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Liban

Naqoura, village écologique en puissance

Environnement

Un projet pour la préservation de la belle région frontalière de Naqoura, au sud, s'insère dans le cadre d'un réseau de villes EcoTown lancé par l'ONG Bahr Loubnan.

13/11/2014

Naqoura, sa falaise impressionnante, ses plages intactes, ses quelques milliers d'habitants. C'est de cette région préservée, il faut le reconnaître, par la guerre que Rima Tarabay est tombée littéralement amoureuse. Membre fondateur de l'association Bahr Loubnan, docteur en géographie, s'intéressant plus particulièrement aux questions du développement durable et de l'environnement, Rima a décidé d'inclure cette localité libanaise au projet de réseau EcoTown, lancé par l'ONG en 2012.


Concrètement, le projet EcoTown vise à créer un réseau de villages et de petites villes qui offrent un exemple concret d'action pour la lutte contre la pollution environnementale. L'ONG aide les autorités locales à adopter des politiques durables pour une meilleure gestion du territoire, qui deviendront elles-mêmes génératrices d'emplois, notamment en écotourisme. Une façon, en clair, de montrer que la préservation de l'environnement et les politiques durables sont à l'origine d'une économie plus saine. L'objectif final serait de faire de ces villages des entités autosuffisantes en permettant aux habitants de rester sur place et d'exercer une activité rentable et respectueuse de l'environnement.

 

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Le réseau, mis en place avec l'appui de la commission de l'énergie, de l'environnement et de l'eau de l'Assemblée parlementaire de l'Union pour la Méditerranée (UPM), comprend actuellement sept villages : Cassis et Girolata en France, Naqoura au Liban, Amsa au Maroc, Hergla en Tunisie, Piran en Slovénie et Chammas en Égypte.
« Notre stratégie consiste à établir un état des lieux dans les villages qui font partie du réseau, explique Rima Tarabay. Nous examinons l'état de l'électricité et de la production énergétique, de l'agriculture, du traitement des déchets, de la reforestation, de l'éducation... Notre but est de rendre ces villages autonomes au niveau de la production d'une énergie propre. Nous voulons prouver en outre que la préservation environnementale et l'authenticité attirent un tourisme durable, le tourisme de masse étant désormais du passé. »


Dans le cadre de ce projet, la préservation de Naqoura lui tient particulièrement à cœur. « Nous sommes parvenus à nous entendre avec la municipalité pour préserver cette région de toute pollution et de tout développement urbanistique sauvage, à l'instar de ce qui se passe ailleurs, dit-elle. Le président du conseil municipal de Naqoura, Mahmoud Ali Mehdi, s'est montré dès le début enthousiaste à l'idée d'une préservation du village. Il tente aujourd'hui de faire de la magnifique côte de sa région une "hima", en d'autres termes une zone protégée par les forces vives de la société. » Nous avons tenté de joindre M. Mehdi sans succès, afin d'obtenir de plus amples informations sur les efforts qu'il fournit.

 

(Lire aussi : Menaces sur la réserve naturelle d’Ehden)

 

Quinze enfants de Naqoura à Cassis
À Naqoura, la priorité actuelle est à l'installation d'une station d'épuration des eaux usées. « Une station a déjà été construite par la Finul, dit-elle. Il en faut une autre pour épurer l'eau davantage en vue d'une réutilisation. » Le projet EcoTown à Naqoura compte se pencher particulièrement sur le développement de l'agriculture, avec un accent mis sur le retour à une agriculture traditionnelle et biologique. Des efforts sont fournis pour transformer l'école du village en une école exemplaire au niveau de la consommation énergétique.
Si les concepts de préservation environnementale sont nettement plus ancrés dans la culture de l'autre côté de la Méditerranée, au Liban, les risques d'urbanisation anarchique sont bien réels. Et Rima Tarabay en est consciente. « Il faut évidemment œuvrer pour un classement de la région en vue d'une meilleure protection, explique-t-elle. Mais tout classement reste aléatoire tant que le président de la République peut signer un décret exceptionnel. Nous nous retrouvons dans une situation similaire à la France d'il y a quelques décennies. Il faut adopter de nouvelles législations qui font du classement des régions une question définitive, au-delà de toute prérogative. »

 

(Lire aussi : Polémique autour de travaux dans la réserve d’Ehden)


Tout en se félicitant de la coopération de la municipalité et espérant qu'elle ne se démentira jamais, même en cas de changement de son président, Rima Tarabay ne cache pas sa volonté de placer Naqoura sur la carte mondiale de l'écotourisme. « Mais il n'y a pas de sanctions internationales possibles, une loi libanaise reste essentielle », ajoute-t-elle.


Au-delà de la protection de l'environnement et de la transformation de l'économie locale, le projet favorise les liens entre des villages situés dans des régions très différentes. Une activité vient prouver les avantages que présente un tel réseau : le maire de Cassis vient de financer le séjour de quinze enfants et quatre adultes de Naqoura dans son village. Les billets d'avion ont été assurés par la MEA via la Banque du Liban. Le petit groupe vient d'arriver en France.
Les activités du réseau jusque-là ont été financées grâce à des contributions de BankMed et d'Électricité de France (EDF), et Rima Tarabay espère bientôt que des fonds de l'UE seront disponibles. En définitive, la finalité de ce réseau, selon son initiatrice, est de servir de laboratoire pour une économie locale entièrement tributaire de la santé environnementale, et largement dépendante de l'écotourisme.

 

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Pierre Hadjigeorgiou

Belle initiative! Qui nettoiera les écuries d’Augias au niveau politique?

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