Pourquoi les jeunes de nos jours recherchent-ils un nouvel eldorado ?
Des mails à foison nous offrent des opportunités vers le Canada ou l'Australie. Hoax ou spam ? Peu importe. L'enfer est pavé de bonnes intentions et la tentation est là.
Oui, la terre inconnue nous ouvre ses bras, prête à nous accueillir comme des brebis égarées.
Égarés, certes, nous le sommes, nous les jeunes. Tiraillés entre une famille qui nous a tout donné et un pays qui (soi-disant) nous offre une vie meilleure, nous ne savons plus quoi choisir ou quoi sacrifier.
Chacun y va de son grain de sel. Les amis y voient une chance inouïe vers la civilisation, en tournant le dos à un pays qui s'enfonce de plus en plus dans le tiers-monde. Les parents parlent de sacrifice pour sauver la vie de leurs enfants, quitte à les rejoindre un jour. D'autres laissent leurs parents dans une totale ignorance de leurs projets, de peur de les froisser. Du coup, chacun perd jusqu'à son identité, ne sachant pas vraiment ce qu'il veut. Car personne n'oublie, dans un sursaut désespéré de patriotisme, que le Liban est le pays qu'il aime. Mais ailleurs c'est tellement mieux. Il y a trop de garanties que, hélas, notre pays ne nous offre pas. Et la cause : si mes parents ne l'ont pas fait pour nous, il n'y a aucune raison pour que nous ne le fassions, si ce n'est pour nous, à tout le moins pour nos enfants. C'est beau l'altruisme dans une volonté d'améliorer le futur des autres, car évidemment, le nôtre est déjà pourri. C'est ce qu'on appelle le pessimisme à outrance au Liban. Et puis, ils sont tellement contents, ceux qui vivent ailleurs, alors que nous, nous gâchons notre vie sans aucune assurance de survie dans un pays où les aléas politico-économiques sont décourageants.
Il y a aussi tous les autres. Ceux dont les voix se sont brusquement éteintes pendant un certain nombre d'années. Ils se réveillent. Alléluia ! Et ils nous annoncent la vérité, leur vérité. S'ils ont quitté ces terres hospitalières et si accueillantes, c'est qu'ils ont remarqué que :
1 – la xénophobie y est souvent de mise ;
2 – les taxes vous dévorent ;
3 – les possibilités d'emploi pour les jeunes professionnels ne sont plus ce qu'elles étaient;
4 – les conditions de vie sont dures, malgré l'euphorie des premiers mois.
Et j'en passe.
Alors quoi décider ? On se lance dans l'aventure ou on reste ? Si on quitte, on revient dans quelques années après avoir acquis le précieux sésame qui fait de nous des citoyens d'ailleurs. Tous l'ont dit. Une fois qu'on fait sa vie ailleurs, les repères se perdent, et n'était-ce la famille, le patriotisme passe à la trappe.
Et nous, nous restons dans l'espoir d'un avenir meilleur. Car nous continuons et continuerons à y croire. Car nous voulons que le Liban continue de vivre, malgré tout.
Jean-Paul MOUBARAK


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