Le ministre de l'Environnement Mohammad Machnouk a appelé hier « tous les hôpitaux en activité au Liban, tous les laboratoires, les cliniques privées et les centres de chirurgie esthétique, sans aucune exception, à l'informer de toute contravention au sujet du traitement des déchets hospitaliers dangereux ». Le ministre a expliqué sa démarche par « la découverte (récente) de tels déchets dangereux (seringues, sérums...) à certains endroits de la côte libanaise (par des plongeurs) ainsi que dans certaines localités en hauteur ».
Dans ce cadre, M. Machnouk a reçu hier le président du syndicat des hôpitaux privés Sleimane Haroun pour discuter de cet avertissement. Il lui a demandé, selon le communiqué du ministère, « une nouvelle coopération du syndicat en vue de s'assurer que le traitement écologique des déchets de soins dangereux a bien lieu partout ». Il a ajouté que « la surveillance de la conformité des institutions à la loi aura lieu », assurant que « tout hôpital ou laboratoire non conforme aux normes sera traduit en justice ». Rappelons qu'une loi régissant le traitement des déchets de soins potentiellement infectieux a été adoptée en 2003.
Interrogé par L'Orient-Le Jour sur sa vision de la conformité des hôpitaux aux normes de traitement des déchets à risque infectieux, M. Haroun a fait remarquer que « les hôpitaux ne sont pas les seules institutions à produire de tels déchets ». « Dès la formation de ce gouvernement, nous nous sommes réunis avec le ministre Machnouk à ce sujet, et il a été convenu d'envoyer des équipes spécialisées dans les hôpitaux en vue d'évaluer la situation, a-t-il poursuivi. Il s'est avéré que 85 à 90 % des hôpitaux appliquent la loi, soit par un traitement interne des déchets dangereux (dans des machines qui broient les déchets, puis les désinfectent à haute température et à haute pression), soit en confiant ces déchets à l'ONG arcenciel qui les traite à son tour. Nous sommes en contact avec les 10 à 15 % d'institutions restantes pour les aider à améliorer leur traitement de déchets dangereux. » Que font-elles actuellement ? « Elles ne jettent pas leurs déchets dans la nature, mais leur traitement peut être amélioré (certaines ont encore recours à l'incinération par exemple) », répond-il.
Le président du syndicat des hôpitaux s'insurge contre le fait que « le gouvernement ne contrôle que les hôpitaux depuis plus de dix ans que la loi est en vigueur ». « Il faut savoir qu'en milieu hospitalier, ce sont surtout les laboratoires et les salles d'opération qui génèrent des déchets potentiellement infectieux, poursuit-il. Or, il existe près de 250 laboratoires au Liban dont la moitié seulement dans les hôpitaux. Ces autres institutions doivent être contrôlées par les ministères de l'Environnement et de la Santé. Pire encore est la situation des instituts et centres de chirurgie esthétique où des interventions chirurgicales sont effectuées illégalement puisqu'elles devraient avoir lieu dans des hôpitaux. Je soupçonne ces institutions, qui se trouvent le plus souvent dans des immeubles résidentiels, de jeter leurs déchets dangereux dans la poubelle sans aucun traitement. »
M. Haroun accuse aussi les ministères de demander des comptes aux hôpitaux sans réaliser leur partie du contrat. « Il existe une catégorie particulière de déchets hospitaliers, celle résultant des traitements oncologiques, pour laquelle les hôpitaux n'ont pas de solution, dit-il. Ces déchets doivent être brûlés dans des fours à 1 300 degrés, qu'on trouve seulement dans les cimenteries. Or celles-ci ont refusé cette requête. L'État aurait dû pourvoir de tels fours. Un autre problème est celui de l'enfouissement des déchets hospitaliers : même traités dans des machines à 137 degrés et décontaminés, ceux-ci devraient se retrouver dans des décharges spéciales. »
Le ministre a menacé de traduire des hôpitaux et laboratoires en justice. « Nous le soutiendrons sans aucun problème, à condition que d'autres types d'institutions se trouvent également sur sa liste », répond-il.


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