Moyen Orient et Monde

John Kerry, voyant extralucide

Le point
13/11/2014

Chronique d'une journée ordinaire en Cisjordanie : Mohammad Jawabreh, 21 ans, est abattu d'une rageuse rafale de mitraillette après avoir été aperçu brandissant un revolver artisanal au milieu d'une manifestation rassemblant 200 personnes. À Hawarra, près de Naplouse, les foules caillassent des voitures tandis que la tension monte dangereusement à Jérusalem, Tel-Aviv et en plusieurs points des territoires occupés. Et pendant qu'Israël se mobilise pour « bouffer de l'Arabe », son occupation favorite, l'assemblée universelle des politologues débat doctement du nom qu'il convient de donner à l'agitation en cours. S'agit-il ou non d'une intifada, la troisième du nom après celles de 1987-1993 et 2000-2005 ?


Trop tard. Quelqu'un avait déjà appelé un chat un chat. Le 11 juillet dernier, le secrétaire d'État John Kerry s'adressait aux dirigeants israéliens dans une interview à la deuxième chaîne : « Un échec des pourparlers de paix accroîtra votre isolement. L'autre terme de l'alternative, c'est le chaos. Que cherchez-vous à provoquer, une troisième intifada ? » Neuf jours auparavant, après la succession d'événements qui avaient conduit à l'opération contre Gaza, le Washington Post s'interrogeait déjà : « Est-ce ainsi que commence la troisième intifada ? »


Si la provocation d'Ariel Sharon en septembre 2000 (sa présence-surprise sur l'esplanade de la mosquée d'el-Aqsa) a été le déclencheur d'une éruption qui aura fait 452 tués, aujourd'hui, c'est l'insistance des Israéliens à prier au mont du Temple qui représente la mèche susceptible, craint-on, de mettre le feu aux poudres. Mahmoud Abbas a beau hurler à « la guerre religieuse » et appeler à « une journée de colère », il ne trouve pas grand monde pour l'écouter. Il existe à cela deux raisons. La première tient au fait que « Yasser Arafat n'est plus là », comme disent abruptement les Américains. Bien sûr que la frustration est toujours là, elle, surtout depuis les nouvelles restrictions mises sur les déplacements entre la rive occidentale du Jourdain et les territoires israéliens ; bien sûr que le mur de séparation érigé sur des dizaines de kilomètres accroît le sentiment arabe que quelque chose d'irréparable est en train de s'accomplir ; bien sûr que la multiplication des colonies provoque un mouvement d'exode appelé à se développer. Pour autant, les Palestiniens seraient-ils prêts à passer aux actes, non pas ceux, isolés, de quelques individus qui réagissent ponctuellement, mais une ample révolte traduisant une rage trop longtemps contenue? Rédacteur en chef de l'agence de presse Ma'an, Nasser Laham répond : « Non, il ne s'agit pas d'une intifada, tout au plus de l'éruption d'un volcan. » Un phénomène qui porte déjà un nom : l'intifada des autos, parce que les attaques sont commises contre des occupants de quatre-roues.


On chercherait en vain le ciment capable de pousser partisans d'Abou Mazen et inconditionnels du Hamas à s'unir contre l'occupant. Plus inquiétant, la chaîne d'information américaine CNN croit savoir que l'Autorité palestinienne et Tel-Aviv coopèrent étroitement pour neutraliser les boutefeux impatients de reprendre du service. David Harris, responsable de l'organisation Israel Project, va même jusqu'à affirmer que l'étroite collaboration entre les deux parties a réussi à prévenir de nombreuses agressions ainsi que des opérations préparées par le Mouvement de la résistance islamique.


Il convient toutefois de n'accorder à de telles assurance qu'une importance relative. Par deux fois dans le passé, l'État hébreu mais aussi l'opinion internationale n'ont voulu voir que des actes isolés et sans conséquence dans ce qui devait rapidement virer au désastre total. Aussi, après un démarrage en trombe, Benjamin Netanyahu préfère-t-il ces temps-ci ne pas s'employer à verser de l'huile sur le feu, mais plutôt à contrôler la poussée de fièvre qui menace de culminer demain vendredi, jour de prières. Il serait bien inspiré par ailleurs – pour son propre camp s'entend – de ne pas jouer le Fateh contre le Hamas tant proches l'une de l'autre sont les deux bases.


Le Premier ministre n'a jamais paru plus faible depuis le semi-échec de sa campagne militaire contre Gaza, au plus fort de l'été. Si des législatives venaient à être organisées dans les semaines à venir, pas plus sa formation que celle des travaillistes ne pourraient gagner un nombre de sièges suffisant pour leur permettre de faire bonne figure au sein de la Knesset.


Il est des signes qui ne trompent pas. Hier, les députés ont refusé d'autoriser la diffusion gratuite du quotidien Israel Hayom qui ne cache pas ses sympathies pour Bibi. Au nombre des 43 opposants (contre 23 oui et 9 abstentions), figurent des députés de la majorité de droite...

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IMB a SPO

La paix civile a n importe quel prix! Que l'Autorite Plestinienne coopere avec Israel, cela va de soit. Apres tout les manifestants sont manipules par le Hamas ennemi jure de l'AP. Kerry peut dire ce qu'il veut, il n est qu'un amateur dans ce MO, et au lieu de s'attaquer aux dossiers importants, tel que Daech, ISIS, l'Iran Nucleaire, il prefere perdre son temps sur le dossier Israelo Palestinien.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

VOYANT... PAS PLUS LOIN QUE LE BOUT DU NEZ ?

RE-MARK-ABLE

On est passe des cailloux aux quatre roues ! je me souviens l'avoir dit . Bon , mais tout est bien dit dans cet article sauf une chose , c'est l'attitude de daech/Qaida/nosra/brigades islamiques... salafowahabites etc... ou alors Merville le sous entend il ? craint il de le dire ouvertement que le massacre des sunnites par des juifs sionistes auraient du faire reagir cette nebuleuse sous remote control ? Intifada 3eme du nombre ou pas , le constat d'une connivence binsaoudo/sio est manifeste . Le roi de jordanie en tete de ce complot ne en 1948 d'un massacre par des europeens sur des juifs qui se vengent avec leur complicite sur les peuples de la region . Jusqu'a quand kerrydiot ? pouvez vous nous le dire ?

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