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Nos lecteurs ont la parole - Sissi Baba

Après que les artistes ont disparu...

Loin des discours lyriques et déclamateurs, deux icônes de notre pays viennent de nous quitter sans que l'État Libanais y soit touché. Deux jours de deuil national furent décrétés en Égypte pour Sabah et, au Liban, la vie continue. Institutions, sociétés et établissements académiques s'ouvrent, tout le monde revient à son travail comme si de rien n'était.
Mais il faut que le monde s'arrête de tourner un instant. Il faut faire le deuil des artistes en les pleurant car ils méritent nos larmes. Il faut arrêter l'action pour que la contemplation se déclenche et pour que l'absence soit ressentie...
On a beau décréter le deuil national pour tout homme politique qui mourrait pour son pays. Que dire alors des artistes dont le don dépasse de loin celui des politiciens ? Un artiste donne de sa vie, de sa plume, de sa voix et de sa vision. Et, une fois le corps expiré, l'âme rejoint l'éternité car l'artiste est nécessairement éternel par ses œuvres et nécessairement universel par sa conscience. Voilà pourquoi la mort d'un artiste doit toucher toute personne encore humaine quelles que soient sa nationalité, sa religion, sa pensée, etc.
L'œuvre de l'artiste le rend éternel. Sauf qu'il nous faut un travail de mémoire, un musée et des archives pour préserver fidèlement l'œuvre. Mais ce que nous, gens du peuple, pouvons faire, c'est écouter et chanter toujours les chansons de Sabah et lire, relire, apprendre et comprendre la poésie de Saïd Akl. Ce que nous pouvons faire pour préserver donc l'héritage artistique est de se rappeler toujours les œuvres de nos icônes. La mort ne tue jamais un artiste, l'abandon du public par oubli ou par désintérêt le fait.
N'oublions donc pas nos artistes icônes ! Que leurs chants et poèmes soient notre prière quotidienne qui se transmet de génération en génération ; ainsi, et à force de la répéter, notre Liban regagnera son image d'antan qu'avaient illustrée nos artistes sacrés.
Ces derniers ont construit un imaginaire artistique collectif dans lequel ils ont chanté un Liban de simplicité, de paix, de fraternité et d'amour. Cette image pourrait devenir réelle si l'on chantait. Oui ! Car une prière doit s'exaucer si l'on prie à plein cœur.
Sabah, Saïd Akl et maints artistes nous ont laissé un héritage artistique immense qui doit être préservé par la mémoire et par le cœur – d'où l'expression « apprendre par cœur » qui se distingue d'ailleurs de la mémorisation car ce que l'on apprend par cœur (donc à force de l'aimer) finit toujours par être bien préservé, sans effort, dans la mémoire.
Aussi, il ne faut pas oublier la réciprocité qui existe entre artiste et spectateur. L'artiste donne tout sans rien en retour. Il donne pour le bien de l'humanité et parce qu'il est obsédé par la beauté et par l'amour. Mais le spectateur, le bon et vrai spectateur, doit être reconnaissant.
Il faut être à la hauteur de ce don pour pouvoir le mériter et le préserver.
Il faut être reconnaissant.
Il faut qu'on s'afflige d'avoir perdu des icônes de l'art libanais.
Il faut pleurer la perte physique et chanter l'éternité de nos artistes.
Enfin, il est vraiment honteux que notre État ne décrète par le deuil national...
En tout cas, l'histoire ne retiendra que les noms des artistes : à l'époque de Beethoven ou de Rimbaud, s'en souvient-on des noms des politiciens ou des ministres ?
Que les historiens et politiciens du Liban s'entre-tuent à propos d'un manuel scolaire historique qui n'arrive pas à voir le jour. Mais quand les futures générations se demanderont : « Qui a construit le Liban ? », la réponse sera : les poèmes et la musique de Saïd Akl, des frères Rahbani, de Philémon Wehbé, de Zaki Nassif car notre pays est né dans la lumière de l'art en s'imprégnant des voix angéliques de Feyrouz, de Sabah, de Wadih el-Safi, de Nasri Chamseddine, etc.
C'est une bande de poètes, de musiciens et de chanteurs fous...
Fous d'amour pour le Liban!

Sissi BABA

Loin des discours lyriques et déclamateurs, deux icônes de notre pays viennent de nous quitter sans que l'État Libanais y soit touché. Deux jours de deuil national furent décrétés en Égypte pour Sabah et, au Liban, la vie continue. Institutions, sociétés et établissements académiques s'ouvrent, tout le monde revient à son travail comme si de rien n'était.Mais il faut que le monde s'arrête de tourner un instant. Il faut faire le deuil des artistes en les pleurant car ils méritent nos larmes. Il faut arrêter l'action pour que la contemplation se déclenche et pour que l'absence soit ressentie...On a beau décréter le deuil national pour tout homme politique qui mourrait pour son pays. Que dire alors des artistes dont le don dépasse de loin celui des politiciens ? Un artiste donne de sa vie, de sa plume, de sa voix et de...
commentaires (3)

Et, merci encore !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

14 h 38, le 04 décembre 2014

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Commentaires (3)

  • Et, merci encore !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    14 h 38, le 04 décembre 2014

  • MADAME, CES LIBANAIS... ET NON PAS CES ARTISTES... SONT À REGRETTER... MAIS LE PAYS EST AUSSI LUI-MÊME EN DEUIL ! IL SE PLEURE... IL SE CHERCHE... ET IL COMPTE LES AIGRES COUPS PORTÉS ! CAR SES ASSASSINS SONT SES ENFANTS !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    10 h 29, le 04 décembre 2014

  • Très beau !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    04 h 37, le 04 décembre 2014

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