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À La Une - Portraits

Qui sont les deux Nobel de la paix?

Quarante-trois ans séparent la Pakistanaise Malala Yousafzaï et l'Indien Kailash Satyarthi.

Le président du comité Nobel norvégien, Thorbjorn Jagland, présentant les deux lauréats 2014. AFP/NTB SCANPIX/VEGARD WIVESTAD GROTT

Malala, rescapée des talibans, devenue symbole mondial de la lutte pour l'éducation

 AFP/STR

 

La Pakistanaise Malala Yousafzaï, qui a obtenu vendredi à 17 ans le prix Nobel de la Paix, est une militante pour le droit à l'éducation des femmes propulsée symbole mondial de la lutte contre l'extrémisme après avoir réchappé in extremis à une attaque des talibans.

Le 9 octobre 2012, il y a deux ans presque jour pour jour, des islamistes font irruption dans son bus scolaire à la sortie des classes à Mingora, dans sa vallée de Swat (nord-ouest du Pakistan), et l'un d'eux demande: "qui est Malala?". Puis il lui tire une balle dans la tête. Le projectile ricoche sur le coin gauche du crâne et ressort par la nuque. Entre la vie et la mort, l'adolescente est évacuée dans un hôpital de Birmingham, en Grande-Bretagne, où elle reprend conscience six jours plus tard. La légende Malala est née.

"J'étais terrifiée. La seule chose que je savais c'est qu'Allah m'avait bénie en m'accordant une nouvelle vie", a raconté l'adolescente dans son autobiographie "Moi, Malala", un best-seller international en partie boudé dans son Pakistan natal. La jeune fille vit aujourd'hui à Birmingham, dans le centre de l'Angleterre, et se trouvait vendredi à l'école quand le prix lui a été attribué, conjointement avec l'Indien Kailash Satyarthi, qui milite contre l'exploitation des enfants.

Depuis son départ du Pakistan, elle a participé à plusieurs conférences internationales où elle a plaidé pour la paix et l'éducation des enfants, demandant aux dirigeants mondiaux "d'envoyer des livres, pas des armes!" dans les pays pauvres. Elle a aussi plaidé auprès du président nigérian Goodluck Jonathan pour qu'il rencontre les parents des lycéennes enlevées par le groupe islamiste armé Boko Haram. Lauréate l'an dernier du prix Sakharov de l'Union européenne pour les droits de l'homme, elle figurait déjà l'an dernier sur la liste des favoris du Nobel de la paix, finalement remporté par l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques chargée de superviser l'arsenal syrien.

 

Amoureuse des livres
Long voile traditionnel tombant sur ses cheveux bruns, joues rondes et teint hâlé, regard franc et lumineux, voix flutée, Malala a commencé son combat en 2007, lorsque les talibans imposent leur loi dans sa vallée de Swat, jusque-là paisible région touristique qui lui valait le surnom de "Suisse du Pakistan". Du haut de ses 11 ans, Malala, fille d'un directeur d'école qui exerce sur elle une énorme influence et d'une mère illettrée, alimente un blog sur le site de la BBC en ourdou, la langue nationale. Sous le pseudonyme de Gul Makai, elle y décrit le climat de peur régnant dans sa vallée.

 

Le nom de cette gamine pleine de sang-froid, amoureuse des livres et du savoir, commence à circuler à Swat, puis dans le reste du pays lorsqu'elle remporte un prix pakistanais pour la paix. Les talibans, délogés de sa vallée par l'armée en 2009, décident alors d'éliminer celle qu'ils accusent de véhiculer "la propagande occidentale". L'attaque contre l'écolière aura l'effet inverse : elle choque au Pakistan, et encore plus à l'étranger, notamment en Occident où elle devient une star.

Portrait exposé à la National Gallery de Londres, autobiographie au lancement planétaire, tee-shirts à vendre en ligne, conférences internationales, rencontres avec des chefs d'Etat: deux ans après l'attaque, Malala est connue du monde entier.

 

"La plume plus forte que l'épée"
Mais son hyper-médiatisation ne plaît pas à tout le monde dans sa vallée déchirée par les violences et les soubresauts de l'Afghanistan voisin. Les cercles islamistes voient en elle un "agent des Etats-Unis" ou "de l'Occident", créé pour corrompre la jeunesse et propager une culture anti-islamique.

L'adolescente, dont le coin de la bouche demeure paralysé, répond à ses détracteurs en affirmant, comme à l'été 2013 au siège de l'ONU à New York, que "la plume est plus forte que l'épée" et qu'elle ne ressent "aucune haine envers le taliban" qui l'a attaquée. Elle dit rêver de devenir un jour femme politique au Pakistan. Pour son discours à l'ONU, elle portait un châle ayant appartenu à Benazir Bhutto, la seule femme à avoir été Premier ministre du "pays des purs", assassinée fin 2007 peu de temps après son retour d'exil.

 

L'Indien Satyarthi, à la pointe du combat contre l'esclavage des enfants

REUTERS/Adnan Abidi

 

L'Indien Kailash Satyarthi, prix Nobel de la paix avec Malala, combat depuis plus de 30 ans, dans la discrétion, pour sortir de l'esclavage des dizaines de milliers d'enfants en Inde.

Satyarthi, âgé de 60 ans, incarne la lutte contre le travail des enfants, pratique encore largement répandue dans les usines ou à domicile comme domestique. Ingénieur électrique de formation, il a fondé le "Bachpan Bachao Andolan" ou "Mouvement pour sauver l'enfance" en 1980. Son train de vie est modeste et ses sorties publiques sont réservées au service de sa cause.

Originaire de l'Etat du Madhya Pradesh, dans le centre de l'Inde, le nouveau prix Nobel s'est dit ravi de ce prix, "une reconnaissance" de son "combat en faveur des droits des enfants". Il a débuté son engagement en organisant des raids contre des usines et des ateliers, dans le but de libérer des familles entières contraintes de travailler pour rembourser un prêt qu'elles avaient contracté. Exploitées et incapables de rembourser, ces familles sont souvent vendues à d'autres patrons.

M. Satyarthi préside également la "Global March Against Child Labor", un mouvement constitué de quelques 2.000 associations et mouvements syndicaux dans quelque 140 pays. En récompensant Malala Youzafsai, 17 ans, et Kailash Satyarthi, le Comité Nobel norvégien a voulu saluer leur combat contre "l'oppression des enfants et des jeunes et pour le droit de tous les enfants à l'éducation". "Employer des enfants est illégal et contraire à l'éthique", souligne Satyarthi sur le site de la Global March Against Child Labour. "Si ce n'est pas maintenant, alors quand? Si ce n'est pas vous, alors qui? Si nous sommes capables de répondre à ces questions fondamentales, alors peut-être pourrons-nous éliminer cette tâche que constitue l'esclavage humain", dit-il.

En 2007, il avait ainsi organisé une marche de plusieurs milliers de kilomètres contre le trafic d'enfants le long de la frontière de l'Inde avec ses voisins d'Asie du sud. "A moins de toucher les gens ordinaires, il est impossible de régler le problème du trafic qui est une forme d'esclavage", expliquait-il alors.

L'Indien a également fondé RugMark, un label qui garantit que les tapis disposant de cette certification n'ont pas été fabriqués par des enfants. Satyarthi décrit et dénonce en termes forts l'esclavage des enfants au travail. "S'ils demandent leurs parents, ils sont battus, quelquefois pendus par les pieds à un arbre ou même marqués et brûlés à la cigarette", disait-il dans un entretien en 2010 au Robert F. Kennedy Centre for Justice and Human Rights.

Le militant indien s'est également impliqué dans la création d'un centre dans l'Etat du Rajasthan qui forme des travailleurs sortis de leur esclavage. Satyarthi raconte que sa prise de conscience s'est faite dès l'âge de 6 ans quand il a vu un garçon de son âge sur les marches à l'extérieur de l'école en train de brosser des chaussures avec son père. Voyant tant d'enfants travailler plutôt que d'aller à l'école, il a ressenti de plus en plus fortement la nécessite de s'engager pour venir à bout de ce fléau. "Je vois tout cela comme un test. Il s'agit d'un examen moral que l'on doit passer, celui de se dresser contre de tels fléaux sociaux", dit-il dans son entretien au centre Kennedy.

 

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Malala, rescapée des talibans, devenue symbole mondial de la lutte pour l'éducation

 AFP/STR
 
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Le 9 octobre 2012, il y a deux ans presque jour pour jour, des islamistes font irruption dans son bus scolaire à la sortie des classes à Mingora, dans sa vallée de Swat (nord-ouest du Pakistan), et l'un d'eux demande: "qui est Malala?". Puis il lui tire une balle dans la tête. Le projectile ricoche sur le coin gauche du crâne et ressort par la nuque. Entre la vie et la mort, l'adolescente est évacuée dans un hôpital de Birmingham, en Grande-Bretagne, où...
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