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Nos lecteurs ont la parole - Louis Ingea

Histoire d’O…

Connaissez-vous la vallée de Hemlaya, entre le Metn-Nord et le Kesrouan ? Sa configuration géographique est en même temps sauvage et douce. À la fonte des neiges, les eaux de Sannine, drainées par un étroit goulot, y débouchent et s'y glissent comme dans un toboggan jusqu'au littoral.
Il m'a été donné de l'observer longuement l'autre jour, à partir d'un café-promontoire donnant sur le paysage. La garrigue qui s'y accroche pousse sur un sol rocailleux. Ce qui explique la profusion des carrières de pierre et les scieries de marbre qui se sont agglutinées le long de la route en bordure du ravin. Fort heureusement, les dégâts écologiques y ont été récemment limités, de sorte que l'exploitation de la roche calcaire s'est ralentie et que les établissements semi-industriels qui la parsèment se contentent à présent de travaux de polissage et de découpage de blocs apportés de l'extérieur. L'atmosphère y est moins poussiéreuse et permet, surtout de nuit, un coup d'œil serein sur une nature qui reprend progressivement ses droits.
Le but de ma rédaction est tout simplement d'attirer l'attention de qui de droit, ou de ceux qui se sentiraient capables d'enclencher une entreprise bienfaisante en ces lieux, sur une possibilité réelle, susceptible de faire la joie et le bonheur des résidents du Metn et du Kesrouan réunis.
Le vallon, vu d'en haut, offre la perspective d'un croissant long d'un millier de mètres environ, d'une largeur de 300 mètres à son bord supérieur et d'une profondeur en pointe conique d'au moins 200 mètres. Il suffirait, globalement, d'obturer deux de ses trois extrémités (excluant celle qui dévale le mont Sannine) pour provoquer la formation rapide d'un magnifique et véritable petit lac.
L'ensemble des maisons qui le bordent ne seraient dérangées en aucune façon et se transformeraient plutôt en une riante et minuscule Riviera. On pourrait y créer bien vite, en plus d'une exploitation alevine, une rangée de cafés-restaurants dont sont friands nos compatriotes, une surface de plaisance avec canots et pédalos et, grosse cerise sur ce gâteau, une centrale hydro-électrique desservant largement les deux régions précitées.
Mon idée n'a rien d'un rêve stupide. Je suis certain qu'elle serait parfaitement réalisable et rentable en un rien de temps, si toutefois se penchaient sur le projet une poignée de banques locales, quelques hommes d'affaires toujours à l'affût des bonnes occasions et la bénédiction (si cela était possible) de l'État lui-même.
Que l'on aille y regarder de près. Le sol rocheux ne devrait pas être trop poreux. Les distances à construire sont courtes. Et le paysage fabuleux.
Imagine-t-on le résultat, au cas où... ? Un lac étroit d'un kilomètre de long, entouré, la nuit, de lampions lumineux, de projecteurs multicolores dont les rayons se répercuteraient sur les rocs, sur la végétation ambiante, sur un panorama devenu féerique. Et le travail que la chose procurerait à quelques milliers de citoyens, entre ouvriers, entrepreneurs, fournisseurs de toutes sortes de marchandises ?
Et puis l'idée qui ferait mouche dans le pays ? Qui provoquerait l'envie de la copier partout ailleurs ? Le Libanais est passé maître dans l'art du mimétisme. Souvenez-vous des rôtissoires électriques pour poulets gavés aux hormones. On en voit même meubler les paliers des salons de coiffure. Au lieu de supermarchés arrogants et accapareurs, que l'on construise donc des barrages et des réserves en eau. Que l'on amuse le public tout en faisant acte de patriotisme.
Parmi ces forcenés qui nous gouvernent, qui s'arrachent jusqu'aux derniers casiers-tiroirs de la République, et dont l'appétit est insatiable, parmi ces capitalistes et les blanchisseurs de sommes occultes qui ne savant où placer leur pécule sinon aux taux misérables servis par les banquiers, parmi les fous et les rêveurs qui sont légion et qui prêteraient volontiers leur concours, serait-il possible de voir un miracle s'accomplir, pour une fois, en un lieu, à une époque où tout s'écroule ?
Avis aux amateurs ! Quels qu'ils soient. Qu'on y pense. Qu'on aille voir. Oser n'est pas seulement l'apanage des audacieux. C'est aussi, parfois, celui des inconscients. Tels que nous sommes, et à condition que l'État libanais en consente la privatisation.

Louis INGEA

Connaissez-vous la vallée de Hemlaya, entre le Metn-Nord et le Kesrouan ? Sa configuration géographique est en même temps sauvage et douce. À la fonte des neiges, les eaux de Sannine, drainées par un étroit goulot, y débouchent et s'y glissent comme dans un toboggan jusqu'au littoral.Il m'a été donné de l'observer longuement l'autre jour, à partir d'un café-promontoire donnant sur le paysage. La garrigue qui s'y accroche pousse sur un sol rocailleux. Ce qui explique la profusion des carrières de pierre et les scieries de marbre qui se sont agglutinées le long de la route en bordure du ravin. Fort heureusement, les dégâts écologiques y ont été récemment limités, de sorte que l'exploitation de la roche calcaire s'est ralentie et que les établissements semi-industriels qui la parsèment se contentent à présent de...
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