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Nos lecteurs ont la parole

« C’est plus qu’un crime, c’est une faute »

Il ne s'agissait pas alors d'une gifle mais de l'exécution du duc d'Enghien. Et c'est Antoine Boulay de la Meurthe (non, ce ne fut pas Talleyrand, ni Fouché), ancien député aux Cinq-Cents, qui eut ce mot terrible. Aux yeux de nombre de nos lecteurs, l'incident Fattouche-Manal Daou s'inscrit dans la droite et longue lignée des « plus qu'un crime », de ces abus, exactions, excès qui ont parsemé la vie de la République post-1990. Ils le disent, chacun à sa manière, dans les lignes qui suivent.

« Je suis mère de trois enfants, il est député »

Nous avons hérité d'un pays, un pays merveilleux, un pays différent de tous les autres pays, et depuis des générations, nous nous sommes acharnés à le transformer en des territoires séparés par la haine, clôturés par le racisme confessionnel, et le tout couronné par une ignorance
orgueilleuse.
Honte à nous tous! Nous avons transformé la «Suisse de l'Orient» en une ferme obscure, livrée à tout errant, à tout criminel recherché, à tout avide de pouvoir... Nous nous sommes volontairement aveuglés devant toutes les cupidités de nos politiciens, devant leur corruption, leur égoïsme, devant leur handicap mental et, naïvement, nous continuons à les
applaudir.
Nous sommes un peuple bizarre: nous avons exporté partout dans le monde des écrivains, des artistes, des économistes, des hommes d'affaires, etc., et nous sommes incapables d'arracher l'ignorance et le racisme enracinés dans notre pays. Et, comme si cela ne suffisait pas, nous avons importé et nous importons encore toute sorte de handicaps culturels et idéologiques.
Je me demande comment le pays des Phéniciens, le pays de Gibran Khalil Gibran, de Mikhaël Neaïmé, de May Ziadé, d'Amin Maalouf, de Georges Schéhadé, de Fayrouz, de Marcel Khalifé, de Nidal Achkar, de Caracalla, des frères Rahbani – la liste peut facilement s'allonger–, comment un peuple est-il capable de défier la mort, le destin, et accepte d'être gouverné par des politiciens dont la majorité est composée d'égoïstes, d'hypocrites, de racistes et d'orgueilleux ridicules. Comment un peuple fier de son histoire, confiant en ses capacités et ses compétences à surmonter les nombreuses crises, un peuple écœuré par la corruption et prêt à changer et à se changer, se disant défenseur des droits de l'homme et des droits de la femme, comment peut-il, ce peuple, accepter d'avoir un député qui croit vivre dans un autre siècle, qui s'autorise à gifler une femme, qui se permet d'être violent, de manquer de politesse, de courtoisie, de savoir-vivre, de respect, et ce juste parce qu'il est député?
Honte à nous tous! Honte pour notre pays! Honte pour notre Liban!
Manal, tu es une mère de trois enfants, tu dois être fière, fière d'élever de bons citoyens, polis et respectueux. N'ai pas peur d'un mâle agressif et arrogant, n'ai pas peur d'un fantôme qui se cache derrière un titre, d'un être qui se croit supérieur aux citoyens.
Monsieur le député, la définition que propose le dictionnaire pour «député» est la suivante: «nom masculin, sens 1: membre d'un groupe chargé d'une mission déterminée; sens 2: membre élu pour faire partie de l'Assemblée nationale». Donc le peuple vous a élu pour contribuer au développement de la société, pour proposer des projets de loi, pour créer des emplois, pour combattre le décrochage scolaire, le chômage, la corruption et – je n'oublie certainement pas – de limiter la pollution. Vous êtes supposé travailler pour les Libanaises et les Libanais, pour leurs droits, pour notre pays. Vous êtes supposé donner l'exemple, le bon exemple à suivre. Malheureusement, il semble que vous ne sachiez rien de vos devoirs, de vos responsabilités, de vos dettes envers les Libanaises et Libanais. Il semble que vous ne connaissiez de tout cela que les beaux discours prononcés lors des campagnes électorales. Vous ne retenez de l'action du député que le titre, et bien sûr, tous les gains, les avantages et les privilèges qui s'y rattachent. L'ignorance vous aveugle.
Vous avez giflé une femme parce qu'elle n'a pas remarqué votre présence dans son bureau, parce qu'elle est occupée par son travail, par ses dossiers.J'espère que la gifle que vous avez donnée à cette femme vous a ouvert les yeux sur ce que vous êtes. Cette gifle est le reflet de votre personnalité, de vos valeurs, de vos faiblesses. J'espère que vous êtes conscient du fait que les beaux costumes peuvent cacher la nudité du corps, mais pas celle de la réalité. J'espère que vous savez que les titres peuvent donner des avantages, des profits, mais ne peuvent cacher l'arrogance cravatée, une arrogance qui – sans doute – fait rougir de honte tous les vrais hommes de mon pays.

Donia ZEINEDDINE
Montréal – CANADA

 

* * *

Pardon, Manal

Au Liban, il y a Amal et
Manal.
Amal c'est l'espoir. Celui de l'émancipation de la femme, de l'élégance, de l'intelligence, du succès et de la réussite.
Manal c'est le désespoir, le symbole de l'agression, de la soumission de la femme à l'homme, celle du citoyen honnête au politicien arrogant, celui qui a droit à tout et ne doit rien à personne.
Amal c'est le rêve. Manal c'est la gifle. Celle qui vous plaque contre terre. Non ce n'est pas la faute à Voltaire.
Ni à Netanyahu, ni à Baghdadi, ni à Gengis Khan.
C'est la mienne. C'est la nôtre.
Le fattouche n'a rien d'exceptionnel. Une salade de corruption, d'arrivisme, de misogynie et d'inculture. Un salmigondis de bâtardise. Le symbole de la vulgarité politicienne libanaise : d'une volonté d'hégémonie qui s'accroche au pouvoir comme la vipère à sa proie.
Manal, au nom des Libanais, excusez-nous. Non que je sois habilité à parler en leur nom, mais vous le savez, aujourd'hui, au Liban, on fait son propre mandat.
Cette gifle, on se la partage tous. Cette humiliation est la nôtre. Celle qu'on subit encore et toujours depuis des décennies. Manal, c'est chacun de nous.
Chacun d'entre nous qui, au quotidien, est le témoin désarmé et impuissant d'une régression humaniste, d'un reculement de l'État, et plus grave encore, d'un repli du sens de l'État. Nous évoluons, à l'évidence, du pouvoir inconscient à celui de l'agression, de l'injustice, de l'oligarchie et de la brimade.
En regardant Amal, on se dit que le seul espoir est, comme dans le mythe d'Icare, de
s'envoler.
On apprend chaque jour à ne plus nous laisser étonner par aucune expansion de bestialité. Chaque jour qui se lève nous apporte des infamies pires encore que celles de la veille. On devient de plus en plus sceptique quant à la possibilité d'une rédemption.
Mais Manal, toi le miroir de la société, toi l'archétype du Libanais voué à l'obscurantisme, j'ai envie malgré tout de te dire courage.
Malgré ce que nous et d'innombrables compagnons d'infortune avons subi d'humiliations et d'épreuves, il ne m'est pas possible de brimer (ou d'étouffer) tout à fait la foi de ma jeunesse en un nouveau redressement. Même de l'abîme de désespoir où nous allons aujourd'hui à tâtons, à demi aveugles, l'âme bouleversée et brisée, je ne cesse de relever les yeux vers ces anciennes constellations qui embrasaient le ciel levantin.
Pardon Manal. J'espère
encore...

Karl EL-KHOURY

 

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L'exemple du président uruguayen

M. Nicolas Fattouche, député de Zahlé, a agressé une employée du Palais de justice à Baabda chargée du dépôt des plaintes des avocats.
Si cela ne suffit pas au Libanais/es pour se révolter contre le renouvellement du Parlement, contre la discourtoisie de nos députes, contre la violence gratuite, contre la violation des droits de l'homme, contre l'arrogance de nos parlementaires, alors je ne vois pas ce qui peut les faire réagir.
Je m'adresse directement à vous, Monsieur Fattouche, expliquez-moi donc pourquoi le président de l'Uruguay, José Mujica, prend la queue comme n'importe qui dans les hôpitaux publics, et pourquoi vous ne pouvez aucunement attendre?
Pourquoi vous, avez-vous le droit de lever la main sur une femme, ou qui que ce soit, au nom de votre ego surdimensionné?
Et pourquoi donc vous, avez-vous le droit de réclamer des excuses de la part cette fonctionnaire, après l'avoir frappée? Mais quelles auraient été ses excuses?
– «Je m'excuse d'avoir été battue?»
– «Je m'excuse d'avoir fait mon travail?»
Monsieur Fattouche, vous êtes l'une des raisons pour lesquelles j'avais quitté le Liban et une des raisons pour lesquelles je suis souvent dégoûée d'être revenue.
Avec une gifle, ou quoi que ce soit d'autre, vous ne réussirez pas à vous imposer; au contraire, vous n'inspirerez que de la honte. Essayez donc la parole, le discours, l'écriture, mais vu vos actions, je doute que vos paroles soient plus respectueuses.
Vous vous trouviez au dépôt des plaintes des avocats et ne supportiez pas d'attendre; je peux vous assurer, Monsieur le député, que nous seront nombreux à attendre dans ce dépôt afin de porter plainte contre vous.

Magali DANDOLO
Étudiante en sciences politiques – USJ

 

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Les députés au service de la démocratie ?

Le Parlement représente la volonté de la nation. Il est élu par le peuple et pour le peuple, et la périodicité des élections des députés assure la transparence du régime démocratique et est une garantie pour les citoyens. Ces idées sont des assises indispensables au régime démocratique, assises que le Liban a aujourd'hui perdues.
Comment le mandataire qui représente le mandant, de sa propre volonté, prolonge-t-il son mandat? Son pouvoir ne procède-t-il pas de la confiance du mandant en lui? N'est-il pas en train de trahir cette confiance en écartant totalement sa volonté et en lui substituant la sienne?
Peut-être pourrait-on fermer l'œil sur ces inacceptables atteintes à la démocratie si les députés en question votaient les lois indispensables à la nation et en étaient vraiment le porte-parole. Mais avec des sessions parlementaires d'où un grand nombre de députés sont absents et avec des lois non encore adoptées, ce qui ne cessent de troubler la société civile, comme la loi sur la grille des salaires dans secteur public ou la loi des finances qui aurait dû être votée il y a huit ans, et bien d'autres, peut-on vraiment dire que nos députés font leur travail? Pourquoi alors proroger leur mandat sous le couvert de «la peur du vide institutionnel»?
Est-ce vraiment un régime démocratique, avec des représentants élus, si la volonté de la nation n'est pas celle de ses représentants?
En fait, quel est ce phénomène inexplicable qui fait de l'accession au pouvoir un bien auquel nos députés ne veulent plus renoncer? Montesquieu n'a pas tort lorsqu'il dit: «C'est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser.» Nos députés ne sont pas une exception à cette règle.
Le peuple libanais vous prie, chers députés, de renoncer à vos charges après la première prorogation de 17 mois de votre mandat et de ne pas refaire la même faute une seconde fois.
Ou peut-être qu'en fin de compte, le régime démocratique d'Athènes et de Périclès n'aurait jamais vocation à s'exercer dans notre Liban, toujours exception à toutes les règles.

Anna-Christina HOKAYEM

« Je suis mère de trois enfants, il est député »
Nous avons hérité d'un pays, un pays merveilleux, un pays différent de tous les autres pays, et depuis des générations, nous nous sommes acharnés à le transformer en des territoires séparés par la haine, clôturés par le racisme confessionnel, et le tout couronné par une ignoranceorgueilleuse.Honte à nous tous! Nous avons transformé la «Suisse de l'Orient» en une ferme obscure, livrée à tout errant, à tout criminel recherché, à tout avide de pouvoir... Nous nous sommes volontairement aveuglés devant toutes les cupidités de nos politiciens, devant leur corruption, leur égoïsme, devant leur handicap mental et, naïvement, nous continuons à lesapplaudir.Nous sommes un peuple bizarre: nous avons exporté partout dans le monde des écrivains, des artistes, des...
commentaires (3)

LE SILENCE HIBA MIN ALLAH... LES JACASSEMENTS SUR LES ÉCRANS TCHIRCHO7 YIA CHABÉB !

La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

14 h 13, le 28 octobre 2014

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Commentaires (3)

  • LE SILENCE HIBA MIN ALLAH... LES JACASSEMENTS SUR LES ÉCRANS TCHIRCHO7 YIA CHABÉB !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    14 h 13, le 28 octobre 2014

  • ON DONNE TROP D'INTÉRET ET D'IMPORTANCE À UN PLAT DE FATTOUCHE... Où LA SALADE DÉBORDE... SUR LE BANC DE LA CUISINE GASTRONOMIQUE...

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    09 h 49, le 28 octobre 2014

  • Cette époque "fa(ttoû)chiste" est le mélange le plus varié de contradictions criantes : des "avocats" qui conTestent ouvertement la Loi ; des putschistes qui se déclarent "parlementaires" ; des "députés" qui veulent rester tout-puissants et restent sûrement constamment provocants ; une "populace" qui fait de la patience une profession et se console de ses défaites présentes en prophétisant sa victoire prochaine, des rétrogrades retors qui se considèrent comme les "Pères" véritables de la patrie, et sont contraints par les circonstances de masquer leurs idées archaïques et de conserver les idées démocratiques qu'ils haïssent ; une bête marelle ministérielle qui puise sa "force" dans sa faiblesse même et sa "respectabilité" dans le mépris qu'elle inspire ; un Système qui n'est autre chose que la combinaison de deux infamies : le Zaïîm sectaire et le Zaïîm laïc, avec en sus une étiquette misogyne. Des promesses dont la première clause est d'office leur négation ; des batailles dont la première loi est l'agression. Au nom du système en ordre "parfait", une nette agitation sauvageonne sans objet ; au nom de l’évolution, le prêche le plus solennel en faveur de ce système et de son ordre "parfait". Histoire sans événements, développements dont la seule force motrice semble être le calendrier essentiellement marchand repus et bedonnant Phénico-libanais(h), uuuuft,…. d'un "Zahliote?!", yîîîh, de Zahléééh !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    07 h 14, le 28 octobre 2014

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