Les Tunisiens ont voté hier à l'occasion des élections législatives, les secondes depuis le soulèvement populaire de 2011. Alors que ce scrutin était considéré crucial dans un pays présenté comme la « lueur d'espoir » d'une région tourmentée, la participation s'annonçait, elle, moyenne, s'établissant à environ 60 % à la fermeture des bureaux de vote à 18h00, soit un peu plus de trois millions d'électeurs à travers le pays.
L'instance organisant les élections (Isie) devrait annoncer des résultats à partir d'aujourd'hui. Si une multitude de listes étaient en course, les islamistes d'Ennahda et leurs principaux détracteurs séculiers de Nidaa Tounès étaient largement favoris. Le vote d'hier était crucial car il doit permettre à la Tunisie de se doter d'institutions pérennes près de quatre ans après le soulèvement qui donna le coup d'envoi au printemps arabe, mais nombre d'observateurs misaient sur une abstention importante compte tenu de l'ampleur des espoirs déçus en Tunisie.
En effet, le pays souffre encore de profondes difficultés économiques et sociales, facteurs-clés de la révolution qui chassa en janvier 2011 Zine el-Abidine Ben Ali du pouvoir. Il a aussi traversé une profonde crise politique en 2013. Dans les bureaux de vote, l'ambiance était néanmoins au beau fixe, les électeurs se félicitant les uns les autres après avoir glissé un bulletin dans l'urne et trempé leur index gauche dans de l'encre indélébile.
Scrutin satisfaisant
Malgré les craintes de troubles, notamment d'attaques jihadistes, le vote s'est déroulé sans incidents majeurs. Les autorités avaient déployé 80 000 policiers et soldats pour assurer la sécurité de ces élections qui devaient déterminer les 217 députés tunisiens pour les cinq ans à venir. Pour les représentants de la mission de l'Union européenne, le processus s'est dans l'ensemble bien déroulé. « Jusqu'à présent nous constatons que les choses se déroulent de façon plus que satisfaisante », a déclaré dans l'après-midi Annemie Neyts-Uyttebroeck, la chef de la mission d'observation électorale de l'UE.
Le Premier ministre Mehdi Jomaa a salué, lui, une « journée historique » et « une lueur d'espoir pour les jeunes dans la région », alors que les autres pays du printemps arabe sont pour l'essentiel plongés dans le chaos ou la répression. Selon les analystes, deux partis partent favoris : Ennahda, au pouvoir de fin 2011 à début 2014, et ses principaux détracteurs de Nidaa Tounès, une formation hétéroclite rassemblant aussi bien des anciens opposants au dictateur déchu Zine el-Abidine Ben Ali que des caciques de son régime.
Pas de majorité
L'ensemble de la classe politique a axé la campagne sur deux grands thèmes : la sécurité, la Tunisie étant confrontée depuis la révolution à l'essor de factions jihadistes, et l'économie, qui reste anémique et gangrénée par le chômage et la misère, facteurs-clés du soulèvement de 2011.
Le président de Nidaa Tounès, Béji Caïd Essebsi, a effectué son devoir de citoyen en lançant « Vive la Tunisie », tandis que le chef d'Ennahda, Rached Ghannouchi, se réjouissait du fait que « les Tunisiens soient très attachés à la démocratie ».
Mais le mode de scrutin favorisant les petites formations, les principales forces politiques ont d'ores et déjà souligné qu'aucun parti n'aurait de majorité pour gouverner seul. Ennahda, qui a dû quitter le pouvoir début 2014 à l'issue d'une année 2013 marquée par une crise politique, dit vouloir former un cabinet consensuel, se disant même prêt à une alliance de circonstance avec Nidaa Tounès. Mais le grand parti séculier, qui se pose en unique alternative à Ennahda et le qualifie régulièrement de parti obscurantiste, prévoit pour sa part, en cas de victoire, de former une coalition avec des formations idéologiquement proches.
(Source : AFP).


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