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Liban

Quand la tour résidentielle devient... musée

Urbanisme

Un nouvel écrin a été conçu pour les vestiges des thermes romano-byzantins (IIe-VIe siècle) découverts en 2007 sur le bien-fonds 616 de la rue Saint-Maron : ils trônent désormais dans le hall d'entrée d'un immeuble au cœur de la capitale, Saifi Crown.

May MAKAREM | OLJ
07/11/2014

Qui a dit qu'il n'était pas possible de conjuguer vestiges archéologiques et constructions modernes ?
Pour une plongée dans les bains romains, une visite s'impose au rez-de-chaussée d'un bâtiment flambant neuf : Saifi Crown, où un petit « musée », ou un genre de crypte, a été conçu pour accueillir les hypocaustes, le caldarium, le grand bassin appelé labrum, le tépidarium avec sa mosaïque et son opus spicatum en briques appareillés, ses couloirs et son dallage en marbre.


Une partie de ces fouilles exposées sont visibles à travers le sol en verre parfaitement transparent de la galerie d'entrée. « Nous avons tout réintégré, en faisant du bloc lifting. C'est-à-dire les pierres ont été soulevées en bloc puis réinstallées cinq mètres plus haut, dans la même position où elles avaient été découvertes », explique Assaad Seif, responsable des fouilles archéologiques et des départements scientifiques à la Direction générale des antiquités (DGA). En fait, « 55 tonnes de pierres ont été transférées puis reposées exactement dans la même direction », révèle l'architecte archéologue Georges Jorr, qui compte à son actif dix années d'expérience avec la mission française à Ostia Antica, Rome.
Construits sous la période romaine au IIe siècle après J.-C., les thermes ont continué à être exploités par les Byzantins jusqu'au VIe siècle. À cette époque, une partie des hypocaustes se sont écroulés et le tépidarium a subi diverses rénovations. La mosaïque exposée à Saïfi daterait du Ve siècle. Elle a été restaurée par Élie Abboud, ancien chef des chantiers à la DGA, qui avait fait ses études de restauration à l'Icrom, en Italie.

 

Avant-gardisme...
Le nouvel espace des thermes romains a été inauguré avant-hier soir par Assaad Seif, représentant le ministre de la Culture Rony Araiji, et le président d'al-Massaleh Real Estate, Hamad al-Eisa, qui a déclaré que l'objectif de son groupe est de « faire de chaque projet un monument architectural, créant à chaque fois de nouveaux designs, en employant des matériaux de qualité durable et en choisissant des emplacements exceptionnels pour développer notre parc de terrains. Aujourd'hui, les résidents de Saifi Crown ne seront pas seulement séduits par la structure de l'immeuble, mais par l'histoire qu'il recèle. Ils pourront apprécier des pièces de musée sans sortir de chez eux », a-t-il insisté.


Assaad Seif a souligné pour sa part l'importance de la coopération entre les secteurs public et privé pour conserver le patrimoine archéologique. « L'intégration des monuments culturels dans leur lieu de découverte est d'un intérêt public majeur, non seulement en termes de préservation de la mémoire spatiale, mais aussi dans la consolidation des liens entre la population et la culture matérielle liée à leur histoire et leur patrimoine. C'est une nouvelle approche. C'est un projet avant-gardiste. Et tout ce qui est avant-gardiste est critiqué. Nous acceptons les critiques. Toutefois, il faut avoir un esprit ouvert pour appréhender ces choses différemment », a-t-il souligné.
Le deuxième projet du genre est d'ailleurs en cours de finalisation : datant du quatrième millénaire avant J.-C., l'unique installation domestique découverte à Achrafieh sera « réintégrée » au nouveau bâtiment de Jamil Ibrahim, en face du ministère des Affaires étrangères.

 

Nul besoin de guide
En outre, M. Seif a indiqué qu'en en vertu d'un accord signé chez le notaire par la DGA et al-Massaleh Real Estate, la société koweïtienne de développement immobilier propriétaire de Saifi Crown, « l'accès à l'immeuble est gratuit et libre durant la journée, et nous pouvons disposer de l'espace lors des Journées du patrimoine ». Il ajoute que pour comprendre l'histoire des vestiges exposés, nul besoin de guide : des panneaux explicatifs et des maquettes seront incessamment affichés – leur livraison ayant été retardée pour une raison technique.
Signalons que la directrice du musée de l'Université américaine Leila Badr a salué le projet, le qualifiant « d'un bon modèle pour conserver le patrimoine. Les entrepreneurs immobiliers devraient considérer que ces vestiges représentent un plus, puisqu'ils donnent un cachet spécial à leur édifice ».

 

Complexe cultuel
Rappelons que le site a été découvert en 2007 lors des fouilles de sauvetage menés sur le bien-fonds 616. Ses structures étaient reliées à un complexe cultuel mis au jour en 2004 sur le terrain de Joseph Moawad, rue Maroun Naccache, à Gemmayzé. Le premier complexe cultuel jamais découvert en dehors du centre-ville (place de l'Étoile et Lazarieh) était doté de dallages en marbre, d'un sol en opus picatum, utilisé d'habitude à l'intérieur d'un temple, de mosaïques, de colonnes de marbre et de granite et de quatre autels, dont deux couverts d'inscriptions : l'une dédiée à la triade héliotropine, Jupiter-Vénus-Mercure, l'autre à la déesse marine Leucothéa, fille de Cadmos.
Ce complexe cultuel avait une structure tentaculaire allant au-delà du terrain Moawad jusqu'au bien-fonds 616 où a été construite la nouvelle tour Saifi Crown et où les excavations ont exhumé la continuité du mur du complexe, de la mosaïque et de l'opus picatum, mais aussi le labrum (grand bassin circulaire où les gens puisaient de l'eau), et un escalier qui mène à une galerie voûtée dont le niveau correspond à celui du plancher du complexe cultuel. Si l'on calcule la superficie des différentes parcelles de ce complexe, on peut aboutir déjà à dix mille mètres carrés. Sur le même site toujours, les couches ont dévoilé un atelier de bronzier, sa table, son four et une statue en bronze représentant Apollon.

 

 

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ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Excellente initiative koweïtienne.

Sabbagha Antoine

La privatisation du patrimoine une blague qu'on ne vit qu'au Liban.Triste.

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