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Liban - Archéologie

« De l’Assyrie à l’Ibérie à l’aube de l’époque classique », une exposition phare au Met

Des pièces du musée national ont fait le voyage jusqu'à New York.

Un torse de Sidon parmi les pièces exposées.

L'exposition phare organisée par le Metropolitan Museum of Art de New York (Met), ayant pour thème « De L'Assyrie à l'Ibérie à l'aube de l'époque classique », tombe dans une période de grands remous politiques où tous les regards sont tournés vers la région stratégique du Moyen-Orient. Pour marquer l'importance de cet événement « historique », le secrétaire d'État américain John Kerry, accompagné de la directrice de l'Unesco, Irina Bokova, ont fait une apparition publique, pour jeter un regard sur les anciennes civilisations au premier millénaire de cette partie du monde. C'est dans la galerie du temple de Dendour que les deux leaders ont prononcé un discours sur la menace que le groupe de l'État islamique pose au patrimoine de la région. « Notre intention est de nous concentrer sur une période de transition, de bouleversement et la mondialisation », a indiqué Joan Aruz, conservatrice en chef du département d'art du Proche-Orient ancien et organisatrice de l'exposition.


À travers 260 œuvres d'art prêtées par d'importantes collections d'Europe occidentale, du Caucase, du Moyen-Orient, d'Afrique du Nord et des États-Unis, provenant de 41 musées de 14 pays dont le Liban, cette exposition historique retrace les racines profondes des rapports entre le Proche-Orient ancien et les terres bordant la Méditerranée, ainsi que leur impact sur les traditions artistiques qui se sont développées dans cette région. Des parallèles sont aussi mis en exergue entre les œuvres exposées et celles du département d'art ancien du Proche-Orient du Met.

 

Trois pièces libanaises exposées
Pour l'organisation de cette exposition, « une équipe du Met s'est rendue à Beyrouth, il y a trois ans, pour faire la sélection des pièces à exposer », a indiqué Joan Aruz à L'Orient-Le Jour. Ces trois pièces sont notamment un torse de Sidon, en pierre calcaire, datant des VIe-Ve av. J-C, dont la police d'assurance est estimée à 500 000 dollars ; un bracelet scarabée, datant du Ve av. J-C, en or, argent et améthyste, de Magharet Tablum, à Sidon, d'une valeur estimée à 250 000 dollars ; et un peigne en ivoire, datant du Ve av. J-C, de Magahret Tablun, assuré pour une valeur de 250 000 dollars.


Une autre occasion manquée pour le Liban ? Le sarcophage d'Ahiram, qui se trouve au Musée de Beyrouth, est la pièce maîtresse qui intéresse vraiment le Met. Ce sarcophage datant du début du millénaire av. J-C, destiné à recevoir la dépouille d'Ahiram, roi phénicien de Byblos, comporte la plus ancienne inscription gravée en alphabet phénicien. Ce tombeau n'a pu faire partie du voyage car le Musée national et le ministère de la Culture n'ont pas accordé l'autorisation officielle pour son déplacement à New York. En revanche, une photo du sarcophage, accompagnée d'un long laïus explicatif, est affichée dans la même galerie phénicienne, non loin de la statue du jeune homme et la tête d'une jeune femme excavée à Byblos, prêtée par le musée du Louvre.

 

Puissance dominante
À son apogée aux VIIIe et VIIe siècles av. J-C, l'Empire assyrien était la puissance dominante du Proche-Orient et le plus grand empire que le monde ait jamais vu, couvrant plus de 1 600 km, allant de l'Assyrie (aujourd'hui le nord de l'Irak) à la Méditerranée. Avec l'expansion de l'Assyrie, les cités phéniciennes du Levant, qui occupaient des positions précaires le long du territoire assyrien, ont été contraintes de se développer et de consolider leurs réseaux maritimes vers l'ouest. Les routes commerciales qu'elles ont établies au nord de Gibraltar et au-delà jusqu'à l'océan Atlantique sont devenues des canaux d'échanges entre le Proche-Orient et la Méditerranée pour les matières premières et les produits précieux, ainsi que pour la culture et les idées.


L'exposition s'articule autour de trois thèmes principaux : l'expansion terrestre de l'Assyrie de la Mésopotamie du nord-est vers l'ouest, grâce à des conquêtes militaires du premier millénaire av. J-C ; l'expansion maritime de la Phénicie, grâce au développement de ses échanges commerciaux et la fondation de colonies ; et l'adaptation de l'imagerie et des techniques du Proche-Orient par les artisans de la Méditerranée occidentale. La dernière galerie de l'exposition présente des œuvres représentant la chute de l'Empire assyrien et l'émergence de Babylone après le pillage de Ninive (la capitale assyrienne) en 612 av. J-C, avec des références aux passages pertinents de la Bible, des récits épiques d'Homère et d'autres textes portant sur les personnages historiques, les lieux, les traditions et les événements présentés dans l'exposition.

 

L'expansion phénicienne
Une importante partie de l'exposition est consacrée à l'expansion phénicienne. Célébrés dans l'Odyssée d'Homère, les Phéniciens, marins audacieux et navigateurs expérimentés, sillonnaient la Méditerranée en quête de métaux dont regorgeait la Méditerranée occidentale, établissant des comptoirs et des colonies dans toute la région, notamment à Carthage, sur la côte africaine. Les matières premières acquises par les Phéniciens étaient transformées en produits de luxe par des artisans très recherchés dans l'ensemble du Proche-Orient et de la Méditerranée, comme en témoigne le bracelet au scarabée (égyptien) de Sidon. Les artisans phéniciens alliaient avec talent les éléments de plusieurs cultures différentes, avec une prédilection pour les motifs égyptiens.


L'exposition raconte le talent commercial des marchands phéniciens qui détenaient le monopole de la pourpre, précieuse teinture rouge violacée (le mot phénicien est dérivé de l'ancien mot grec signifiant violet). Les Phéniciens ont introduit leur alphabet phonétique, ancêtre de l'alphabet utilisé aujourd'hui dans l'hémisphère ouest, dans toute la Méditerranée. C'est ainsi que l'accent est mis sur les principales villes phéniciennes,Tyr, Sidon, Byblos, Arouad, qui se trouvaient sur une étroite bande de terre, le long de la côte du Liban et de la Syrie actuels. Ces villes ont fait fortune grâce au commerce. Bien qu'elles aient été séparées des Assyriens par une chaîne de montagnes à l'est, une bande de bronze gravée provenant d'une ancienne porte de Balawat représente les habitants de Tyr apportant un tribut au roi Salmanazar II (858-824 av. J-C) sur des navires typiquement phéniciens appelés « hippoi », du fait des têtes de chevaux qui ornaient l'étrave et la poupe. L'exposition nous entraîne aussi à Chypre qui regorgeait de dépôts de cuivre, une importante ressource pour les puissances du Proche-Orient. Pour les Phéniciens, Chypre était aussi le point de départ pour les destinations plus à l'ouest de la Méditerranée.


Organisée avec le soutien de la Fondation Hagop Kevorkian, de la Fondation Stavros Niarchos, de Dorothy et Lewis Cullaman, ainsi qu'une fondation anonyme et The Friends of Innanna, cette exposition envoûtante et exhaustive, qui a exigé six ans de préparation, restera à l'affiche jusqu'au 4 janvier 2015. Elle est accompagnée d'un magnifique catalogue illustré, réalisé par Joan Aruz en collaboration avec Sarah B. Graff et Yelena Yakic, et distribué par Yale University Press.

L'exposition phare organisée par le Metropolitan Museum of Art de New York (Met), ayant pour thème « De L'Assyrie à l'Ibérie à l'aube de l'époque classique », tombe dans une période de grands remous politiques où tous les regards sont tournés vers la région stratégique du Moyen-Orient. Pour marquer l'importance de cet événement « historique », le secrétaire d'État américain John Kerry, accompagné de la directrice de l'Unesco, Irina Bokova, ont fait une apparition publique, pour jeter un regard sur les anciennes civilisations au premier millénaire de cette partie du monde. C'est dans la galerie du temple de Dendour que les deux leaders ont prononcé un discours sur la menace que le groupe de l'État islamique pose au patrimoine de la région. « Notre intention est de nous concentrer sur une période de...
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