Des partisans de Dilma Rousseff célébrant leur victoire hier. Evaristo Sa/AFP
Près de 143 millions de Brésiliens ont voté hier pour le deuxième tour de la présidentielle, divisés selon leurs classes sociales entre la sortante de gauche Dilma Rousseff, créditée d'une légère avance, et l'opposant de centre droit Aecio Neves.
Après la campagne la plus serrée et la plus virulente de l'histoire récente du Brésil, cette élection est considérée comme un plébiscite sur 12 ans de gouvernement du Parti des travailleurs (PT, gauche). Les Brésiliens ont été partagés durant la campagne présidentielle entre partisans de la poursuite des conquêtes sociales qui ont sorti 40 millions de personnes de la pauvreté et ceux d'une alternance pour relancer l'économie en berne.
La présidente brésilienne Dilma Rousseff devance d'une très courte tête avec 51,45 % des voix son adversaire de centre droit Aecio Neves qui en totalise 48,55 %, selon des résultats partiels officiels publiés hier soir. Ces résultats ne permettent pas encore de déterminer avec certitude le vainqueur officiel de l'élection présidentielle, a toutefois souligné le Tribunal supérieur électoral à Brasilia.
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Le vote s'est déroulé calmement. Mais un incident a été signalé à Mossoro (Nord-Est) où un électeur de 20 ans a été abattu par balle par un inconnu devant un bureau de vote « apparemment dans un règlement de comptes », selon la police.
La présidente Rousseff a voté à Porto Alegre (extrême Sud), posant tout sourire devant les photographes en sirotant une calebasse de mate, la boisson locale, avant de regagner la capitale Brasilia. « Je suis sûre que le Brésil est, et continuera d'être, l'une des plus grandes nations démocratiques de cette planète », a déclaré à la presse la première femme élue à la tête du plus vaste pays d'Amérique latine en 2010.
Le candidat du « changement », Aecio Neves, a voté dans une école de Belo Horizonte, capitale du Minas Gerais (Sud-Est) dont il a été deux fois gouverneur.
Sous les cris « Aecio vainqueur » de ses militants, il est apparu dans un fracas de pétards, décontracté au côté de sa jeune épouse, ex-mannequin, en chemise bleue, la couleur des « Toucans » du Parti de la social-démocratie brésilien (PSDB).
Deux projets
« Aujourd'hui nous avons à choisir entre deux projets. Le nôtre fera que le Brésil continuera à croître avec plus de santé et d'éducation. Le changement a déjà commencé ! » a-t-il écrit sur son compte Twitter.
À Higienopolis, quartier huppé de São Paulo, capitale économique du pays et fief du PSDB, la préférence allait à M. Neves. « Je vote Neves car l'alternance au pouvoir est importante. En plus, le Brésil doit retrouver sa croissance et nous sommes fatigués des scandales de corruption », a déclaré à l'AFP Roberto Carlos da Silva, un médecin de 34 ans.
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Du côté des partisans de Mme Rousseff, Rita Azevedo, professeure de 51 ans, reste fidèle tout en se montrant critique : « Je crois toujours au PT qui a radicalement réduit la pauvreté. Tout le système politique est corrompu et la corruption ne se limite pas à un parti. »
Élue en 2010 dans l'euphorie finissante de l'âge d'or de la présidence de son mentor Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010), l'ex-guérillera Dilma Rousseff avait hérité d'une croissance économique annuelle de 7,5 %. Elle a amplifié les programmes sociaux qui bénéficient à un quart des 202 millions de Brésiliens, lui valant un large soutien dans les couches populaires et les régions pauvres du Nord-Est.
Mais Mme Rousseff a été confrontée à une économie en plein ralentissement et à des scandales de corruption qui ont terni l'image du PT.
L'économiste Aecio Neves, pur produit de l'élite brésilienne à la réputation de jet-setteur fêtard, est soutenu par les milieux d'affaires, la droite classique et une partie des déçus du PT. Il a promis un « choc de gestion » pour regagner la confiance des investisseurs et relancer l'économie. Surfant sur l'indignation des Brésiliens, il a fait de la lutte contre la corruption l'un des axes de sa campagne, même si le PSDB, au pouvoir de 1995 à 2002, a lui-même été dans le passé éclaboussé par de nombreuses affaires.
Aecio Neves, largement favori dans ces régions depuis le premier tour, y a été rattrapé par Mme Rousseff.
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