Moyen Orient et Monde

Les jihadistes sont partis, la colère est restée...

OLJ
10/11/2014

Au milieu des décombres qui jonchent les rues, une colonne de fumée s'élève d'un immeuble en feu de Jurf al-Sakhr, une région du sud de Bagdad de laquelle les forces irakiennes ont réussi à chasser les jihadistes. Et devant les murs calcinés des maisons, d'immenses trous dans la chaussée témoignent de la violence des combats dans cette zone dont la reprise a été célébrée en grande pompe par les autorités irakiennes.
Mais si la pression est un peu retombée avec le départ des jihadistes, les habitants ont payé un très lourd tribut lors des combats, et la colère gronde face aux destructions. Un tel prix devra, d'une façon ou d'une autre, être payé dans toutes les villes d'Irak prises par l'EI, et que les forces de sécurité cherchent à reconquérir. Et il devrait être encore plus élevé pour les régions sunnites du pays, comme Jurf al-Sakhr, où les miliciens chiites sont honnis par la population.
« Ils nous ont visés avec des frappes aériennes, de mortier, d'artillerie, de roquettes... C'est pour ça que nous sommes partis », explique Abou Ali, un fermier de 45 ans ayant fui avec sa mère, sa femme et ses deux enfants, interrogé par l'AFP. « C'était devenu un champ de bataille, regrette-t-il. Nous n'avons rien pris avec nous, nous avons couru pour nos vies. » Les maisons et les voitures ont été détruites et les vergers mis à sac. « Il ne reste plus rien », se désole le paysan.
Dans la ville désolée, de nombreux magasins ont été détruits, des fenêtres brisées et des toits éventrés. Des graffitis, la plupart chiites, couvrent les façades, même de la mosquée. Avant de quitter les lieux, les jihadistes ont piégé les immeubles avec des explosifs qui doivent encore être désamorcés. Dans ce contexte, il est difficile de déterminer qui est responsable de telle ou telle destruction. Mais certains incendies ont été allumés par des miliciens. « Nous avons brûlé les maisons » des jihadistes, lance un membre de la Kataëb Hezbollah.
De tels actes alimentent la colère des sunnites à l'encontre des milices chiites, dont les exactions ont récemment été dénoncées par Amnesty International. Abou Ahmad, un fermier de 55 ans contraint à fuir, résume l'amertume ressentie par beaucoup : « Qu'ont-elles libéré, ces milices qui ont tué, bombardé et détruit nos maisons ? »

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