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Scan TV

De l’espièglerie bien placée

Pas très cathodique
29/11/2014

«L'endroit où le dos ressemble à la lune» – pour citer l'ami Brassens – de Haïfa Wehbé, bien mis en relief dans une robe noire assez révélatrice sur le prime de Star Academy il y a près de deux semaines, a troublé le grand calife Abou Bakr el-Baghdadi au point de susciter en lui une poussée supplémentaire, rageuse, de testostérone. Après avoir mis en émoi les militaires au Caire – où l'on semble avoir oublié un patrimoine cinématographique rebelle et audacieux qui faisait figure de pionnier dans le monde arabe de la belle époque–, la starlette libanaise déclenche désormais l'ire des barbus, qui promettent de se venger.

Certes, il serait pour le moins aventureux de qualifier l'exhibition de Haïfa Wehbé de «résistance culturelle», quand bien même certains pourraient se laisser entraîner par la tentation de détourner l'expression pour en faire un jeu de mots vulgaire et facile. Cependant, dans une région où même ceux qui passaient il n'y a pas si longtemps pour des chantres d'un renouveau islamique en viennent à discourir sur l'inégalité entre la femme et l'homme, et où les extrémismes de tout poil rivalisent d'obscurantisme pour cacher les moindres parcelles de ce corps qui les terrorise, de ce sexe qui les affole, il y a de quoi se demander si l'acte de la chanteuse, fût-il volontaire, naïf ou provocateur, n'est pas effectivement un acte d'affirmation de soi, d'humanité face à la déshumanisation, de revendication de son corps et de son individualité face à la désubstantialisation naturellement induite par le système idéologique et dogmatique.

Souvent transformée en instrument suprême de déshumanisation, la télévision, qui banalise les images les plus insolites et rend virtuelles les réalités les plus insoutenables, sait donc aussi se montrer, selon les circonstances et les opportunités, une solide arme de résistance contre la bêtise. À condition que les maestros en coulisses ne succombent pas toujours à la facilité, en voulant absolument servir au téléspectateur des programmes qui ne les inciteront à aucune réflexion et contribueront ultimement au triomphe absolu de la médiocratie télévisuelle et culturelle. Un bon dosage peut-être trouvé, à ce niveau, entre la volonté de divertir le téléspectateur et la nécessité de former l'esprit du citoyen.

L'animateur Adel Karam en a donné la preuve éclatante mardi soir, dans son programme satirique Hayda Haké, diffusé sur la chaîne MTV à 21:30 et réalisé par Nasser Fakih. Au côté de blagues populaires et de commentaires politiques, destinés à la plus vaste audience, au plus grand public, Karam a eu le bon goût d'inviter le talentueux imitateur Tony Abou Jaoudé à réinterpréter, dans le cadre de son émission, un sketch de ses spectacles comiques en salle de théâtre qui n'avait jamais passé auparavant, à la télévision, le cap des censeurs. Le sketch se moque des doublages allemands des films pornographiques, et c'est avec grand talent qu'Abou Jaoudé y déploie son talent. Le sujet, pourtant désopilant, a dû renvoyer les censeurs à leurs propres complexes – mais ce n'est pas là l'essentiel.
L'essentiel, c'est que, chemin faisant, le tandem polisson et espiègle Karam-Abou Jaoudé a brisé, devant un très large public, l'air de rien, et dans un magnifique pied de nez à la censure, une fausse pudeur bien hypocrite, qui fait lentement, insidieusement, le lit de tous les totalitarismes, culturels, politiques ou religieux. Et toute cette fougue mérite bien, à sa façon, le nom de «résistance culturelle» contre la bêtise.

 

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ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Ces temps derniers, en effet, la sale censure est littéralement sommé par la conjoncture Saine, de dessiner l'épure hors de laquelle il devrait être désormais interdit à ses "ongles noirs" de chipoter et de se mouvoir. Ou, mieux encore, de rédiger une bonne fois pour toutes un "Code" de la censure, c'est-à-dire l'ensemble complet des règles précises, préceptes et prescriptions qui s'imposent impérativement à ses "responsables" censuriels. Certes, il lui est loisible de répéter autant de fois qu'elle le juge utile que la majorité de ses "experts!" reste au-dessus de tout soupçon. Qu'il ne faut pas faire d'amalgame. Et que chacun de ces "exégètes!" étant présumé innocent, il doit avoir la possibilité de se défendre, etc. Mais, ces précautions oratoires et incantatoires étant sûr prises et reprises tels un saroual ravaudé ou un tapis-hassîréh rapiécé, il conviendrait sans + tergiverser d'en venir, grâce à une poussée Saine prochaine encore plus forte, à la promulgation des ukases nécessaires et Sains assortis de quelques coups de sécateur pour les branches censurielles les plus pourries et les plus Malsaines ! Poussé ainsi vers son déclin, déjà plusieurs déclarations de ses censeurs funestes et néfastes portent à croire que les prémices d'une telle obligation ne sont plus à exclure. Ces engagements paraissent d'autant + nécessaires, que le camp Sain d'en face ne semble + d'humeur dorénavant à s'incliner comme avant devant les saletés de leurs "ongles noirs" sans gronder.

Halim Abou Chacra

Soyons "charitables". Dans toute cette histoire d'"exhibition" de Haifa, et "volontaire" et "naive" et "provocatrice", le plus digne de pitié, c'est le calife qui semble ne pas manquer un programme de Star Academy. Que voulez-vous, c'est un calife moderne. Mais le pauvre ! Depuis cette nuit-là, il n'arrive pas à dormir. Même les enfants savent pourquoi et le disent malicieusement en jouant dans les rues.

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