de faire une comédie sur l'Europe, une manière de repenser notre vie communautaire autrement. Raconter une époque d'espoir et de folie est un acte révolutionnaire à l'heure où l'on voit que le désespoir est au programme des politiciens. Ainsi, le van cabossé qui transporte ces reporters – à savoir Valérie Donzelli, Michel Vuillermoz et Patrick Lapp – est à l'image de l'Union européenne. C'est aussi un huis clos, mais dynamique. Il faut sortir du van pour prendre des risques et bousculer l'ordre. Les personnages ne voient rien lorsqu'ils vivent leur histoire individuelle, alors qu'ils accomplissent des choses extraordinaires quand ils sont ensemble. L'humour du film est de faire circuler cette intelligence d'une autre façon.

La comédie est truffée de petites perles qui témoignent d'ingénuité. Pourquoi avoir traité le film comme dans les années 70 ?
Ce qui me plaisait dans les films des années 70, c'est qu'ils étaient frondeurs et irrévérencieux par rapport à l'autorité. Aujourd'hui, les comédies sont « droit dans leurs bottes ». Je voulais qu'ils ressemblent aux comédies françaises ou italiennes de l'époque. Quant à la scène de comédie musicale, elle se devait d'être traitée sur un ton badin afin de ne pas verser dans la violence et le réalisme.

Sur fond de réalité historique – la Révolution des œillets – les personnages sont donc fictifs ?
Si les personnages sont fictifs, je me suis pourtant inspiré de plusieurs caractères qui forment un seul personnage. Quant à Valérie Donzelli, j'ai écrit ce film en pensant à elle (tout comme chez Truffaut qui avait un acteur principal, pivot du film).

Vous êtes aussi directeur et enseignant, quels conseils donnez-vous aux étudiants libanais en audiovisuel ?
Surtout ne pas essayer de faire comme tout le monde. Dans un monde mondialisé, la seule façon de se démarquer est d'être très spécifique. Se poser la question sur soi et faire des films à partir de là où vous êtes et qui ressemblent à votre culture. Si vous voulez réaliser un film noir ou d'horreur, vous pouvez le faire mais de là où vous êtes, de Beyrouth. Vous pouvez vous autoriser de faire même une comédie musicale, sans vous sentir obligés d'être toujours la conscience de la guerre. Mon premier film était bizarre, mais il a été distribué aux États-Unis parce qu'il était comme un ovni.

Avant de quitter Lionel Baier, il fallait lui poser encore cette question. À savoir, qui était celui qui lui a donné l'envie de faire du cinéma ? François Truffaut, a-t-il répondu sans hésiter. « Il m'a libéré, car son cinéma part de ce que l'on est et, pour quelqu'un qui n'a pas fait d'école comme moi, c'était une libération et un réconfort. Truffaut a inventé lui-même son propre cinéma. On confond aisément thématique et manière de tourner. François Truffaut possédait ce talent d'invention de prendre un thème usuel sous un autre angle. Je peux ajouter qu'il accompagne tous les jours ma vie de réalisateur. »

* « Les Grandes ondes à l'Ouest » : lundi 8 décembre, 17h30, Metropolis Empire Sofil 2.

Avril 1974. Cauvin et Julie, deux journalistes de la radio suisse, sont envoyés au Portugal pour un reportage. Accompagnés de Bob, leur technicien, et par Pelé, un jeune traducteur, les reporters apprennent en cours de route que l'entraide suisse au Portugal est loin d'être ce qu'ils croyaient et vont se mêler sans s'en rendre compte à la Révolution des œillets et à la folle nuit du 24 avril 1974.Lionel Baier, cinéaste suisse venu au 7e art par le biais d'un ciné-club qu'il fonde en 1992, devient en 2002 chef du département cinéma de l'École cantonale d'art de Lausanne. Les films Garçon stupide puis Comme des voleurs (à l'Est) le propulsent sur la scène internationale. Garçon stupide a été même un des quatre films sélectionnés pour représenter le cinéma suisse au Festival du film de Cannes dans la section...
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