Syrie-Irak

Le vent tourne pour le « califat » des jihadistes

Les peshmergas kurdes et les tribus irakiennes apportent une aide précieuse dans la lutte contre l’État islamique. Youssef Boudlal/Reuters

La vapeur s'inverse pour les jihadistes de l'État islamique (EI), qui perdent du terrain en Irak et n'en gagnent plus en Syrie, selon des experts. Pilonnés par les frappes aériennes de la coalition internationale et confrontés à des adversaires de mieux en mieux coordonnés, les jihadistes ont notamment subi une série de défaites en Irak, où ils ont dû se retirer de plusieurs zones conquises en juin. Avions et drones étrangers pilonnent les positions jihadistes en Syrie et en Irak, détruisant équipements et positions, ce qui perturbe la chaîne de commandement de l'organisation.

 

Bonne tactique
En novembre, l'EI a ainsi été délogé de la région stratégique de Jurf al-Sakhr au sud de Bagdad, et de la ville de Baïji au nord, où il a dû lever le siège de la raffinerie du même nom. Dans l'est, les jihadistes ont été contraints d'abandonner l'un des plus grands barrages du pays, à Udhaim, et deux villes proches de la frontière avec l'Iran. « Les frappes de la coalition anti-EI commencent à porter leurs fruits sur plusieurs fronts », analyse Ayham Kamel, de l'Eurasia group. Si le groupe nie tout affaiblissement, cette série de défaites ou d'assauts ratés suggère que l'aura militaire de l'EI est en train de faner. D'autant que les jihadistes ne peuvent plus profiter des tensions entre Bagdad et la région autonome du Kurdistan qui leur ont permis de s'emparer en juin de zones disputées de longue date entre le gouvernement fédéral et Erbil. Les deux parties ont en effet fini par mettre de côté leurs différends et mieux coordonner leurs efforts militaires. Ainsi, Saadiyah et Jalawla, situées en territoires disputés, ont été reprises la semaine passée, confirmant que les frontières orientales du « califat » autoproclamé de l'EI commençaient à s'effriter. Dans de telles zones, « avoir les (forces kurdes) peshmergas d'un côté qui poussent par le nord, et l'armée irakienne qui remonte du sud, c'est une bonne tactique », remarque un diplomate occidental. « Je pense qu'il a été décidé de libérer d'abord l'est du pays, puis d'avancer vers l'ouest », ajoute-t-il. Mais pour John Drake, analyste au sein de l'AKE Groupe, les récentes victoires sur l'EI ont été gagnées sur des terrains faciles. Combattre les jihadistes après qu'ils se sont retirés de ces zones et regroupés dans leur fief de Mossoul, la deuxième ville irakienne, et de la province d'Anbar ne sera pas aussi simple. La coalition a, jusqu'à présent, évité de viser les centres urbains contrôlés par l'EI, comme Mossoul, Tikrit et Fallouja, de peur de faire des victimes civiles.

 

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Sur le terrain syrien, ils ne parviennent pas non plus à progresser dans Kobané, ville syrienne kurde frontalière de la Turquie où ils ont perdu beaucoup d'hommes depuis qu'ils y sont entrés le 6 octobre dernier. Cet affrontement, de faible importance stratégique mais dont l'extrême médiatisation rend l'issue déterminante, a obligé l'EI à y consacrer d'importants moyens, notamment humains, en raison de la perte de centaines de combattants. « De bien des points de vue, l'EI s'est lui-même empalé sur Kobané », a d'ailleurs récemment jugé le coordinateur américain de la coalition, l'Américain John Allen. Les jihadistes se trouvent parallèlement sous le feu, notamment aérien, des forces du régime à Raqqa, leur « capitale », et dans la province de Homs.

 

(Dossier : Quelles sont les principales sources de financement de l'État islamique ?)

 

Violence du désespoir
Pour certains observateurs, l'escalade dans l'horreur des récentes vidéos de l'EI – dont l'une diffusée en novembre montrait une décapitation de masse au ralenti – est un signe du désarroi des jihadistes. Dans un rare enregistrement audio, le chef de l'EI et « calife » autodéclaré Abou Bakr al-Baghdadi, semblait avoir lui-même du mal à convaincre ses troupes que le groupe allait vaincre. Certains analystes avancent même que l'EI pourrait bientôt être à la peine dans son fief d'al-Anbar, province à l'ouest de Bagdad qu'il occupe en grande partie. « Le gouvernement fédéral, avec les tribus (sunnites), les milices chiites et la puissance aérienne internationale, va bientôt faire d'al-Anbar sa priorité », souligne Mickael Knight, du Washington Institute.


Si l'immense étendue désertique de cette région bordée par l'Arabie saoudite, la Jordanie et la Syrie sera difficile à contrôler, les jihadistes pourront bien être chassés des villes bordant l'Euphrate. Mais cette reconquête prendra du temps, celui, au moins, d'éradiquer la corruption et l'incompétence qui gangrènent l'armée irakienne. Quant à la reprise de villes majoritairement habitées par les sunnites, minorité qui s'estime marginalisée, c'est un immense défi pour le gouvernement, dominé par les chiites. « Je ne pense pas qu'il existe une solution rapide pour rétablir la sécurité à al-Anbar », reconnaît Ayham Kamel, ajoutant que « les résultats concrets des alliances avec les tribus et de l'armement des sunnites ne se verront pas tout de suite ».

 

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commentaires (7)

De véritables Collabos, ces minorisés quoi !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

18 h 49, le 04 décembre 2014

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Commentaires (7)

  • De véritables Collabos, ces minorisés quoi !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    18 h 49, le 04 décembre 2014

  • Ah non ! Non ! Ne me dites pas que le calif Abou Bakr ne va plus pouvoir augmenter son harem ! Quelle cruauté !

    Halim Abou Chacra

    12 h 55, le 04 décembre 2014

  • Contrairement aux Etats-Unis, l'Iran n'a jamais hésité à soutenir le gouvernement et le peuple irakien, dans la lutte contre Daesh, a écrit le "New York Times", en allusion aux récents raids aériens iraniens contre les positions de Daesh, à Diyali, en Irak. Depuis le début de l'attaque de Daesh contre l'Irak, l'Iran a accouru à l'aide du peuple et du gouvernement irakien, et ce, alors que l'administration américaine a attendu que des changements politiques aient lieu, en Irak, et que le nouveau cabinet soit formé, a ajouté ce quotidien. Confirmant ce constat, les dirigeants irakiens ont annoncé que, lors des moments critiques, Téhéran était, souvent, plus rapide que Washington, dans la fourniture d'aides. Lorsque Daesh a attaqué Mossoul, la deuxième grande ville irakienne, avant de prendre le chemin vers Bagdad, le président américain a opté pour la prudence, avant son changement de politique vis-à-vis de Bagdad. Mais l'Iran, par contre, n'a pas hésité et a accouru à l'aide de ce pays. L'Iran est le premier pays à avoir envoyé des armes aux Kurdes irakiens et à être, rapidement, entré en action, pour défendre Bagdad.Que cela soit dit ou pas , publie ou pas accepte ou pas , les forces populaires unis chiites et sunnites sont les maîtres d'oeuvre de ce recul des salafowahabites binsaoudiques . Les frappes c'est pour faire de bons films hollywoodiens plus tard .

    FRIK-A-FRAK

    12 h 49, le 04 décembre 2014

  • Heureusement, que pour une fois les kurdes ont le soutient de la coalition intl. ,au final... ils le mérite largement ,car ils ont combattu l'islamisation de leurs région , depuis toujours ...sans vraiment de véritable soutient externe...donc , quelque part Daech sans le vouloir...leurs a rendu service ....! que brille haut le soleil sur leur drapeau....!

    M.V.

    12 h 39, le 04 décembre 2014

  • Bien fait pour les les jihadistes de l'État islamique (EI),ils doivent disparaitre .

    Sabbagha Antoine

    11 h 36, le 04 décembre 2014

  • C'EST PLUTÔT LA ROUE QUI TOURNE ! ELLE TOURNE ET TOURNERA POUR TOUS LES DAESCHS !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    08 h 13, le 04 décembre 2014

  • Quand on disait que ces minorisés chïïtes, noussaïrîs ou kurdes sont les alliés d’Asraël et des Américains imbérialo-sahyounistes, on avait raison.

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    01 h 50, le 04 décembre 2014