« Stalker » de Joanna Andraos (40 x 50 cm ; jet d’encre sur papier Fine Art).
Lors de son ouverture en 2012, la galerie Art Factum avait d'emblée annoncé sa couleur: photographique avant toute chose. Un parti pris toujours d'actualité deux ans plus tard, à en juger par la prédominance des œuvres de photographes qu'elle présente dans ce «Potpourri 002» jusqu'au 28
novembre*.
Un accrochage, pluriel donc, regroupant majoritairement des images signées par les artistes-maison, aussi bien libanais qu'étrangers, de cette jeune galerie. Mais accueillant également de nouveaux venus. Et ponctué de dessins, sérigraphies, mixed-médias ainsi que d'une singulière série de sculptures-design.
De A à Z, petit passage en revue des artistes participants :
– Avec ses têtes de nobles Moghols enturbannées qui reviennent de manière récurrente dans ses gouaches sur papier, Asif Ahmed, artiste pakistanais, exploite les figures et motifs des miniatures propres à sa culture traditionnelle pour les réinjecter dans une mouture totalement contemporaine. Au propos subtilement ironisant...
– Inspiration autochtone également chez Leila Alaoui, photographe marocaine, qui représente, dans un style classique modernisé, les populations rurales du Rif maghrébin. Dont cet impressionnant duo de portraits en pied (120 x 80 cm) d'un homme et d'une femme en habits traditionnels sur fond noir qu'elle présente dans une belle mise en scène au sous-sol de la galerie.
– Format bien plus réduit (40 x 50 cm; impression jet d'encre sur papier Fine Art) pour les images d'intérieurs de la Libanaise Joanna Andraos qui n'en sont pas moins fortement habitées d'une présence aussi intense que diffuse, relevant du mystère, d'une sorte d'aura des lieux comme des êtres...
– Photographie plasticienne chez le Franco-Marocain Mustapha Azeroual qui, avec un appareil argentique et une grande vitesse de prise de vues, réduit des paysages de montagne à leurs lignes d'horizon nimbées de lumière ou de «Radiance», pour reprendre le titre de la série dont ces images sont tirées.
Du Mathaf de Beyrouth au Musée d'art moderne...
– Outre quelques dessins aléatoires en techniques mixtes (crayon, cire et pigments), Lamia Joreige présente des photos, en noir et blanc petit format, montrant des vues fragmentées de Beyrouth, comme nimbées d'un halo sombre, prises en caméra Pinhole à partir d'une position stratégique – à plusieurs angles – qu'avait occupée un franc-tireur embusqué au Musée national. Une série issue d'un précédent projet de cette plasticienne libanaise reconnue, intitulé «Underwriting Beirut-Mathaf» (2013), que l'on peut retrouver d'ailleurs dans le cadre de la collection permanente du Musée national d'art moderne Centre Pompidou, à Paris.
– Une autre Libanaise, installée à New York cette fois, Rhéa Karam, reconstruit, à coups de découpages-collages et recadrages géométrico-fantaisistes, des panoramas architecturaux surréalistes de murs ou de nuages...
Des mouches à vous donner le bourdon
– Tandis que Atif Khan, l'autre artiste pakistanais de cette exposition groupée, joue lui plus sur le registre du motif (patte de mouche!) répétitif ludico-hallucinatoire. À l'instar de ce Tornado Time, dessin au tampon entièrement composé d'une rafale de mouches à vous donner le bourdon, ou cette Célébration en cercles dentelés, réalisés à partir d'agglomérations de fourmis à vous donner le tournis!
– François Lamore, peintre et sculpteur franco-américain, s'adonne, pour sa part, au bonheur des jeux de la peinture et du hasard, dans des compositions en techniques mixtes (encre, aquarelle et collage) qui ne sont pas sans évoquer une certaine influence
«matisssienne».
– Seules pièces tridimensionnelles de ce «Potpourri», les vases en spirales de feutre d'inspiration antique, grecque et mésopotamienne évidente présentées par la designer irano-allemande Siba Sahabi.
– Retour à la photo avec les élégants nus féminins de Caroline Tabet, aux postures d'odalisques nimbées de clair-obscur, de la série «Nudes in the Cold». Des clichés, en noir et blanc, au parfum de «charme discret de la bourgeoisie ». Et qui contrastent avec deux autres compositions photographiques totalement abstraites de la même artiste.
– Poésie et finesse d'un travail de dentellière dans les sérigraphies de Claire Trotignon, une artiste parisienne qui compose des paysages flottants de végétations et architecture sur fond blanc.
– Thème totalement différent chez Vivian Van Blerke, photographe sud-africaine, qui, avec un procédé d'impression ancien (tirage cyanotype et gomme), revisite les «Métamorphoses» des figures de la mythologie grecque d'Icare à Pygmalion, en passant par Hermaphrodite et Dryopé...
– Enfin, veine romantique dans les toiles photographiques de Georges Zouein qui, sous l'intitulé «Maelstrom», réunit une série de quatre clichés déroulant, à la manière cinématographique, un même paysage marin nocturne, tout en écume et scintillement d'étoiles...
* La Quarantaine (près Sleep Comfort). Horaires d'ouverture: du lundi au vendredi, de 12h à 19h ; samedi, de 14h à 17h. Tél. 01/443263.


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