Le Holliday Inn vu par l’artiste.
Sept tableaux en tons gris béton et ocre terreux (compositions faites de collages, plexiglas, tôle ondulée, impressions de films et morceaux de bois) et une installation où sévit un franc-tireur embusqué. En abordant ce sujet sulfureux de traquer les lâches, les tueurs à gages et les mercenaires distribuant aveuglément la mort, Salam Omar fait revivre non seulement les jours plombés et de terreur de la guerre, mais pose la problématique et l'éthique de tout ce qui agresse. Surtout ce qui surgit de l'ombre. Du soigneusement caché, camouflé. Une parole, parfois ou souvent, peut être plus meurtrière qu'une chevrotine...
Irakien issu d'une famille cultivée où poésie et sculpture sont une expression courante, la silhouette ronde, la tête rasée, les lunettes à grosse monture noire, à 55 ans, Salam Omar, après plus de 15 expos (carrière entamée en 1987), laisse de côté ses dessins, ses fusains, ses portraits, ses représentations abstraites. Interpellé par une réalité violente, lot de tout le monde arabe. Monde en proie à l'absurde de la destruction. Pour se pencher sur un monde effrayant : celui de ce franc-tireur caché dans des immeubles en gruyère ou entre un mur de sacs de sable. Dans des venelles lépreuses, louches et désertées.
On regarde avec effarement cet univers de la sinistrose, enfant gâté, nauséeux et nauséabond, des immondices et de la destruction. Et là fleurit ce fusil à l'affût : sentinelle sadique entre deux rais de lumière d'une meurtrière pas plus grande qu'un chas d'aiguille...
Quelle différence entre ces hommes encagoulés qui pratiquent la violence comme un rituel vital, sanguinaire, et ce chasseur perfide, sans visage ni identité, enfoui dans les coins obscurs, la gâchette leste et prompte ? Comme un serpent venimeux tapi au ventre d'une grotte, le venin au bout d'une langue bifide, impatient de se dérouler et de mordre ?
Images répugnantes qui ramènent aux périodes noires du Liban et aujourd'hui un peu partout au monde de l'arrière-pays. C'est après une sérieuse enquête et documentation de plusieurs années, telle une filière policière, que Salam Omar a détecté ces lieux (immeuble Barakat et tour Murr, un projet encore inabouti) pour planter le décor d'un univers parallèle où personne n'osait s'aventurer, ou si peu.
Terrifiante est cette installation grise comme un bâtiment de la Stasi, en une architecture impeccable où les murs sont une enfilade de petites ouvertures. Pour briser une vie ou arrêter le cours normal d'une traversée humaine, à travers une visière d'arme automatique pointée sur tout ce qui bouge, dans des chambres obscures et polluées.
Les confidences de Salam Omar vont au-delà d'un témoignage sur l'abject de l'attitude des hommes. Elles sont aussi sur un plan universel pour détecter tout mal qui vient d'autrui, de l'autre. À ces images à la douteuse beauté funéraire s'ajoute la réflexion de l'artiste, plasticien virtuose, en érigeant avec les épaves de l'humanité, une œuvre d'art.
En substance, ces propos : « J'ai peur de l'invisible, de l'ignoré. Il faut savoir lire cette part d'ombre soigneusement enterrée en chacun de nous. Un langage à décoder, à désarticuler, une bombe à désamorcer. Car le mal n'est pas seulement matériel mais aussi rationnel... On ne prend jamais suffisamment garde de tout... »


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