«Nous avons mis fin à toute tentative visant à porter atteinte à l'autorité de l'État et à défier le prestige de l'État.» M. Tammam Salam, président du Conseil des ministres, 28 octobre 2014, suite aux derniers affrontements contre l'armée dans le Nord.
Mabrouk. L'honneur est sauf. Ce fut un simple nuage de fin d'été. L'État libanais a vite retrouvé sa grandeur. Il détient de nouveau le monopole de la force armée. Plus aucun groupe armé non étatique, libanais ou non, ne fait concurrence à l'État dans ses prérogatives de défense et de sécurité nationales. L'État exerce un contrôle effectif sur l'ensemble de ses frontières. Il veille strictement au respect de sa neutralité envers le conflit syrien (déclaration de Baabda) en interdisant l'accès vers la Syrie à toute organisation paramilitaire souhaitant combattre le régime ou, surtout, le soutenir. Non, ce ne sont plus les voyous qui font la loi dans certains quartiers et s'y déploient, armés, au premier signal, même pas à Hayy el-Lija, l'antichambre du palais de Moussaytbeh. Aucune brigade de ninjas casqués ne fait irruption pour encadrer des manifestations religieuses. Les assassins de politiques, officiers, journalistes et penseurs souverainistes, qui charcutent le cœur de l'État depuis 2004, ont été identifiés et remis à la justice. Les mafias de Captagon, de voitures volées ou d'enlèvements de personnes n'opèrent plus librement depuis certaines régions du pays. Le Parlement a élu un président de la République. Le gouvernement a pu organiser des élections parlementaires et les universités, des élections étudiantes. Célébrons ce flot d'excellents nouvelles, une bonne salve en l'air s'impose ! Non mais, que disons-nous ? Toutes les pièces d'arme ont été confisquées et les tireurs d'occasion enfermés derrière les barreaux. L'Ètat est omniprésent. Une véritable main de fer dans un gant de velours. Mabrouk.
Rêvons toujours. Éradiquer le terrorisme et démanteler tous les groupes armés non étatiques sont certainement des initiatives à saluer parce qu'elles relèvent d'obligations primordiales qui incombent à l'État. Avec le plan de sécurité, on s'attendait de la part du gouvernement à une paix libanaise basée sur l'égalité de traitement sécuritaire nonobstant toute appartenance politique, confessionnelle ou géographique. On a été naïf. D'aucuns ont profité de l'occasion pour régler des comptes politiques et imposer une paix d'un autre genre: celle des empires expansionnistes (comme Rome ou la Perse) auxquels ils sont intrinsèquement liés, basée sur la victoire d'un camp sur l'autre, une paix de la domination, de la reddition et de l'humiliation. Il s'est avéré que l'État était plutôt borgne et son autorité dégantée : une main de fer pour frapper certains, un gant de velours pour caresser d'autres dans le sens du poil. Certains quartiers libanais, les plus pauvres de tout le bassin méditerranéen, sont bombardés, même depuis le ciel, parce que des terroristes s'y sont cachés. En même temps, d'autres quartiers, qui sanctifient des terroristes présumés, accusés par le procureur du TSL dans le meurtre d'un ancien Premier ministre, sont interdits aux voitures de police. Dans un accès de triomphalisme abject, beaucoup de médias jubilent devant la «chute» de Bab el-Tabbaneh, ce nouveau «Berlin nazi», sans aucune considération aux conditions des civils innocents qui ont été pris entre deux tirs croisés. L'immunité du domicile de certains députés est bafouée alors qu'aucune raison sérieuse ne pourrait justifier de tels agissements, même pas certains de leurs propos déplacés et regrettables. Un ministre, ancien officier ayant dédié sa vie au service de la sécurité intérieure, a même eu droit à un faux dossier d'accusation médiatique monté de toute pièce.
La conception de la paix et ses moyens de réalisation au Liban (égalité, consensualisme) auraient-ils subi une transformation profonde ? Il est révolu le temps où, au tournant du siècle dernier, et malgré «la guerre froide des communautés», «l'évêque orthodoxe de Beyrouth, sur le point de partir en voyage, invita les dignitaires de sa communauté à s'en remettre à Salim Salam pendant son absence» (Samir Kassir, Histoire de Beyrouth, Perrin, p. 307). De nos jours, une milice confessionnelle, transnationale et surarmée a su convaincre une grande partie des Libanais, sous l'effet d'une phobie brillamment orchestrée, à s'en remettre à ses armes pour les protéger d'un danger qu'elle a participé, par ses propres agissements, à créer et amplifier dans le voisinage, avant de le drainer vers le Liban.
Reste à savoir les causes qui pousseraient, au plus haut niveau politique de l'État, à fermer l'œil devant cette politique de discrimination sécuritaire. Serait-ce un gage offert par certains politiques du 14 Mars pour l'obtention d'un certificat de bonne conduite de la part de ceux qui s'arrogent le droit d'en délivrer aux autres politiques et communautés? Serions-nous devant des Noureddine el-Atassi libanais qui assureraient, sans le savoir, une couverture institutionnelle à l'instrumentalisation de l'État par un camp politico-minoritaro-confessionnel ayant un projet de pouvoir sectaire et vindicatif? Non, espérons pas. En tout cas, il est grand temps de se ressaisir. En 1973, suite à l'exécution de chefs du Fateh par un commando israélien à la rue de Verdun, Saëb Salam, lui, a estimé que l'égalité de traitement sécuritaire (protection) avait été bafouée à cause de la non-intervention de l'armée pendant l'attaque. Après avoir demandé des comptes sans pouvoir les obtenir, il n'a pas hésité à renverser la table en présentant la démission de son gouvernement. Sans aller jusqu'à reproduire le même comportement dans les circonstances actuelles certes différentes, son héritier politique ne pourrait plus, pour autant, faire fi du passé, ne serait-ce qu'en reconnaissance de tout le capital respect et sympathie que lui réserve encore, malgré tout, la capitale dans son cœur.
Sagi SINNO


LA SÉCURITÉ N'A PAS UNE DIRECTION UNIQUE ! QUE TOUS CEUX QUI FURENT CONTRE L'ALLONGEMENT ET LE PROLONGEMENT ABRUTISUES... POUR MONTRER LEUR SÉRIEUX... PRÉSENTENT AUJOURD'HUI MÊME LEURS DÉMISSIONS... SINON... DU BARATINO POUR LA CONSOMMATION ABRUTIQUE !
17 h 11, le 11 novembre 2014