«La fille du roi, dans sa quinzième année, se piquera à un fuseau et tombera raide morte!»
Et la fée Carabosse, d'un coup de baguette des plus allègres, frappe l'enfant d'un sort destiné à la plonger dans un sommeil profond et éternel. Devenue femme, la jeune enchantée s'assoupit et le royaume sombre dans l'oubli. Enseveli par une «haie d'épines haute et touffue», le palais s'efface aussitôt en engloutissant la belle et ne laissant point de trace de son existence.
Cette histoire, bientôt mythique, fait ainsi les délices de générations, par le bouche-à-oreille, et finit au fil du temps par faire naufrage au fond des ténèbres les plus opaques de nos esprits pervers (ou par être refoulée dans notre inconscient collectif peut-être?).
La belle se noie alors dans le silence d'une attente infernale, une attente infinie, une attente inouïe. Seulement, Sa Majesté, dans sa naïveté extraordinaire et sa passivité spectaculaire, serait-elle au moins en mesure de définir cet objet tellement attendu? Serait-ce par hasard l'espoir en un prince charmant quelconque, qui viendrait «forcer cette haie d'épines», poser un baiser sur ses lèvres et mettre fin à sa malédiction?
Elle espère longtemps. Elle espère toujours. En vain.
Princesse Aurore, le moment n'est-il donc pas venu de prendre les rênes et d'oser te frayer ton propre chemin, au milieu de cette haie oppressante? Jusqu'à quand cette servilité fatale à un destin à ton insu préalablement dessiné? Jusqu'à quand cette inertie à laquelle tu t'assujettis inlassablement?
Réveille-toi, la belle!
Nul autre que toi ne revendiquera tes droits. Et pourtant tu demeures en proie à une syncope autodestructrice. Combien de femmes doivent encore succomber sous les coups de conjoints violents pour que ton âme ressuscite enfin ? Nul baiser ne sera à même de te sauver.
Réveille-toi, la belle! Réveille-toi, la belle Libanaise!
Continueras-tu à blâmer ton mauvais sort jusqu'à la fin des temps? Reprendras-tu connaissance à temps, au lieu d'être à jamais écrasée sous le poids d'une société machiste, où l'homme se vante d'être différent, dominant et supérieur?
Réveille-toi, la belle! Tu es femme, tu es digne d'amour, tu es digne de respect.
Nay ABOU FAYAD


L'ÉGALITÉ EST UN DROIT ACQUIS PAR LE CRÉATEUR QUI A TOUT CRÉÉ! MADAME, IL SE PREND ET NE S'OCTROIE PAS !
07 h 34, le 11 novembre 2014