L'attaque militaire lancée dimanche dernier par le Front al-Nosra contre des positions du Hezbollah à Brital a constitué, à n'en point douter, un tournant dans l'implication du parti chiite pro-iranien dans la guerre syrienne aux côtés du régime de Bachar el-Assad. Cette offensive éclair, qui a fait de nombreuses victimes dans les deux camps, a été placée par l'organisation jihadiste syrienne sous le thème de « confrontation avec l'ennemi ». Le Front al-Nosra considère en effet le Hezbollah comme un ennemi qu'il se doit de combattre par tous les moyens disponibles.
Les sources proches de l'organisation syrienne affirment dans ce cadre que l'objectif de l'opération n'était pas d'occuper les positions du Hezbollah, mais plutôt de lancer une attaque ponctuelle s'inscrivant dans le cadre d'une guérilla menée contre l'allié de Téhéran. Les mêmes sources relèvent sur ce plan que les attaquants ont choisi intentionnellement une région chiite où les forces régulières ne sont pas positionnées, le but étant d'éviter toute confrontation avec la troupe. Et de souligner à cet égard que l'armée s'est abstenue de riposter et de participer aux combats de Brital.
Les sources précitées indiquent en outre que l'objectif d'al-Nosra est de mener une guerre d'usure contre le Hezbollah. La bataille de Brital serait ainsi un premier pas sur ce plan, qui serait suivi d'autres opérations ponctuelles visant à s'en prendre à d'autres régions chiites dans le but de déstabiliser les rangs du Hezbollah.
Les milieux du parti pro-iranien donnent évidemment une toute autre version des faits. Ils indiquent d'abord que l'armée est intervenue lors de l'opération de Brital par le biais de son artillerie qui a bombardé les miliciens du Front al-Nosra. Les mêmes milieux affirment que les assaillants avaient pour objectif d'occuper les positions attaquées et de contrôler certains villages afin d'assurer des voies de ravitaillement. Ce dernier objectif est d'autant plus vital pour les jihadistes retranchés dans le jurd de Ersal que l'armée libanaise a réussi récemment à isoler ce jurd de la localité de Ersal, ce qui prive les miliciens fondamentalistes d'une importante position de repli et de ravitaillement durant la saison d'hiver. Dans la perspective des grands froids, les jihadistes sont donc à la recherche de voies de ravitaillement et de positions de repli, le jurd de Ersal étant difficilement tenable après la chute de neige. Les sources du Hezbollah affirment toutefois que les miliciens du parti chiite sont en mesure dans un tel contexte de faire face à toute nouvelle offensive. Les sources en question stigmatisent sur ce plan les appels répétés à un retrait du Hezbollah de Syrie.
Il reste que les ténors du 14 Mars persistent et signent à ce sujet et continuent de soutenir que c'est bel et bien l'implication du Hezbollah dans la guerre syrienne qui a abouti à l'intervention des jihadistes syriens sur la scène libanaise, ces derniers affirmant que leur riposte naturelle à la participation du parti chiite pro-iranien aux combats en Syrie est leur attaque menée contre les positions du Hezbollah au Liban.
Dans ce cadre, certaines sources politiques sur la scène locale précisent que les responsables du Front al-Nosra ont transmis aux dirigeants libanais, par le biais de l'émissaire qatari, un ensemble de doléances dont notamment : la non-intervention de l'armée si les miliciens d'al-Nosra mènent de nouvelles attaques contre le Hezbollah ; l'arrêt des agressions contre les réfugiés syriens ;
la libération de près de 1 500 Syriens détenus au Liban ; la garantie d'une libre circulation pour assurer une voie de ravitaillement entre Ersal et le jurd.
Face à ces revendications, un responsable sécuritaire émet la crainte que le Front al-Nosra augmente la pression sur l'État libanais en menant de nouvelles opérations semblables à celle de Brital dans la Békaa-Ouest et même au Liban-Sud, ce qui ouvrirait la voie à une escalade dans la confrontation entre le Hezbollah et les opposants syriens. De là à affirmer que cette menace implique qu'il est devenu impératif d'élire un nouveau président de la République, il n'y a qu'un pas que des milieux diplomatiques n'hésitent pas à franchir.
Liban - L’Éclairage
Le Front al-Nosra chercherait à mener une guerre d’usure contre le Hezbollah
OLJ / Par Philippe Abi-Akl, le 09 octobre 2014 à 00h00


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19 h 26, le 09 octobre 2014