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À La Une - Economie

Se financer avec des obligations islamiques ? Paris réticent, Londres séduit

En dépit d'une volonté politique de développer le secteur entre 2008 et 2010, la place financière de Paris est à la traîne.

Le Royaume-Uni est devenu le 25 juin, le premier pays hors du monde musulman à émettre un sukuk souverain. Photo AFP/Ben Stansall.

Pour financer son budget avec des +sukuk+, les obligations d’État conformes à la finance islamique, nul besoin d'être un État musulman : le Royaume-Uni et le Luxembourg ont franchi le pas, séduits par ce créneau en pleine croissance, tandis que la France, méfiante, reste réticente.

 

Le Royaume-Uni est devenu le 25 juin, le premier pays hors du monde musulman à émettre un sukuk souverain, l'équivalent islamique d'une obligation, qui a permis de lever 200 millions de livres (environ 250 millions d'euros) -- même si le Land (État régional) allemand de Saxe-Anhalt en a été le véritable précurseur en 2004. L'objectif est clair: faire de Londres "le centre occidental de la finance islamique", ambitionne le ministre des Finances George Osborne.

 

Début juillet, le Luxembourg a emboîté le pas à la City pour devenir le premier pays occidental à émettre un sukuk en euros pour un montant de 200 millions. Si les sommes en jeu paraissent symboliques au regard des besoins de financement de ces deux économies, le recours à ce nouvel instrument permet d'envoyer des signaux positifs aux investisseurs. "Il s'agit davantage d'un coup marketing pour doper l'attractivité auprès des pays musulmans du Golfe et d'Asie du sud-est et attirer leurs abondantes liquidités", analyse Laurent Weil, spécialiste de finance islamique à l'université de Strasbourg. Et pour cause, la finance islamique affiche des taux de croissance à deux chiffres et a mobilisé près de 1 300 milliards de dollars en 2013.

Pour contourner le principe de l'intérêt proscrit par l'islam, le sukuk est adossé à un actif tangible (biens immobiliers, ...) dont le rendement permet de rémunérer le placement. La demande est si forte que pour le seul sukuk britannique, 2,3 milliards de livres d'investissements potentiels ont été enregistrés.

 

"Crispation"

En dépit d'une volonté politique de développer le secteur entre 2008 et 2010, sous l'impulsion de l'ex-ministre de l'économie Christine Lagarde avec notamment la mise en place d'un cadre juridique et fiscal favorable, la place financière de Paris est à la traîne.

"Il y a désormais très peu, voire plus du tout, de réflexion sur le sujet", regrette le secrétaire général d'Europlace Alain Pithon. Cette organisation, chargée de faire la promotion de la place financière de Paris, ambitionnait dans un rapport en 2010 de faire de la capitale française "le plus grand centre d'attraction de la finance islamique au monde en attirant jusqu'à 100 milliards d'euros d'investissements". "C'est le calme plat, déplore aussi M. Weil, alors que la France dispose de tous les atouts pour en être leader avec la première communauté musulmane d'Europe, la deuxième économie de la zone euro, et une position géopolitique favorable avec les pays du Golfe".

Si la France n'a pas besoin de cette manne à court terme tant le Trésor profite de taux d'intérêt historiquement bas sur les marchés classiques, ce sont les polémiques à répétition autour de la religion musulmane qui ont braqué les décideurs sur la poursuite du développement de la finance islamique. "Il y a eu un coup d'arrêt politique avant les élections de 2012 et c'est devenu pire après", indique M. Pithon.

 

Nul n'est prophète en son pays
Soucieuses de leur image, les banques françaises, pourtant audacieuses dans le domaine, préfèrent développer leurs activités de finance islamique à l'étranger plutôt qu'en France. La Société Générale est ainsi devenue la première banque française - et deuxième européenne après HSBC- à lancer un sukuk à 300 millions de dollars en Malaisie en août 2013. BNP Paribas possède depuis 2003 sa filiale dédiée à la finance islamique à Bahreïn, baptisée +Najmah+.

"Le monde des affaires ne peut se permettre la moindre polémique. Les médias, les partis politiques, et autres groupes de pression risquent de se déchaîner", estime Anouar Hassoune, expert en finance islamique.
Est-ce déjà trop tard pour la bourse de Paris? "La compétition est telle que l'on risque de le payer à l'avenir et d'être distancé", prévient M. Pithon.

 

Pour mémoire

Londres se rêve en capitale de la finance islamique

Pour financer son budget avec des +sukuk+, les obligations d’État conformes à la finance islamique, nul besoin d'être un État musulman : le Royaume-Uni et le Luxembourg ont franchi le pas, séduits par ce créneau en pleine croissance, tandis que la France, méfiante, reste réticente.
 
Le Royaume-Uni est devenu le 25 juin, le premier pays hors du monde musulman à émettre un sukuk souverain, l'équivalent islamique d'une obligation, qui a permis de lever 200 millions de livres (environ 250 millions d'euros) -- même si le Land (État régional) allemand de Saxe-Anhalt en a été le véritable précurseur en 2004. L'objectif est clair: faire de Londres "le centre occidental de la finance islamique", ambitionne le ministre des Finances George Osborne.
 
Début juillet, le Luxembourg a emboîté le pas à la City pour devenir...
commentaires (5)

Hypocrites avec "S"....

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

08 h 59, le 19 novembre 2014

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Commentaires (5)

  • Hypocrites avec "S"....

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    08 h 59, le 19 novembre 2014

  • Soukkoûkks "souverains" !? Soukkoûkks hypocrite, oui !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    10 h 45, le 18 novembre 2014

  • CORRECTION : OU DE SOI-MÊME... MERCI.

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    06 h 58, le 18 novembre 2014

  • RENDEMENT IMMOBOLIER QUI PERMET DE RÉMUNÉRER LE PLACEMENT ! ON SE RIT DES GENS... OU DE SOI-MÊMES ? N'EST-CE PAS AUSSI UN PROFIT... GENRE D'INTÉRÊT ?

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    18 h 27, le 17 novembre 2014

  • bond..., quelle est la loi qui s'appliquera aux obligations islamiques...le droit commercial et financier en vigueur dans chaque pays ...ou la Charia...?

    M.V.

    12 h 42, le 17 novembre 2014

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