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Nos lecteurs ont la parole - Anthony Darmo

Alea jacta est...

La prise de Bagdad en 2003 par les Américains et la chute de Saddam Hussein n'ont pas porté les fruits escomptés. Rien n'est allé comme ils l'espéraient : bien au contraire, tout fut chamboulé de manière irréversible.
Le nouvel ordre mondial voulu par les Américains a donné naissance au chaos arabe, il a ouvert la voie aux pires mercenaires qui, sous le couvert de la religion, mènent le combat et sèment la terreur, allant jusqu'à la fitna entre frères d'un même Livre. Et, malheureusement pour nous, ces gens participent au nouveau plan de la feuille de route israélo-américaine qui, sans la déstabilisation jihadiste – dont on peut se poser la question de savoir qui les forme au combat –, n'aurait pas donné naissance aux printemps arabes ici et là, plongeant pour au moins une décennie les pays victimes dans une turbulence dont personne ne sait ce qu'il en sortira.
Dans ce tohu-bohu sanguinaire qui va de la Syrie à l'Irak, en passant par le Liban, l'on voit les jihadistes prendre le pouvoir ou vouloir le prendre avec les armes envoyées ces trois dernières années par la communauté internationale en Libye, en Syrie, en Jordanie à de pseudo-
révolutionnaires combattant les «dictatures», niant de facto que bon nombre d'entre eux étaient issus des mouvances salafistes mais aussi les héritiers de Ben Laden. Malheureusement, l'aveuglement des Occidentaux se retourne toujours en premier contre les autochtones et plus encore contre les minorités. L'exemple le plus criant aujourd'hui est ce qui se passe en Irak, avec l'exode massif de ceux que les Européens nomment les chrétiens d'Orient – comme s'il n'y avait qu'eux qui souffrent dans cette partie du monde ces trois dernières années. Mais bon, reconnaissons qu'il fallait pour les dirigeants occidentaux un acte fondateur afin de convaincre leur opinion publique de la nécessité d'un nouvel engagement sans que cela provoque la colère des peuples, d'autant plus que, depuis 2003, l'ogre américain se retrouve sans réel allié dans cette région. Les sunnites sont bien trop divisés entre eux, les chiites sont toujours prudents fac aux innombrables mensonges des faucons du Pentagone. Quant aux chrétiens, sans poids réel si ce n'est au Liban (et encore...), ils restent plus spectateurs qu'acteurs. Il ne reste donc que les Kurdes (si l'on veut excepter Israël) sur qui Washington peut s'appuyer, ce peuple apatride qui, depuis des temps immémoriaux, attend son heure et commence à réaliser son rêve, la seconde guerre du Golfe lui ayant ouvert les portes d'un royaume qui (re)prenait forme.
La crise syrienne a accéléré le processus, avec la progression des jihadistes en Syrie et en Irak et leurs barbaries. Le monde s'est ému face à ces fous furieux qui menacent la coexistence des peuples. Mais cela n'était pas suffisant pour faire bouger la communauté internationale ; il fallait l'émouvoir, l'indigner, lui faire comprendre que ces mécréants à barbe allaient commettre des crimes sur les minorités présentes. Les Kurdes, en bons stratèges, ont laissé s'accomplir l'invasion de Mossoul par l'EI, n'ignorant rien de ce qui se tramait. Et ils ont eu raison : des chrétiens assassinés, expulsés, obligés de se convertir, des yazidis enterrés vivants, tout cela ne pouvait que faire la une des médias mondiaux, faciliter pour les Kurdes la négociation en vue d'obtenir enfin les armes nécessaires afin d'asseoir leur pouvoir et de jouir de la reconnaissance internationale en les posant en sauveurs et en garants des libertés en Irak. Au passage, on aura oublié qu'ils assument une grande part de responsabilité dans le massacre des Assyriens (premier génocide du XX°siècle), mais aussi des Arméniens, sans parler des féroces combats qui les opposent encore aujourd'hui aux Turcs à juste raison peut-être.
Toujours est-il que tous ces événements malheureux ne semblent pas être le fruit du hasard. Ils sont le résultat de la déstabilisation par l'armée américaine et son invasion en 2003 de l'Irak, ce que nul ne peut nier, maintenant que la crypte des démons a été ouverte et que nul ne sait quand ni comment on pourra la refermer. En attendant, les Américains, toujours prompts à faire preuve de pragmatisme, avaient gardé en option la carte kurde, sans pour autant savoir comment l'exploiter sans passer pour des comploteurs, ont laissé faire le chaos sachant que rapidement tout le monde allait abonder dans leur sens pour combattre un génocide qui a bon dos mais qui, pour autant, n'en effraie pas moins l'Occidental devant son poste de télévision. Oui, tout était prévu, comme armer les combattants kurdes et aider à la formation d'une armée cohérente. D'autant plus qu'avec l'élection d'Erdogan à la tête de la Turquie, nul ne sait ce qui est appelé à se passer dans l'ensemble de la région. Aussi, avoir un pouvoir kurde dans sa poche sera-t-il bienvenu pour contrarier le Turc. Sans oublier aussi que le président Assad, dont les Yankees n'ont pas réussi à se débarrasser, risque d'être bien ennuyé de voir surgir ce nouvel État expansionniste en ses terres, sachant que cela pourra aussi nuire à l'Iran et obligera Bagdad à toujours négocier avec eux, sinon un Kurdistan naîtra.
Alors, pourquoi les colonisateurs (américains, français, anglais) se priveraient-ils d'un joker aussi utile quand seuls les hydrocarbures comptent, le reste n'étant pour eux que points de détail ?
Oui, il semble que dans les affaires du monde, rien n'est dû au seul destin, rien n'arrive par hasard aux peuples en souffrance et plus encore pour ceux dont les sols regorgent de richesses. Comme le disait Jules César en d'autres temps : Alea jacta est !

Anthony DARMO

La prise de Bagdad en 2003 par les Américains et la chute de Saddam Hussein n'ont pas porté les fruits escomptés. Rien n'est allé comme ils l'espéraient : bien au contraire, tout fut chamboulé de manière irréversible.Le nouvel ordre mondial voulu par les Américains a donné naissance au chaos arabe, il a ouvert la voie aux pires mercenaires qui, sous le couvert de la religion, mènent le combat et sèment la terreur, allant jusqu'à la fitna entre frères d'un même Livre. Et, malheureusement pour nous, ces gens participent au nouveau plan de la feuille de route israélo-américaine qui, sans la déstabilisation jihadiste – dont on peut se poser la question de savoir qui les forme au combat –, n'aurait pas donné naissance aux printemps arabes ici et là, plongeant pour au moins une décennie les pays victimes dans une...
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