Face à l'horreur, à l'hypocrisie, à la lâcheté, à l'ignoble, on ne peut qu'afficher le beau, le sincère, le loyal et le noble. C'est notre seule chance de survie : continuer à porter en avant ces valeurs universelles que nous devrions tous être fiers de partager avec le monde civilisé (ou pas encore barbarisé) fait de tant de sonorités, de senteurs, de couleurs, de croyances et de traditions diversifiées qui ne cessent de nous enrichir tous les jours les uns les autres. J'ignorais qu'une de mes expressions favorites, que j'emploie de temps en temps pour rire, allait trouver aujourd'hui autant de véracité et d'actualité: mais pourquoi tant de haine?
Dans la doctrine philosophique, littéraire, académique, il est d'usage d'opposer la haine à l'amour, les faces, dit-on toutefois, d'une seule et même médaille. Dans un monde qui part dans tous les sens et qui se radicalise toujours plus, partagé en partisans de ceci et opposants à cela, en «...phobes», à outrance, et «...philes», à gogo, en pro, à mort et anti, dans le sang, je me demande s'il n'y a pas de place pour une troisième voie, une espèce de non-alignement ou d'indifférence positive. Une attitude qui caractérise bien la majorité dite silencieuse. Oui, mais face à l'innommable, la neutralité risque de rimer, au mieux, avec passivité, au pire, avec complicité.
Quand le silence est insupportable, outre l'indignation, toutes les formes de protestation, de dénonciation, d'opposition, de manifestations pacifiques sont dignes de considération. Sachant que chacun d'entre nous réagit à sa manière à ce qui l'entoure, à ce qui le touche. II est inutile de verser dans la surenchère ou dans la concurrence stérile. Résister à la barbarie (hélas galopante) consiste aussi à accomplir, avec application et conviction, sa tâche quotidienne, de la sage-femme à l'instituteur, de l'hôtesse de l'air au chef de cuisine, du policier à la responsable de rayon, du lycéen à l'ouvrière, de la gardienne de musée au jardinier, du simple citoyen au guide de montagne1.
Nasser BRAHIMI
Consultant international auprès des Nations unies et auteur de
« La Mémoire de l'anchois », éditions Bernard Gilson,
Bruxelles, 2008, et « Ceux qui marchent sur la tête ne pensent pas avec les pieds », éditions el-Ibriz, Alger 2014
1-Comme cet homme généreux, originaire d'un charmant petit village des Alpes-de-
Haute-Provence (où j'ai été invité il y a quelques années de cela), qui allait sur l'autre rive de la Méditerranée pour ouvrir une nouvelle voie sur un flanc de la montagne kabyle. Encore et toujours souriant, il ignorait que c'était sa dernière randonnée.


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